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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2101348

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2101348

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2101348
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET MONHEIT-ANDRE-MAI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 mars 2021 et 15 septembre 2022, la commune d'Ittenheim, représentée par Me Gillig, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

A titre principal,

1°) de condamner la société Economie 2 à lui verser la somme de 65 617,41 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la requête, ainsi que de leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge de la société Economie 2 la somme de 2 606,09 euros toutes taxes comprises (TTC) au titre des frais d'expertise, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la requête, ainsi que de leur capitalisation ;

3°) de mettre à la charge de la société Economie 2 la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

A titre subsidiaire,

4°) de condamner solidairement la société Economie 2, la mutuelle des architectes français (MAF) et la société Groupama Grand Est à lui verser la somme de 51 102,05 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la requête, ainsi que de leur capitalisation ;

5°) de mettre à la charge de la société Economie 2, de la MAF et de la société Groupama la somme de 2 606,09 euros TTC au titre des frais et honoraires d'expertise, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la requête, ainsi que de leur capitalisation ;

6°) de mettre solidairement à la charge de la société Economie 2, de la MAF et de la société Groupama la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les infiltrations d'eau survenues au sein du groupe scolaire Petit Prince sont des désordres relevant de la garantie décennale des constructeurs ;

- ils sont imputables à la société Economie 2, en charge de la maîtrise d'œuvre des travaux destinés à supprimer les infiltrations d'eau, et à la société Cebi, en charge de l'exécution des travaux ;

- elle a subi un préjudice correspondant au montant des travaux nécessaires à la reprise du désordre, évalué à 110 455,72 euros TTC par l'expert, dont 9 478,83 euros doivent rester à sa charge et dont le reste doit être mis, à titre principal, à la charge de la société Economie 2 à hauteur de 75% et à la charge de la société Cebi à hauteur de 25% ou, à titre subsidiaire, pour moitié à la charge de chacune des deux sociétés ;

- la société Groupama, assureur de la société Cebi, lui a déjà versé une somme de 44 838,31 euros TTC au titre des désordres litigieux ;

- une provision de 50 000 euros, mise à la charge de la société Economie 2, lui a été allouée par ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg du 6 avril 2022 (n° 2101349), et une somme supplémentaire de 15 617,41 euros devra être mise à la charge de cette même société.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 avril et 23 novembre 2021 et le 27 septembre 2022, la société Economie 2 et la mutuelle des architectes français, représentées par Me André, concluent, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) à titre principal, au rejet des demandes dirigées contre elles en ce qu'elles excèdent un montant de 18 095,55 euros, et à ce que soient mis à la charge de la commune d'Ittenheim les frais et dépens de l'instance ainsi que la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet des demandes dirigées contre elles en ce qu'elles excèdent un montant de 23 084,14 euros, et à la condamnation de la société Groupama à les garantir de la moitié des condamnations à intervenir ou à défaut de toute condamnation excédant le montant précité.

Elles soutiennent que :

- le montant des travaux préconisés par l'expert inclut une plus-value qui ne peut être mise à leur charge, en tant qu'elle excède le coût des travaux objets du marché ou à défaut, à hauteur de 50% du montant de la réfection de la toiture ;

