jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2102427 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | AARPI QUENNEHEN - TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 avril 2021, et des mémoires des 23 juin et 23 novembre 2022, la société Grenke Location, représentée par Me Thiéry, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Fouilloy à lui verser la somme de 2 828,80 euros au titre de l'indemnité de résiliation du contrat, assortie des intérêts au taux légal majoré de cinq points à compter du 18 octobre 2019 ;
2°) d'ordonner la capitalisation des intérêts ;
3°) de condamner la commune de Fouilloy à restituer à ses frais et risques le matériel objet du contrat de location ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Fouilloy le versement de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'exception d'incompétence du tribunal administratif de Strasbourg doit être écartée dès lors que le contrat en litige comporte une clause attributive de compétence ;
- la commune ne peut lui opposer l'autorité de la chose jugée dès lors que le tribunal administratif d'Amiens ne s'est pas prononcé sur les conclusions indemnitaires qu'elle présentait à titre subsidiaire ;
- en revanche l'autorité de la chose jugée s'oppose à ce que la commune de Fouilloy se prévale, en défense, de la nullité du contrat ;
- la résiliation du contrat est régulière ;
- la société Grenke est fondée à solliciter le paiement d'une indemnité de résiliation comprenant les loyers échus impayés, les loyers restant à échoir jusqu'au terme du contrat, les intérêts de retard au taux contractuel, ainsi que l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros ;
- la commune de Fouilloy n'a pas restitué le matériel alors que le contrat est arrivé à son terme.
Par des mémoires en défense enregistrés les 17 juin, 26 août, et 18 novembre 2022, la commune de Fouilloy conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- l'exécution du contrat ayant lieu sur son territoire, le tribunal administratif de Strasbourg est territorialement incompétent ;
- l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement rendu par le tribunal administratif d'Amiens le 28 décembre 2018 fait obstacle à ce que la société Grenke présente des conclusions indemnitaires à son encontre ;
- à titre subsidiaire, le tribunal devra constater la nullité du contrat ;
- à titre encore plus subsidiaire, la résiliation intervenue à l'initiative de la société requérante est irrégulière ;
- l'indemnité de résiliation est manifestement disproportionnée ;
- le matériel loué a été mis à la disposition de la société Grenke Location qui n'a fait aucune démarche pour le récupérer.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 2 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 21 mars 2024 :
- le rapport de Mme Merri, première conseillère ;
- et les conclusions de M. Boutot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par contrat n° 058-29154 du 12 mai 2015, la commune de Fouilloy a conclu avec la société Grenke Location un contrat de location de longue durée sans option d'achat d'un équipement bureautique, d'une durée de 21 trimestres pour un loyer trimestriel de 418,50 € hors taxes soit 502,20 € toutes taxes comprises. Par courrier reçu le 21 septembre 2019, la société Grenke Location a mis en demeure la commune de Fouilloy de procéder au paiement des loyers échus non réglés depuis avril 2019. Par lettre datée du 18 octobre 2019, Grenke a notifié à la commune de Fouilloy la résiliation anticipée du contrat, et a sollicité le paiement des loyers échus impayés, les intérêts au taux majoré, et une indemnité de résiliation ainsi que la somme de 40 euros de frais de recouvrement.
Sur l'exception d'incompétence :
2. Aux termes de l'article R. 312-2 du code de justice administrative : " Sauf en matière de contrats, la compétence territoriale ne peut faire l'objet de dérogations () ". Aux termes de l'article 19 des conditions générales de location de longue durée, pièce contractuelle du marché en litige : " Tous différends relatifs à la formation, la validité, l'interprétation et l'exécution du contrat seront de la compétence exclusive des tribunaux de Strasbourg ".
3. Il résulte de ces dispositions et stipulations que l'exception d'incompétence territoriale soulevée par la commune de Fouilloy ne peut qu'être écartée.
Sur la validité du contrat :
4. Il résulte de l'instruction que, par un jugement n° 1603808 du 28 décembre 2018, le tribunal administratif d'Amiens a statué sur la validité du contrat en litige. L'autorité de chose jugée qui s'attache à ce jugement, devenu définitif, interdit à la commune de se prévaloir, dans la présente instance, de la nullité de ce contrat.
Sur les conclusions indemnitaires :
5. La commune de Fouilloy soutient que cette même autorité de la chose jugée ferait obstacle aux conclusions à fin d'indemnisation de la requérante, dès lors que, par le même jugement du 28 décembre 2018, le tribunal administratif d'Amiens aurait rejeté la demande indemnitaire de cette dernière. Toutefois, il ressort du jugement que le tribunal n'a pas statué sur ces conclusions, qui n'étaient présentées qu'à titre subsidiaire. Par suite, l'exception de chose jugée opposée par la commune ne peut qu'être écartée.
En ce qui concerne la régularité et le bien-fondé de la résiliation :
6. En premier lieu, la commune de Fouilloy fait valoir que la résiliation intervenue le 18 octobre 2019 est irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été préalablement mise en mesure de s'y opposer pour un motif d'intérêt général. Toutefois, il résulte de l'instruction que la société Grenke Location a mis en demeure la commune le 21 septembre 2019, et que cette dernière n'a réagi ni en reprenant les paiements des échéances trimestrielles, ni en opposant à la résiliation un motif d'intérêt général.
