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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2102144

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2102144

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2102144
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantARSEGUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mars 2021, la société civile immobilière (SCI) Vesuvio, Mme C B et M. A D, représentés par Me Arséguet, demandent au tribunal de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels la SCI Vesuvio a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, de l'amende qui lui a été infligée au titre de l'année 2016, et des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de prélèvements sociaux auxquels Mme B et M. D ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016.

Ils soutiennent que :

- c'est à tort que l'administration a considéré que la SCI Vesuvio était redevable de la taxe sur la valeur ajoutée au titre de la location de locaux nus à usage professionnel dont elle est propriétaire dès lors qu'elle n'a jamais expressément opté pour son assujettissement à la taxe, comme l'exigent les dispositions du 2° de l'article 260 du code général des impôts et que l'administration ne saurait faire valoir qu'elle a opté pour son assujettissement de manière implicite ;

- dans la reconstitution des revenus fonciers effectuée sur la base des sommes virées sur le compte bancaire professionnel, l'administration aurait dû soustraire les avoirs personnels des associés ainsi que les loyers versés par la SARL Delal, locataire d'un immeuble appartenant à la SCI des Jardins ;

- l'amende de 5 000 euros infligée au titre de l'année 2016 n'est pas motivée et est privée de base légale ; au regard du point 55 de la doctrine figurant au BOI-CF-IOR-60-40-10, l'administration ne pouvait pas exiger de la SCI la production du fichier d'écritures comptables.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 octobre 2021, la directrice régionale des finances publiques du Grand Est et du département du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

La directrice régionale des finances publiques du Grand Est et du département du Bas-Rhin fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,

- et les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Vesuvio, détenue à parts égales par Mme B et M. D et qui relève du régime des sociétés de personnes défini par l'article 8 du code général des impôts, a pour objet la gestion des biens immobiliers dont elle est propriétaire. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 24 avril 2018 au 18 juin 2018, portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. Par une proposition de rectification du 26 juin 2018, l'administration a procédé, suivant la procédure de taxation d'office, à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, au titre de la période contrôlée, à raison de la location de locaux nus appartenant à la SCI Vesuvio. Elle a également procédé, suivant la procédure contradictoire, à des rehaussements des revenus fonciers au titre des années 2015 et 2016 à raison des loyers perçus. La SCI Vesuvio doit être regardée comme demandant au tribunal la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 et de l'amende qui lui a été infligée au titre de l'année 2016 en application de l'article 1729 D du code général des impôts. Mme B et M. D doivent être regardés comme demandant au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquels ils demeurent assujettis au titre des années 2015 et 2016.

Sur les conclusions de la SCI Vesuvio :

En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

2. Aux termes de l'article 261 D du code général des impôts : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : / () / 2° Les locations de terrains non aménagés et de locaux nus, () ". Aux termes du 2° de l'article 260 du même code : " Peuvent sur leur demande acquitter la taxe sur la valeur ajoutée : / 2° Les personnes qui donnent en location des locaux nus pour les besoins de l'activité d'un preneur assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée ou, si le bail est conclu à compter du 1er janvier 1991, pour les besoins de l'activité d'un preneur non assujetti. / () ". Aux termes de l'article 193 de l'annexe II au même code : " () / Les personnes qui donnent en location plusieurs immeubles ou ensembles d'immeubles doivent exercer une option distincte pour chaque immeuble ou ensemble d'immeubles. / () ". Aux termes de l'article 195 de la même annexe : " L'option et sa dénonciation sont déclarées dans les conditions et selon les modalités prévues par le 1° du I de l'article 286 du code général des impôts pour les assujettis à la taxe sur la valeur ajoutée, en cas de commencement ou de cessation d'entreprise ". Aux termes, enfin, du 1° du I de l'article 286 du code général des impôts auquel il est renvoyé : " I.-Toute personne assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée doit : / 1° Dans les quinze jours du commencement de ses opérations, souscrire au bureau désigné par un arrêté une déclaration conforme au modèle fourni par l'administration. Une déclaration est également obligatoire en cas de cessation d'entreprise ; ". Il résulte de l'application combinée de ces dispositions que l'option prévue par l'article 260 du code général des impôts doit faire l'objet d'une déclaration expresse à l'administration et distincte pour chaque immeuble ou ensemble d'immeubles. Si elle peut être exercée à l'occasion de la déclaration d'existence, cette dernière doit comporter des indications suffisamment précises pour identifier le ou les immeubles auxquels elle se rapporte. Dès lors que l'activité de la société revêt un caractère général, la déclaration expresse ne saurait résulter de la mention du régime auquel la société indique être assujettie dans le cadre de sa déclaration de constitution, qui ne peut être interprétée par l'administration, de manière claire et univoque, comme l'expression de l'exercice de son option pour la soumission au régime réel de taxe sur la valeur ajoutée de l'activité afférente à des immeubles précis.

3. Il résulte de ce qui précède que l'administration n'a pu, pour fonder les rappels de taxe sur la valeur ajoutée contestés, considérer que la SCI Vesuvio avait implicitement opté pour son assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée à raison de son activité de location de locaux nus à usage professionnel. En particulier, alors qu'il résulte de l'instruction que la SCI Vesuvio a pour activité " l'acquisition, la propriété, l'administration et l'exploitation par bail, location ou autrement de tout immeuble bâtis ou non bâtis dont elle pourrait devenir propriétaire ultérieurement " et qu'elle est propriétaire de deux immeubles à Mulhouse et à Saint-Louis, l'administration ne saurait se prévaloir de la circonstance que la SCI a déclaré relever du régime simplifié de taxe sur la valeur ajoutée dès sa création en septembre 2013. Elle ne saurait pas davantage se prévaloir de ce que la SCI a déposé le 12 novembre 2014 une déclaration CA12 relative à cet exercice, de ce qu'un numéro de TVA intracommunautaire lui a été attribué, de ce qu'elle a déposé une demande de remboursement de crédit de TVA au titre du 4e trimestre 2014 ou encore de ce que ce remboursement a été comptabilisé dans ses écritures le 12 mars 2015. Enfin, la circonstance que la SCI Vesuvio a collecté la taxe sur la valeur ajoutée à l'occasion de la perception de loyers est également sans incidence sur son assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée, en l'absence de déclaration expresse de sa part pour chacun des immeubles dont elle propriétaire. Il s'ensuit que la SCI Vesuvio est fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a procédé aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période contrôlée, à raison de la location de locaux nus lui appartenant.