- la responsabilité de la société Groupama, assureur de la société Cebi, est engagée à hauteur de 50% du préjudice sur les fondements quasi-délictuels et de l'action directe prévue à l'article L. 124-3 du code des assurances.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 avril et 26 novembre 2021 et le 27 juillet 2022, la caisse régionale d'assurances mutuelles agricoles du Grand Est (société Groupama), représentée par Me Lounes, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet des demandes de la commune d'Ittenheim dirigées contre elle, au rejet de l'appel en garantie de la société Economie 2 et de la MAF et à ce que soit mise à la charge de la commune d'Ittenheim, de la société Economie 2 et de la MAF la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum de la société Economie 2 et de la MAF à lui verser la somme de 17 226,88 euros et à ce que soit mise à leur charge, in solidum, la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) à titre plus subsidiaire, au rejet des demandes de la commune d'Ittenheim à son encontre en ce qu'elles excèdent la somme de 18 095,55 euros, à la condamnation de la commune d'Ittenheim à lui verser la somme de 40 314,42 euros et à ce que soit mise à sa charge la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, au rejet des demandes de la commune d'Ittenheim à son encontre en ce qu'elles excèdent la somme de 13 806,96 euros, à la condamnation de la commune d'Ittenheim à lui verser la somme de 31 031,35 euros et à ce que soit mise à sa charge la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) pour le surplus, à ce que la société Economie 2 et la MAF soient condamnées à la garantir de toute condamnation excédant la somme de 27 611,43 euros ou toute quote-part mise à sa charge ainsi que de la moitié des frais d'expertise et des frais mis à sa charge en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à ce que soit prononcée la compensation des sommes déjà versées avec celles objets des condamnations à intervenir et à ce que soient mis à la charge de la société Economie 2 et de la MAF les frais et dépens de l'instance ainsi que la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est incompétente pour connaître des demandes dirigées contre elle par la commune d'Ittenheim, la société Economie 2 et la MAF ;

- la commune d'Ittenheim a renoncé à toute action contre elle à la suite du versement d'une indemnité ;

- les demandes de la commune ne sont pas fondées ;

- à titre récursoire, elle est fondée à demander à la société Economie 2 et à la MAF, sur un fondement quasi-délictuel, de lui rembourser le trop versé au titre de l'indemnisation de la commune ;

- en cas de réduction du montant de l'indemnisation, elle est fondée à s'en prévaloir pour obtenir un remboursement par la commune d'Ittenheim de l'indemnisation versée.

Par ordonnance du 16 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 6 octobre 2022.

Un mémoire présenté pour la société Groupama a été enregistré le 3 octobre 2022, et il n'a pas été communiqué.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés de ce que la juridiction administrative est incompétence pour connaître des conclusions dirigées contre la MAF, et de ce que, en cas de rejet des conclusions principales dirigées contre la société Groupama, il n'y aurait pas lieu de statuer sur ses conclusions présentées à titre subsidiaire et d'appel en garantie.

Des réponses aux moyens d'ordre public ont été enregistrées, pour la société Economie 2 et la MAF le 13 septembre 2023, et pour la société Groupama le 14 septembre 2023, et elles ont été communiquées.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 12 septembre 2019 (n° 1803679), par laquelle le magistrat désigné par le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. A ;

- l'ordonnance du 6 avril 2022 (n° 2101349) par laquelle le juge des référés a condamné la société Economie 2 à payer à la commune d'Ittenheim la somme de 50 000 euros à titre de provision.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code civil ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dobry,

- les conclusions de M. Boutot, rapporteur public,

- les observations de Me Huck, représentant la commune d'Ittenheim,

- les observations de Me André, représentant la société Economie 2 et la MAF,

- les observations de Me Guy-Favier, représentant la société Groupama.

Une note en délibéré a été enregistrée pour la société Economie 2 et la MAF le 28 septembre 2023 et elle n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La commune d'Ittenheim a confié le 24 avril 2008 une mission de maîtrise d'œuvre à la société Economie 2, assurée par la MAF, ayant pour objet la réalisation de travaux afin de supprimer les infiltrations d'eau provenant de la toiture du groupe scolaire Petit Prince. L'exécution des travaux a été confiée à la société Cebi, assurée par la société Groupama. La commune d'Ittenheim demande à présent l'indemnisation des désordres liés à des infiltrations d'eau au niveau de la toiture, survenues à partir du 1er semestre 2015.

Sur les demandes de la commune d'Ittenheim dirigées contre la MAF et contre la société Groupama :

2. Si l'action directe ouverte par l'article L. 124-3 du code des assurances à la victime d'un dommage ou à l'assureur de celle-ci subrogé dans ses droits, contre l'assureur de l'auteur responsable du sinistre, tend à la réparation du préjudice subi par la victime, elle se distingue de l'action en responsabilité contre l'auteur du dommage en ce qu'elle poursuit l'exécution de l'obligation de réparer qui pèse sur l'assureur en vertu du contrat d'assurance. Il s'ensuit qu'il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé, alors même que l'appréciation de la responsabilité de son assuré dans la réalisation du fait dommageable relèverait de la juridiction administrative.

