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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2101954

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2101954

jeudi 12 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2101954
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique (6)
Avocat requérantSCP BECKER - SZTUREMSKI - VAUTHIER - KLEIN-DESSERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, respectivement enregistrés le 22 mars 2021, le 15 novembre 2021 et le 1er mars 2022, l'Union départementale des associations familiales de la Moselle, agissant en qualité de tutrice de Mme F D veuve E, et représentée par Me Szturemski, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 février 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Moselle a refusé la prise en charge des frais de séjour de Mme D au titre de l'aide sociale à l'hébergement à compter du 1er octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de la Moselle d'admettre Mme D au bénéfice de l'aide sociale pour la prise en charge de ses frais d'hébergement à compter du 1er octobre 2020 ;

3°) de mettre à la charge du département de la Moselle une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- Mme D remplit les conditions légales d'admission à l'aide sociale, ses ressources n'étant pas suffisantes pour faire face aux frais d'hébergement ;

- les conditions légales ne prévoient aucun principe de subsidiarité ;

- l'absence d'information relative à la situation financière des obligés alimentaires ne pouvait avoir pour effet de priver Mme D de son droit à l'aide sociale ;

- les difficultés de recouvrement à l'égard des obligés alimentaires ne pouvaient être opposées à Mme D pour lui refuser l'admission à l'aide sociale ;

- la décision contestée est illégale car l'admission à aide sociale ne pouvait être conditionnée à la saisine du juge aux affaires familiales par l'Union départementale des associations familiales de la Moselle.

Par trois mémoires en défense enregistrés le 27 septembre 2021, le 21 janvier 2022 et le 28 mars 2022, le président du conseil départemental de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par l'Union départementale des associations familiales de la Moselle n'est fondé.

Le président du tribunal a désigné M. B C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 13 septembre 2022 :

- le rapport de M. Lusset, magistrat désigné,

- les observations de Me Serrano, substituant Me Szturemski, représentant l'Union départementale des associations familiales de la Moselle,

- le président du conseil départemental de la Moselle, régulièrement convoqué, n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, née le 31 janvier 1947, placée sous la tutelle de l'Union départementale des associations familiales de la Moselle depuis le 30 novembre 2018, réside depuis le 11 octobre 2018 au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de Gorze (Moselle). Une demande d'aide sociale pour la prise en charge de ses frais d'hébergement a été déposée le 26 octobre 2020. Par une décision du 7 décembre 2020, le président du conseil départemental de la Moselle a accepté d'admettre Mme D au bénéfice de l'aide sociale pour la période. Toutefois, par une décision du 28 décembre 2020, le président du conseil départemental de la Moselle a abrogé la décision du 26 octobre 2020 et refusé la demande de prise en charge des frais d'hébergement de Mme D au motif que sa situation financière ne justifiait pas une prise en charge au titre de l'aide sociale. Par un courrier du 25 janvier 2021, l'Union départementale des associations familiales de la Moselle a présenté un recours administratif préalable au nom de Mme D contre cette décision. Par une décision du 8 février 2021, le président du conseil départemental de la Moselle a confirmé son refus de prise en charge des frais d'hébergement de Mme D. L'Union départementale des associations familiales de la Moselle demande au tribunal d'annuler cette décision et d'admettre Mme D au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement.

