jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2100780 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELÀRL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 4 février 2021, 20 avril 2022 et 27 juillet 2022, M. D A et Mme B A, représentés par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Eurométropole de Strasbourg à leur verser la somme de
133 051,47 euros en réparation du préjudice subi en raison de l'emprise irrégulière dont la parcelle dont ils sont propriétaires, cadastrée section BP n° 234, sise à Strasbourg, fait l'objet ;
2°) de mettre à la charge de l'Eurométropole de Strasbourg une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur demande n'est pas tardive ;
- le passage de canalisations d'assainissement sur leur parcelle cadastrée section BP
n° 234 constitue une emprise irrégulière ;
- aucune servitude légale ne peut leur être opposée, en l'absence de publication au Livre foncier de la servitude consentie par la précédente propriétaire ;
- la situation d'emprise irrégulière leur cause un préjudice financier du fait de la surévaluation du prix de leur bien à l'achat, de la perte de valeur vénale de leur propriété et de l'atteinte à l'exercice de leur droit de propriété, à hauteur de 131 551,47 euros ;
- ils ont subi un préjudice moral évalué à 1 500 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 janvier, 5 juillet et 12 septembre 2022, l'Eurométropole de Strasbourg conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;
- l'emprise est régulière, dès lors que la canalisation en litige a été implantée avec l'accord de la précédente propriétaire et qu'elle constitue une servitude légale au sens de l'article L. 152-1 du code rural et de la pêche maritime ;
- l'absence de mention de la servitude de passage des canalisations au Livre foncier est sans incidence ;
- le préjudice n'est pas démontré et en toutes hypothèses, les modalités de son évaluation sont erronées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 1er juin 1924 mettant en vigueur la législation civile française dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Léa Perabo Bonnet,
- les conclusions de M. Alexandre Therre, rapporteur public,
- les observations de Me Erkel , avocat de M. et Mme A ;
- les observations de Mme E, représentant l'Eurométropole de Strasbourg.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte de vente du 13 novembre 2017, M. et Mme A ont acquis la propriété des parcelles cadastrées section BP n° 83 et 84. Ils ont procédé à la division de la parcelle n° 84, devenue les parcelles cadastrées section BP n° 233 et 234. Ayant constaté que deux canalisations d'assainissement traversaient ces deux parcelles, ils ont sollicité l'Eurométropole de Strasbourg en 2018 aux fins d'en obtenir le dévoiement, ce que l'EMS a refusé par un courrier du
20 septembre 2018, compte tenu de l'importance de l'ouvrage, à savoir une canalisation d'un diamètre conséquent constituant l'un des deux collecteurs principaux d'acheminement des eaux usées vers la station d'épuration de La Wantzenau. Le 15 mars 2019, les époux A ont cédé la parcelle n° 233 à M. et Mme C. Par un courrier du 14 septembre 2020, les époux A et C ont sollicité l'indemnisation du préjudice qu'ils estiment subir du fait de la présence de la canalisation sur leurs propriétés respectives. L'EMS ayant implicitement rejeté leur demande,
M. et Mme A sollicitent l'indemnisation de leur préjudice global évalué à la somme
de 133 051,47 euros.
Sur la régularité de l'emprise de l'ouvrage en litige :
2. D'une part, l'implantation d'une canalisation du réseau public d'évacuation des eaux pluviales dans le sous-sol d'une parcelle appartenant à une personne privée, opération dépossédant les propriétaires de cette parcelle d'un élément de leur droit de propriété, ne peut être régulièrement mise à exécution qu'après l'accomplissement d'une procédure d'expropriation pour cause d'utilité publique, l'institution de servitudes dans les conditions prévues par les dispositions des articles L. 152-1 et R. 152-1 et suivants du code rural et de la pêche maritime, ou l'intervention d'un accord amiable avec les propriétaires intéressés.
3. D'autre part, lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition ou le déplacement d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès le déplacement à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences du déplacement pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.
4. Aux termes de l'article L. 152-1 du code rural et de la pêche maritime : " Il est institué au profit des collectivités publiques, des établissements publics ou des concessionnaires de services publics qui entreprennent des travaux d'établissement de canalisations d'eau potable ou d'évacuation d'eaux usées ou pluviales une servitude leur conférant le droit d'établir à demeure des canalisations souterraines dans les terrains privés non bâtis, excepté les cours et jardins attenant aux habitations. / L'établissement de cette servitude ouvre droit à indemnité. Il fait l'objet d'une enquête publique réalisée selon les modalités prévues au livre Ier du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique. / Un décret en Conseil d'État fixe les modalités d'application du présent article afin notamment que les conditions d'exercice de la servitude soient rationnelles et les moins dommageables à l'utilisation présente et future des terrains ". L'article R. 152-1 du même code dispose : " Les personnes publiques définies au premier alinéa de l'article L. 152-1 et leurs concessionnaires, à qui les propriétaires intéressés n'ont pas donné les facilités nécessaires à l'établissement, au fonctionnement ou à l'entretien des canalisations souterraines d'eau potable ou d'évacuation d'eaux usées ou pluviales, peuvent obtenir l'établissement de la servitude prévue audit article, dans les conditions déterminées aux articles R. 152-2 à R. 152-15 ".