3. Il résulte de ce qui précède que l'action directe engagée par la commune d'Ittenheim contre la MAF, assureur de la société Economie 2, et contre la société Groupama, assureur de la société Cebi, liées à leurs clientes par des contrats de droit privé, relève de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire.

Sur les demandes de la commune d'Ittenheim dirigées contre la société Economie 2 :

En ce qui concerne le caractère décennal des désordres et leur imputabilité :

4. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans, dès lors que les désordres leur sont imputables, même partiellement et sauf à ce que soit établie la faute du maître d'ouvrage ou l'existence d'un cas de force majeure. Cette garantie est solidairement due par les constructeurs, y compris en l'absence de faute, dès lors que les désordres peuvent être regardés comme leur étant imputables au regard des missions qui leur ont été confiées par le maître de l'ouvrage dans le cadre de l'exécution des travaux litigieux.

5. Il résulte de l'instruction que la commune d'Ittentheim a soldé le compte des travaux confiés en 2008 à la société Economie 2 par le règlement sans réserve de la facture finale émise le 26 novembre 2008, et qu'elle a pris possession des locaux ainsi rénovés entre cette date et celle de la survenance des désordres en litige. La réception des travaux a donc été acquise moins de dix ans avant la survenance desdits désordres au début de l'année 2015. La société Economie 2 ne conteste pas l'absence de caractère apparent des désordres à la date de la réception des travaux, ni le fait que ces désordres sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination. Par conséquent, la commune d'Ittenheim est fondée à rechercher l'indemnisation des désordres constatés sur le fondement de la garantie décennale des constructeurs.

6. Il résulte de l'instruction, particulièrement du rapport d'expertise du 8 août 2019, que les infiltrations constatées au niveau de la toiture du groupe scolaire Petit Prince sont dues notamment à des défauts de conception et d'exécution des travaux réalisés en 2008. Ces désordres sont dès lors imputables à la société Economie 2, qui avait en charge la conception et le suivi de l'exécution des travaux.

En ce qui concerne le préjudice :

S'agissant du montant hors taxes du préjudice :

7. La commune d'Ittenheim fonde le calcul de son préjudice sur un chiffrage validé par l'expert à partir de plusieurs devis, proposant un montant total de travaux nécessaires pour mettre fin aux infiltrations de 92 046,44 euros hors taxes, dont 7 899,02 euros à la charge de la commune à titre de plus-value et le reste à la charge des constructeurs. Le chiffrage des travaux proposé par l'expert n'est pas en lui-même contesté par les parties, et il convient dès lors de le retenir. La société Economie 2 conteste en revanche la répartition des coûts proposée par l'expert, au motif, selon elle, que la plus-value représenterait une part plus importante des travaux rendus nécessaires par les infiltrations.

8. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la réfection de l'intégralité de la toiture est nécessaire afin de garantir à l'avenir l'absence d'infiltrations d'eau, pour un montant de 66 118,80 euros hors taxes. Or, il est constant que les travaux contractuellement prévus et réalisés en 2008, pour un montant de 20 995,70 euros TTC, n'avaient pour objet que l'installation de chéneaux extérieurs, et non la réfection de la totalité de la toiture. En outre, si l'installation de ces chéneaux n'a pas permis de colmater efficacement les infiltrations et rend nécessaire, dans cette mesure, les travaux préconisés par l'expert, elle n'est pas pour autant à l'origine de l'ensemble des problèmes au niveau de la toiture rendant indispensable sa réfection totale. Cette réfection totale constitue dès lors, par rapport aux prévisions des contrats conclus en 2008, une plus-value devant rester à la charge de la commune, qu'il y a lieu, au regard des éléments de l'instruction, de fixer à 2/3 des travaux nécessaires pour refaire la toiture. Compte tenu de cette plus-value, il sera fait une juste appréciation du préjudice dont la commune d'Ittenheim est fondée à demander réparation au titre de la réfection de la toiture en le fixant à la somme de 22 000 euros hors taxes.