En ce qui concerne l'amende infligée à la SCI Vesuvio au titre de l'année 2016 :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 1729 D du code général des impôts : " I. - Le défaut de présentation de la comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales entraîne l'application d'une amende égale à 5 000 € ou, en cas de rectification et si le montant est plus élevé, d'une majoration de 10 % des droits mis à la charge du contribuable. / () ". Aux termes de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales : " " I. - Lorsque la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés, le contribuable qui fait l'objet d'une vérification de comptabilité satisfait à l'obligation de représentation des documents comptables mentionnés au premier alinéa de l'article 54 du code général des impôts en remettant au début des opérations de contrôle, sous forme dématérialisée répondant à des normes fixées par arrêté du ministre chargé du budget, une copie des fichiers des écritures comptables définies aux articles 420-1 et suivants du plan comptable général. / Le premier alinéa du présent article s'applique également aux fichiers des écritures comptables de tout contribuable soumis par le code général des impôts à l'obligation de tenir et de présenter des documents comptables autres que ceux mentionnés au premier alinéa du même article 54 et dont la comptabilité est tenue au moyen de systèmes informatisés ".

5. Il résulte de l'instruction que, à la suite de l'avis de vérification adressé à la SCI Vesuvio le 10 avril 2018, un premier rendez-vous a eu lieu le 24 avril 2018 lors duquel l'administration a demandé en vain que lui soit présenté le fichier des écritures comptables et dressé un procès-verbal de défaut de présentation de la comptabilité. Lors du deuxième rendez-vous organisé le 15 mai 2018, la SCI Vesuvio n'a pas davantage remis à l'administration son fichier des écritures comptables et a été informée que l'amende prévue à l'article 1729 D précité du code général des impôts lui serait infligée. Alors même que la SCI Vesusio a fini par remettre un fichier des écritures comptables le 1er juin 2018, il résulte de ce qui précède qu'elle n'a pas remis ce fichier au début des opérations de contrôle, conformément à l'article L. 47 A précité du livre des procédures fiscales. Par conséquent, c'est à bon droit que l'administration lui a infligé l'amende correspondante. Enfin, la SCI Vesuvio ne saurait soutenir que l'amende n'est pas motivée ou qu'elle est privée de base légale au motif que la proposition de rectification a visé " l'article 1749 D " du code général des impôts, dès lors que l'article 1729 D est précisément mentionné dans les motifs de l'amende et que la mention erronée de l'article 1749 D constitue ainsi une simple erreur de plume.

6. En second lieu, les requérants ne sauraient utilement invoquer la doctrine exprimée sous la référence BOI-CF-IOR-60-40-10, n° 55 dès lors qu'elle est relative à la procédure d'imposition et ne peut, dès lors, être regardée comme une interprétation de la loi fiscale au sens de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI Vesuvio est seulement fondée à obtenir la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016.

Sur les conclusions de Mme B et de M. D dirigées contre les rehaussements de revenus fonciers :

8. Aux termes de l'article 14 du code général des impôts : " Sous réserve des dispositions de l'article 15, sont compris dans la catégorie des revenus fonciers, lorsqu'ils ne sont pas inclus dans les bénéfices d'une entreprise industrielle, commerciale ou artisanale, d'une exploitation agricole ou d'une profession non commerciale : / 1° Les revenus des propriétés bâties, telles que maisons et usines, () ".

9. En l'espèce, si les requérants soutiennent qu'une partie des sommes créditées sur le compte bancaire professionnel de la SCI Vesuvio doivent être soustraits du total des revenus fonciers reconstitués par l'administration au motif qu'ils correspondent à des avoirs qu'ils ont déposés, ils ne produisent aucun document de nature à justifier ces allégations. Ils ne sauraient sérieusement soutenir qu'il convient également de soustraire de ce total les loyers qui auraient été versés par la SARL Delal pour l'occupation d'un immeuble appartenant à un autre propriétaire, la SCI des Jardins, dès lors qu'il n'est pas contesté que la comptabilité de la SCI Vesuvio a enregistré l'encaissement de loyers en provenance de la SARL Delal et qu'au demeurant, aucune des sommes versées par la SARL Delal sur le compte bancaire de la SCI Vesuvio ne correspond, dans son montant, au loyer stipulé dans le bail conclu entre cette SARL Delal et la SCI des Jardins. Enfin, en l'absence de tout autre élément probant produit par les requérants, ces derniers n'établissent pas que les sommes qui, par leur libellé, s'apparentent à des recettes commerciales et ont été retenues à ce titre par l'administration pour reconstituer les revenus fonciers, seraient exagérées dans leur montant. Il s'ensuit que leur moyen ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge présentées par Mme B et M. D doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner leur recevabilité.

D E C I D E :

Article 1 : La SCI Vesuvio est déchargée des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016.

Article 2 : Le surplus de ses conclusions est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par Mme B et M. D sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Vesuvio, à Mme C B, à M. A D et au directeur régional des finances publiques du Grand Est et du département du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

Le rapporteur,

M. BOUZAR

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

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