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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2100825

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2100825

lundi 24 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2100825
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique (6)
Avocat requérantDIALLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 8 février 2021, 31 mai 2021 et 17 mai 2022, M. C B, représenté par Me Diallo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 décembre 2020 par laquelle le directeur de la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin a refusé de l'admettre au bénéfice de l'aide médicale d'Etat pour la période allant du 29 janvier au 2 mars 2018 ;

2°) d'enjoindre au directeur de la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin de procéder à un nouvel examen de sa demande pour la période allant du 29 janvier au 2 mars 2018, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation, compte tenu de la gravité et de l'urgence de celle-ci.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 7 avril 2021 et 6 septembre 2021, le directeur de la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

La requête a été communiquée à l'Etablissement public de santé Alsace Nord, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg du 17 février 2021.

Le président du tribunal a désigné M. Stéphane Dhers en application de l'article R. 222- 13 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord, signé le 28 mai 2009, entre l'Union européenne et la république de Maurice relatif à l'exemption de visa de court séjour ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle est intervenue la clôture de l'instruction en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le 1er mars 2018, l'établissement public de santé Alsace Nord a demandé le bénéfice de l'aide médicale d'Etat pour le compte de M. B. Par une décision du 6 juillet 2018, la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin a refusé de faire droit à sa demande. Par un jugement n° 1807876 du 15 septembre 2020, le tribunal administratif de Strasbourg a annulé la décision du 6 juillet 2018. Par une décision du 11 décembre 2020, la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin a de nouveau refusé de faire droit à sa demande. Le requérant demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'aide médicale de l'Etat, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

3. En premier lieu, si M. B soutient que la décision du 11 décembre 2020 a été signée par une personne qui ne disposait pas d'une délégation de compétence, un tel moyen doit être écarté comme inopérant pour les motifs exposés au point 2.

4. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles : " Tout étranger résidant en France de manière ininterrompue sans remplir la condition de régularité mentionnée à l'article L. 160-1 du code de la sécurité sociale depuis plus de trois mois, et dont les ressources ne dépassent pas le plafond mentionné au 1° de l'article L. 861-1 de ce code a droit à l'aide médicale de l'Etat () ". Aux termes de l'article

L. 252-3 du même code : " L'admission à l'aide médicale de l'Etat des personnes relevant des trois premiers alinéas de l'article L. 251-1 est prononcée, pour le compte de l'Etat, dans des conditions définies par décret, par le directeur de l'organisme mentionné aux articles L. 211-1 et L. 752-4 du code de la sécurité sociale. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 254-1 du code de l'action sociale et des familles : " Les soins urgents dont l'absence mettrait en jeu le pronostic vital ou pourrait conduire à une altération grave et durable de l'état de santé de la personne ou d'un enfant à naître et qui sont dispensés par les établissements de santé aux étrangers résidant en France sans remplir la condition de régularité mentionnée à l'article L. 160-1 du code de la sécurité sociale et qui ne sont pas bénéficiaires de l'aide médicale de l'Etat en application de l'article L. 251-1 ainsi qu'aux demandeurs d'asile majeurs qui ne relèvent pas du régime général d'assurance maladie sont pris en charge dans les conditions prévues à l'article L. 251-2. Une dotation forfaitaire est versée à ce titre par l'Etat à la Caisse nationale de l'assurance maladie. ". Aux termes de l'article 4 de l'accord du 28 mai 2009 entre l'Union européenne et la république de Maurice relatif à l'exemption de visa de court séjour : " 2. Les citoyens de Maurice peuvent séjourner dans l'espace Schengen pendant une durée maximale de trois mois au cours d'une période de six mois à compter de la date de leur première entrée sur le territoire de tout État membre () ".

6. Il résulte des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles précité que sont exclues du bénéfice de l'aide médicale d'Etat les personnes qui, lors du dépôt de leur demande, ont acquis au moins une partie des trois mois de présence en France requis de manière régulière, sous couvert par exemple d'un visa ou d'une dispense de visa, afin que l'intégralité de la durée du séjour de trois mois ouvrant droit à l'aide médicale d'Etat ait été acquise de manière irrégulière. De plus, si les dispositions de l'article L. 254-1 du même code permettent aux personnes ne remplissant pas la condition d'ancienneté sur le territoire de pouvoir bénéficier de la prise en charge de leurs soins urgents, ces dispositions ne s'appliquent qu'aux personnes en situation de séjour irrégulier.

7. Si M. B soutient que les soins dont il a fait l'objet sont intervenus dans l'urgence et qu'en leur absence son pronostic vital aurait été engagé, il résulte de l'instruction qu'il est entré en France le 18 décembre 2017 et qu'il est un ressortissant mauricien, Etat signataire d'un dispositif de dispense de visa Schengen de court séjour, et qu'ainsi, il se maintenait régulièrement sur le territoire pour la période allant du 29 janvier au 2 mars 2018. Dans ces conditions, la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin était, pour ce seul motif, fondée à refuser à M. B le bénéfice de l'aide médicale d'Etat.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, ainsi que celles en injonction assorties d'astreintes et celles prises sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées. Il appartient en revanche à

M. B, s'il s'y croit fondé, de solliciter pour la prise en charge des soins qui lui ont été délivrés une décision individuelle d'octroi de l'aide médicale d'Etat à titre humanitaire auprès du ministre chargé des solidarités et de la santé.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au ministre de la santé et de la prévention et au directeur de la caisse primaire d'assurance maladie du Bas-Rhin. Copie en sera adressée à l'Etablissement public de santé Alsace Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2023.

Le magistrat désigné,

S. A

Le greffier,

P. Souhait

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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