9. En deuxième lieu, la mise à la charge de la commune d'Ittenheim du montant de 7 899,02 euros hors taxes lié à la mise en place d'un écran de désolidarisation, proposée par l'expert, n'est pas contestée par les parties et ne peut donc être prise en compte dans le calcul du préjudice indemnisable.

10. En troisième lieu, les travaux de reprise des faux-plafond et de peinture des murs, proposés par l'expert, étant intégralement dus aux désordres en litige, la commune d'Ittenheim est fondée à demander réparation du préjudice correspondant, soit la somme totale de 4 602 euros hors taxes.

11. En dernier lieu, eu égard à ce qui précède, le montant des postes accès et sécurité, maîtrise d'œuvre et coordination en matière de sécurité et de protection de la santé, évalué par l'expert à un total de 13 426,62 euros hors taxes, doit être laissé pour partie à la charge de la commune. Il sera fait une juste appréciation du préjudice dont elle peut demander réparation aux constructeurs en le fixant à la somme de 6 000 euros hors taxes.

12. Il résulte de ce qui précède que le préjudice dont par la commune d'Ittenheim est fondée à demander réparation du fait des désordres de nature décennale survenus dans le groupe scolaire Petit Prince s'établit à la somme totale de 32 602 euros hors taxes.

S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée :

13. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article 256 B du code général des impôts : " Les personnes morales de droit public ne sont pas assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée pour l'activité de leurs services administratifs, sociaux, éducatifs, culturels et sportifs lorsque leur non assujettissement n'entraîne pas de distorsions dans les conditions de la concurrence ".

14. D'autre part, aux termes du I de l'article L. 1615-1 du code général des collectivités territoriales : " Les attributions ouvertes chaque année par la loi à partir des ressources du Fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée des collectivités territoriales visent à compenser la taxe sur la valeur ajoutée acquittée par les collectivités territoriales et leurs groupements sur leurs dépenses d'investissement ainsi que sur leurs dépenses pour : / 1° L'entretien des bâtiments publics et de la voirie ; / () ".

15. Le montant du préjudice dont le maître d'ouvrage est fondé à demander la réparation aux constructeurs à raison des désordres affectant l'immeuble qu'ils ont réalisé correspond aux frais qu'il doit engager pour les travaux de réfection. Ces frais comprennent, en règle générale, la taxe sur la valeur ajoutée, élément indissociable du coût des travaux, à moins que le maître d'ouvrage ne relève d'un régime fiscal lui permettant normalement de déduire tout ou partie de cette taxe de celle qu'il a perçue à raison de ses propres opérations.

16. Il résulte des dispositions de l'article 256 B du code général des impôts que les collectivités territoriales ne sont pas assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée pour l'activité de leurs services administratifs. Si, en vertu des dispositions de l'article L. 1615-1 du code général des collectivités territoriales, le fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée vise à compenser la taxe sur la valeur ajoutée acquittée par les collectivités territoriales notamment sur leurs dépenses d'investissement, il ne modifie pas le régime fiscal des opérations de ces collectivités. Ainsi, ces dernières dispositions ne font pas obstacle à ce que la taxe sur la valeur ajoutée grevant les travaux de réfection d'un immeuble soit incluse dans le montant de l'indemnité due par les constructeurs à une collectivité territoriale, maître d'ouvrage, alors même que celle-ci peut bénéficier de sommes issues de ce fonds pour cette catégorie de dépenses.

17. Le groupe scolaire Petit Prince relève des services éducatifs de la commune requérante, qui est ce faisant fondée à demander que le montant de la taxe sur la valeur ajoutée soit inclus dans le montant total du préjudice, nonobstant son éligibilité, au demeurant non établie, à une compensation par le fonds prévu à l'article L. 1615-1 précité du code général des collectivités territoriales.