Sur le bien-fondé de la demande d'aide sociale :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 113-1 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne âgée de soixante-cinq ans privée de ressources suffisantes peut bénéficier, soit d'une aide à domicile, soit d'un accueil chez des particuliers ou dans un établissement () ". Aux termes de l'article L. 132-1 de ce code : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire () ". Aux termes de l'article L. 132-3 de ce code : " Les ressources de quelque nature qu'elles soient à l'exception des prestations familiales, dont sont bénéficiaires les personnes placées dans un établissement au titre de l'aide aux personnes âgées ou de l'aide aux personnes handicapées, sont affectées au remboursement de leurs frais d'hébergement et d'entretien dans la limite de 90 %. Toutefois les modalités de calcul de la somme mensuelle minimum laissée à la disposition du bénéficiaire de l'aide sociale sont déterminées par décret. La retraite du combattant et les pensions attachées aux distinctions honorifiques dont le bénéficiaire de l'aide sociale peut être titulaire s'ajoutent à cette somme. ". Aux termes de l'article L. 231-4 de ce code : " Toute personne âgée qui ne peut être utilement aidée à domicile peut être accueillie, si elle y consent, dans des conditions précisées par décret, soit chez des particuliers, soit dans un établissement de santé ou une maison de retraite publics, soit dans un établissement privé. En cas d'admission dans un établissement public ou un établissement privé, habilité par convention à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale, le plafond des ressources () sera celui correspondant au montant de la dépense résultant de l'admission () ". Aux termes de l'article R. 132-1 de ce code : " Pour l'appréciation des ressources des postulants prévue à l'article L. 132-1, les biens non productifs de revenu, à l'exclusion de ceux constituant l'habitation principale du demandeur, sont considérés comme procurant un revenu annuel égal à 50 % de leur valeur locative s'il s'agit d'immeubles bâtis, à 80 % de cette valeur s'il s'agit de terrains non bâtis et à 3 % du montant des capitaux. ". Aux termes de l'article R. 231-6 du même code : " La somme minimale laissée mensuellement à la disposition des personnes placées dans un établissement au titre de l'aide sociale aux personnes âgées, par application des dispositions des articles L. 132-3 et L. 132-4 est fixée, lorsque l'accueil comporte l'entretien, à un centième du montant annuel des prestations minimales de vieillesse, arrondi à l'euro le plus proche. Dans le cas contraire, l'arrêté fixant le prix de journée de l'établissement détermine la somme au-delà de laquelle est opéré le prélèvement de 90 % prévu audit article L. 132-3. Cette somme ne peut être inférieure au montant des prestations minimales de vieillesse. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 205 du code civil : " Les enfants doivent des aliments à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin. ". Aux termes de l'article 206 de ce code : " Les gendres et belles-filles doivent également, et dans les mêmes circonstances, des aliments à leur beau-père et belle-mère, mais cette obligation cesse lorsque celui des époux qui produisait l'affinité et les enfants issus de son union avec l'autre époux sont décédés. ". Aux termes de l'article 208 du même code : " Les aliments ne sont accordés que dans la proportion du besoin de celui qui les réclame, et de la fortune de celui qui les doit () ". Aux termes de l'article L. 132-6 du code de l'action sociale et des familles : " Les personnes tenues à l'obligation alimentaire instituée par les articles 205 et suivants du code civil sont, à l'occasion de toute demande d'aide sociale, invitées à indiquer l'aide qu'elles peuvent allouer aux postulants et à apporter, le cas échéant, la preuve de leur impossibilité de couvrir la totalité des frais. () La proportion de l'aide consentie par les collectivités publiques est fixée en tenant compte du montant de la participation éventuelle des personnes restant tenues à l'obligation alimentaire () ". Aux termes de l'article L. 132-7 du même code : " En cas de carence de l'intéressé, le représentant de l'Etat ou le président du conseil départemental peut demander en son lieu et place à l'autorité judiciaire la fixation de la dette alimentaire et le versement de son montant, selon le cas, à l'Etat ou au département qui le reverse au bénéficiaire, augmenté le cas échéant de la quote-part de l'aide sociale. ". Il résulte de ces dispositions que seules les ressources et les charges des personnes tenues envers le demandeur à l'aide sociale d'une obligation alimentaire sont susceptibles d'être prises en compte par le département pour évaluer leur capacité contributive et fixer le montant de l'aide sociale auquel l'intéressé a droit, le cas échéant. S'il peut être tenu compte, pour apprécier le montant des charges qu'un obligé alimentaire supporte effectivement, des ressources que perçoivent les membres de son foyer, celles-ci ne sauraient être ajoutées aux ressources de cet obligé alimentaire en vue d'évaluer sa capacité contributive.

4. Il résulte de l'instruction que Mme D dispose de ressources mensuelles constituées de pensions de retraite à hauteur de 2 102,30 euros, alors les frais d'hébergement en EHPAD s'élèvent à 2 237 euros et que ses autres charges s'élèvent à 453,84 euros. Si le président du département de la Moselle fait valoir que la fille et le fils de A D disposent respectivement d'un revenu mensuel déclaré de 9 849,58 euros (118 195 euros / 12) et de 3 424,58 euros (41 095 euros / 12) et que de tels revenus leur permettent de subvenir aux besoins de leur mère, il n'apporte toutefois aucune précision sur l'étendue des charges que ces obligés alimentaires supportent alors qu'il disposait, en vertu des dispositions précitées de l'article L. 132-7 du code de l'action sociale et des familles, de la possibilité de saisir l'autorité judiciaire pour obtenir notamment la fixation de leur dette alimentaire envers leur mère, compte-tenu de leurs revenus et des charges de leur foyer.

5. Dans ces conditions, l'Union départementale des associations familiales de la Moselle est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée et l'admission de Mme D au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement à compter du 1er octobre 2020. En l'espèce, il y a lieu de renvoyer l'association requérante devant le président du conseil départemental de la Moselle afin que ce dernier détermine le montant de l'aide sociale à l'hébergement dont Mme D est en droit de bénéficier compte tenu des capacités contributives des obligés alimentaires cités au point précédent.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Dès lors que le présent jugement admet Mme D au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement, il n'y a pas lieu d'enjoindre au président du conseil départemental de la Moselle de l'admettre au bénéfice de cette aide.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de la Moselle une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par l'Union départementale des associations familiales de la Moselle, agissant en qualité de tutrice de Mme D, et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La décision du 8 février 2021 par laquelle le président du conseil départemental de la Moselle a refusé la prise en charge des frais de séjour de Mme D au titre de l'aide sociale à l'hébergement à compter du 1er octobre 2020 est annulée.

Article 2 : Mme D est admise au bénéfice de l'aide sociale à l'hébergement à compter du 1er octobre 2020. L'Union départementale des associations familiales de la Moselle, agissant en qualité de tutrice de Mme D, est renvoyée devant les services du département de la Moselle afin que soit déterminé le montant de l'aide sociale à laquelle cette dernière a droit compte tenu des capacités contributives des obligés alimentaires cités au point 4.

Article 3 : Le département de la Moselle versera à l'Union départementale des associations familiales de la Moselle une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'Union départementale des associations familiales de la Moselle, en sa qualité de tutrice de Mme F D veuve E, et au président du conseil départemental de la Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

A. C

Le greffier,

P. Souhait

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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