5. Par ailleurs, aux termes de l'article 38 de la loi du 1er juin 1924 mettant en vigueur la législation civile française dans les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle : " Sont inscrits au livre foncier, aux fins d'opposabilité aux tiers, les droits suivants : / () b) () les servitudes foncières établies par le fait de l'homme () ". Aux termes de l'article 38-1 de la même loi : " Dès le dépôt de la requête en inscription et sous réserve de leur inscription, les droits et restrictions visés à l'article 38 () sont opposables aux tiers qui ont des droits sur les immeubles et qui les ont fait inscrire régulièrement ". Il résulte de ces dispositions que, dans les trois départements régis par celles-ci, les servitudes résultant des conventions mentionnées au point 7, qui, alors même qu'elles ne font que concrétiser une servitude légale prévue l'article L. 152-1 du code rural et de la pêche maritime, constituent des servitudes foncières établies par le fait de l'homme au sens de l'article 38 de la loi du 1er juin 1924, doivent être publiées au livre foncier pour pouvoir être opposées aux tiers qui ont des droits sur l'immeuble concerné, en particulier les nouveaux propriétaires de celui-ci.
6. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que la canalisation traversant le terrain dont M. et Mme A ont fait l'acquisition en 2017 aurait été implantée en vertu d'une servitude légale instituée dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article
L. 152-1 du code rural et de la pêche maritime.
7. En second lieu, il résulte de l'instruction que la canalisation en litige a été installée sur le fondement de l'accord donnée par la précédente propriétaire, qui a signé un certificat de désistement en date du 22 décembre 1986 et qui a été indemnisée du préjudice en découlant, pour un montant de de 9 372 francs. Toutefois, cette démarche, qui n'a pas abouti à l'établissement d'une convention portant servitude, n'a pas fait l'objet d'une publication au livre foncier. Dès lors, en l'absence d'une telle publication, l'Eurométropole de Strasbourg ne saurait se prévaloir de l'accord donné par la précédente propriétaire, lequel n'est pas opposable aux requérants, pour soutenir que l'ouvrage public constitué par la canalisation est régulièrement implanté. Il s'ensuit que la canalisation traversant la parcelle n° 234 constitue une emprise irrégulière.
Sur la régularisation de l'implantation de l'ouvrage en litige :
8. Il résulte de l'instruction que l'institution de servitudes dans les conditions prévues par les dispositions citées au point 7 des articles L. 152-1 et R. 152-1 et suivants du code rural et de la pêche maritime n'apparaît pas possible dès lors que la canalisation en litige qui traverse la parcelle n° 234 appartenant à M. et Mme A, se situe dans le jardin attenant à leur habitation. Le recours à une procédure de déclaration d'utilité publique n'a par ailleurs pas été envisagé par la collectivité. Enfin, eu égard au refus de M. et Mme A de consentir une servitude conventionnelle, l'implantation irrégulière de la canalisation en cause ne peut pas faire l'objet d'une régularisation appropriée.
Sur l'indemnisation des conséquences dommageables résultant de l'emprise irrégulière :
9. En premier lieu, en l'absence d'extinction du droit de propriété, la réparation des conséquences dommageables résultant de l'implantation d'un ouvrage public sur une parcelle appartenant à une personne privée ne saurait donner lieu à une indemnité correspondant à la valeur vénale de la parcelle, mais uniquement à une indemnité d'immobilisation réparant le préjudice résultant de l'occupation irrégulière de cette parcelle et tenant compte de l'intérêt général qui justifie le maintien de l'ouvrage.
10. D'une part, il résulte de l'instruction que l'implantation irrégulière d'une canalisation dans le sous-sol du terrain appartenant aux époux A, si elle porte atteinte au libre exercice de leur droit de propriété, n'entraîne pas l'extinction du droit de propriété. Si les requérants soutiennent que la présence de la canalisation les empêche de procéder à l'implantation d'une piscine sur leur terrain, ils se bornent à produire un certificat d'urbanisme du 13 juillet 2017, qui mentionne la possibilité de construire deux maisons individuelles ainsi qu'une maison avec piscine sur les parcelles BP n° 83 et 84, dont la parcelle n° 234 n'est qu'une subdivision. En l'absence de toute autre précision, et eu égard à l'ancienneté de ce certificat, les époux A ne démontrent pas la réalité de leur projet de construction d'une piscine, ni au surplus qu'un tel projet, à le supposer même établi, aurait été empêché ni même contraint par l'ouvrage en litige. Ainsi, les requérants conservent l'entière jouissance de la parcelle n° 234 et ne subissent pas de contraintes liées à la surveillance ou l'entretien de l'ouvrage irrégulièrement implanté. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment de l'avis des services de France Domaine du 8 novembre 2021, que la cession de la parcelle n° 233 par M. et Mme A aux époux C en 2019, a été consentie à un prix correspondant aux valeurs du marché, alors même que les acquéreurs avaient connaissance de la présence de la canalisation dans le sous-sol de leur future propriété. Dès lors, les requérants ne sauraient soutenir que la présence de l'ouvrage en litige est de nature à amoindrir la valeur vénale de leur bien. Enfin, ils n'apportent pas d'élément de nature à établir que la présence de la canalisation aurait conduit à une surévaluation du prix d'acquisition de leur terrain en 2017. Par suite, la demande des requérants tendant à l'indemnisation de leur préjudice financier, qui n'est pas démontré, doit être rejetée.
11. En dernier lieu, si M. et Mme A soutiennent avoir subi un préjudice moral du fait des démarches à accomplir auprès de l'EMS, ils n'apportent aucun élément au soutien de leurs allégations. Dès lors, la demande des requérants à ce titre ne peut qu'être écartée.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions indemnitaires présentées par M. et
Mme A doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Eurométropole de Strasbourg, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. et Mme A la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. et Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Mme B A, et à l'Eurométropole de Strasbourg.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dhers, président,
M. Biget, premier conseiller,
Mme Perabo Bonnet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 novembre 2023.
La rapporteure,
L. Perabo Bonnet
Le président,
S. Dhers
La greffière,
N. Adjacent
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026