18. A la date du dépôt du rapport d'expertise, le taux de taxe sur la valeur ajoutée applicable était de 20 %. Le préjudice subi par la commune, tel que déterminé au point 12, doit dès lors être augmenté de la somme de 6 520,40 euros, soit au total 39 122,40 euros TTC.

S'agissant de l'obligation de réparation à la charge de la société Economie 2 :

19. Il est constant que la commune a d'ores et déjà été indemnisée par la société Groupama, assureur de la société Cebi, à hauteur de 44 838,31 euros, au titre des désordres objets du présent litige. Cette somme étant supérieure à celle mentionnée au point 18, la commune n'est pas fondée à obtenir un complément d'indemnisation de la part de la société Economie 2, solidairement tenue avec la société Cebi à la réparation des dommages de nature décennale, au titre de ces mêmes désordres.

20. Par conséquent, les conclusions à fin d'indemnisation présentées par la commune d'Ittenheim à l'encontre de la société Economie 2 doivent être rejetées.

En ce qui concerne les frais et honoraires d'expertise :

21. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. ".

22. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu de mettre définitivement à la charge de la société Economie 2, dont la responsabilité décennale est engagée vis-à-vis de la commune même si elle échappe à une condamnation du fait de l'indemnisation amiable dont a bénéficié cette dernière, les frais et honoraires d'expertise, soit un montant de 2 606,09 euros toutes taxes comprises.

En ce qui concerne les intérêts :

23. La commune d'Ittenheim est fondée à demander à ce que la somme mentionnée au point 22 soit assortie des intérêts au taux légal à compter du 2 mars 2021, date d'enregistrement de sa requête.

24. L'article 1343-2 du code civil dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. " La capitalisation des intérêts a été demandée le 2 mars 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 2 mars 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les conclusions présentées à titre subsidiaire et à fin d'appel en garantie :

25. Il résulte de ce qui a été exposé au point 2 que l'appel en garantie de la société Economie 2 et de la MAF contre la société Groupama, assureur de la société Cebi en vertu d'un contrat de droit privé, relève de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire.

26. De même, les conclusions présentées par la société Groupama à titre subsidiaire et aux fins d'appel en garantie contre la MAF relèvent de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire.

27. Il résulte enfin de ce qui a été dit aux points 3 et 26 qu'il n'y a pas lieu de statuer sur le surplus des demandes présentées à titre subsidiaire et aux fins d'appel en garantie par la société Groupama.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

28. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Economie 2 une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Ittenheim et non compris dans les dépens.

29. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune d'Ittenheim et de la société Economie 2 une somme de 1 000 euros chacune à verser à la société Groupama au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

30. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune d'Ittenheim les sommes que la MAF réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

31. Il n'y a pas non plus lieu de mettre à la charge de la MAF les sommes que la société Groupama réclame au même titre.

32. Il résulte de ce qui a été dit au point 22 que les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune d'Ittenheim verse à la société Economie 2 les sommes que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

33. Ces dispositions font enfin obstacle à ce que la MAF et la société Groupama, qui ne sont pas vis-à-vis d'elle les parties perdantes, versent à la commune d'Ittenheim les sommes que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La société Economie 2 est condamnée à verser à la commune d'Ittenheim une somme de 2 606,09 euros (deux-mille-six-cent-six euros et neuf centimes) toutes taxes comprises, augmentée des intérêts au taux légal à compter du 2 mars 2021, au titre des dépens de l'instance. Les intérêts échus à la date du 2 mars 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La société Economie 2 versera à la commune d'Ittenheim une somme de 1 500 euros (mille-cinq-cents euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La commune d'Ittenheim et la société Economie 2 verseront chacune à la société Groupama une somme de 1 000 euros (mille euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la commune d'Ittenheim, à la société Economie 2, à la mutuelle des architectes français et à la société Groupama Grand Est.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

S. DOBRY

Le président,

P. REES Le greffier,

N. EL ABBOUDI

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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