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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2101107

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2101107

mercredi 11 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2101107
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL DRAI AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 février 2021, le 16 avril 2021,

le 10 janvier 2022, le 24 mars 2022 et le 21 avril 2022, M. C B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Office national des forêts à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice que lui a causé le refus de lui vendre 400 stères de bois ;

2°) de condamner l'Office national des forêts à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice que lui a causé l'absence de réponse à son courrier du 5 mars 2016 adressé au directeur territorial de l'Office national des forêts en Alsace ;

3°) de condamner l'Office national des forêts à lui verser la somme de 302,74 euros au titre de ses cotisations d'assurance responsabilité civile.

Il soutient que :

- c'est à tort qu'il lui a été indiqué, par courrier du 13 octobre 2020, qu'aucun bois n'était susceptible de répondre à sa demande de stères de bois ;

- ce refus lui a causé un préjudice évalué à 20 000 euros, correspondant au chiffre d'affaire qu'il aurait tiré de ces stères, diminué de 4 000 euros pour le travail qu'il n'a pas eu à effectuer sur le bois ;

- l'absence de réponse à son courrier du 5 mars 2016, dans lequel il demandait déjà des stères de bois, lui a causé un préjudice également évalué à 20 000 euros ;

- il a été contraint de prendre une assurance, pour un montant total de 302,74 euros, afin de remplir les conditions pour obtenir des stères, et a donc subi un préjudice à hauteur de ce montant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2022, l'Office national des forêts, représenté par Me Margaroli, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2)° à la suppression des passages diffamatoires de la requête et à ce que l'action indemnitaire subséquente soit réservée ;

3°) à ce que M. B soit condamné à lui verser la somme de 1 euro à titre de dommages et intérêts pour abus du droit d'agir en justice ;

4°) à ce que M. B soit condamné à lui verser la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) à ce que la copie de la décision à intervenir soit communiquée à la préfète du

Bas-Rhin, à la région Grand Est, au conseil départemental du Bas-Rhin, à Fibois Alsace, à l'association Alternative environnement et au GSNCBA.

Il soutient que :

- la juridiction administrative est incompétente pour connaître de la requête ;

- la requête est irrecevable comme ne contenant pas les noms et domiciles des autres parties, comme présentée sans le ministère d'un avocat, comme présentant des demandes non chiffrées et comme n'ayant pas fait l'objet d'une demande indemnitaire préalable ;

- les moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 31 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code forestier ;

- la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Boutot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par des courriers du 5 mars 2016 et du 13 octobre 2020, M. B a demandé à la direction territoriale Alsace de l'Office national des forêts l'attribution de 400 stères de bois. Aucune réponse n'a été apportée à son premier courrier et un refus a été opposé à son second courrier. Il demande l'indemnisation du préjudice causé par cette non-réponse, d'une part, et ce refus, d'autre part, ainsi que du coût de l'assurance responsabilité civile contractée en vue de l'attribution de ces stères.

2. A titre reconventionnel, l'Office national des forêts demande à ce que les passages injurieux ou diffamatoires de la requête soient supprimés et réserve son action indemnitaire sur ce point, et demande la condamnation du requérant à lui verser 1 euro à titre de dommages et intérêts pour abus du droit d'agir en justice.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation présentées par le requérant :

3. Aux termes de l'article L. 221-1 du code forestier : " L'Office national des forêts est un établissement public national à caractère industriel et commercial placé sous la tutelle de l'Etat ".

4. La responsabilité de l'Office national des forêts est recherchée dans le cadre de la vente de stères de bois. Le présent litige ne concerne ainsi pas l'activité de protection, conservation et surveillance de la forêt, qui relève de la mission de service public administratif dévolue à l'Office, mais il se rattache exclusivement à son activité de service public industriel et commercial chargé de la gestion du domaine forestier et de l'équipement des forêts. Par conséquent,

la juridiction judiciaire est seule compétente pour connaître du présent litige et la requête de

M. B doit être rejetée.

Sur les conclusions reconventionnelles :

En ce qui concerne les demandes relatives aux passages diffamatoires de la requête :

5. Aux termes du 5ème alinéa de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881, auquel fait référence l'article L. 741-2 du code de justice administrative : " Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts. " L'article L. 741-3 du code de justice administrative dispose en outre que : " Si des dommages-intérêts sont réclamés à raison des discours et des écrits d'une partie ou de son défenseur, la juridiction réserve l'action, pour qu'il y soit statué ultérieurement par le tribunal compétent, conformément au cinquième alinéa de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 ci-dessus reproduit. ".

6. La juridiction administrative étant, ainsi qu'il a été dit au point 4, incompétente pour statuer sur le fond du litige, elle est également incompétente pour ordonner la suppression des passages qu'elle aurait jugés injurieux, outrageants ou diffamatoires, ainsi que pour réserver l'action en dommages et intérêts sur ce fondement.

En ce qui concerne les dommages et intérêts pour citation abusive :

7. Des conclusions tendant à l'allocation de dommages et intérêts pour citation abusive amènent nécessairement le juge à apprécier les mérites de l'action dont il est soutenu qu'elle a été abusivement engagée. Le juge compétent pour statuer sur cette action est par suite seul compétent pour statuer sur ces conclusions indemnitaires qui ne peuvent être présentées qu'à titre reconventionnel dans l'instance ouverte par l'action principale, dont elles ne sont pas détachables.

8. Par conséquent, la juridiction administrative étant, ainsi qu'il a été dit au point 4, incompétente pour statuer sur le fond du litige, elle est également incompétente pour statuer sur la demande reconventionnelle tendant à l'octroi de dommages et intérêts pour citation abusive.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions reconventionnelles présentées par l'Office national des forêts doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du l'Office national des forêts présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur la communication de la copie du jugement à intervenir :

11. La préfète du Bas-Rhin, la région Grand Est, le conseil départemental du Bas-Rhin, l'association Fibois Alsace, l'association Alternative environnement et le syndicat GSNCBA n'étant pas parties à l'instance, la demande tendant à ce que la copie du jugement à intervenir leur soit communiquée doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'Office national des forêts présentées à titre reconventionnel et sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à l'Office national des forêts.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2023.

La rapporteure,

S. A

Le président,

P. REES La greffière,

M.-C. SCHMIDT

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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