7. En second lieu, aux termes de l'article 10.2 des conditions générales de location : " En cas de retard de paiement de 3 loyers mensuels consécutifs ou non, ou d'un loyer trimestriel, le contrat peut être résilié de plein droit par le bailleur par courrier recommandé avec avis de réception adressé au locataire. ".
8. Il est constant que la commune a cessé de régler les échéances trimestrielles à compter du mois d'avril 2019. Dès lors, la société Grenke Location était fondée à résilier le contrat en application des stipulations précitées.
En ce qui concerne les sommes réclamées :
S'agissant des loyers échus :
9. Il n'est pas contesté que les échéances trimestrielles échues d'avril, juillet et octobre 2019, pour un montant total de 1 506,60 euros, n'ont pas été acquittées par la commune de Fouilloy. Dès lors, la requérante est fondée à demander que cette somme soit mise à la charge de la commune.
S'agissant de l'indemnité forfaitaire de recouvrement :
10. Selon l'article 17 des conditions générales de location, une indemnité forfaitaire de recouvrement d'un montant de 40 euros est due en cas de retard de paiment des loyers. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, la requérante est fondée à réclamer le paiement de cette somme.
S'agissant des loyers restant à échoir :
11. Les parties à un contrat conclu par une personne publique peuvent déterminer l'étendue et les modalités des droits à indemnité du cocontractant en cas de résiliation du contrat, sous réserve qu'il n'en résulte pas, au détriment de la personne publique, l'allocation au cocontractant d'une indemnisation excédant le montant du préjudice qu'il a subi résultant du gain dont il a été privé ainsi que des dépenses qu'il a normalement exposées et qui n'ont pas été couvertes en raison de la résiliation du contrat.
12. Aux termes de l'article 11 des conditions générales de location : " 1. En cas de résiliation anticipée dans les conditions définies à l'article précédent (), et plus généralement en cas de terminaison anticipée du contrat, quel qu'en soit le motif ou le fondement, le locataire restera tenu de payer au bailleur, en compensation du préjudice subi, les loyers échus, les intérêts de retard de paiement éventuels restant dus, et les loyers à échoir jusqu'au terme initialement prévu du contrat pour la période contractuelle en cours majorés de 10 % à titre de sanction. Les intérêts commenceront à courir à compter de la première présentation au locataire de la lettre de résiliation. () ".
13. Alors que la commune de Fouilloy n'allègue pas avoir restitué le matériel objet du contrat litigieux, qu'elle a ainsi pu continuer à utiliser au-delà de la date de résiliation du contrat, et que la majoration de 10 % n'est pas réclamée, il ne résulte pas de l'instruction que l'indemnité sollicitée de 1 255,50 euros, correspondant à 3 loyers trimestriels hors taxes, excède le montant du préjudice effectivement subi par la requérante. Il y a donc lieu de mettre ce montant à la charge de la commune de Fouilloy.
En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :
14. Aux termes de l'article 4 des conditions générales de location, relatif aux loyers, ajustements et imputation des paiements : " 3. En cas de retard de paiement des échéances de loyer, tout paiement intervenu s'imputera en priorité sur les premiers loyers impayés et ainsi de suite jusqu'à l'extinction intégrale de la dette. / Toute somme impayée à sa date d'exigibilité sera augmentée d'un intérêt de retard au taux d'intérêt légal applicable en France majoré de cinq points ".
15. En application de ces stipulations, la société Grenke Location est fondée à demander à ce que la somme mentionnée au point 9 soit assortie des intérêts au taux légal augmenté de cinq points à compter du 18 octobre 2019.
16. En revanche, aucune stipulation ne prévoit l'application de ce taux d'intérêts majoré à l'indemnité forfaitaire de recouvrement prévue par l'article 17 des conditions générales de location ou à l'indemnité de résiliation prévue par leur article 11. La requérante n'est donc pas fondée à demander à ce que ces sommes soient assorties des intérêts au taux légal augmenté de cinq points.
17. En dernier lieu, l'article 1343-2 du code civil dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 8 avril 2021, date d'introduction de la requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 8 avril 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les conclusions à fin de restitution :
18. En application de l'article 13 des conditions générales de location, en cas de résiliation anticipée, le locataire est tenu de restituer à ses frais et à ses risques le matériel loué dès la date de prise d'effet de la résiliation. Il ne résulte pas de l'instruction que la commune de Fouilloy ait restitué les matériels loués. Dès lors, il y a lieu de lui ordonner de procéder à cette restitution dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la société Grenke Location, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, verse à la commune de Fouilloy les sommes que celle-ci demande au titre des frais engagés par elle et non compris dans les dépens.
20. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Fouilloy la somme de 1 000 euros que sollicite la société Grenke Location sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1 : La commune de Fouilloy versera à la société Grenke Location la somme de 1 506,60 euros (mille-cinq-cent-six euros et soixante centimes), la somme de 1 255,50 euros (mille-deux-cent-cinquante-cinq euros et cinquante centimes) et la somme de 40 (quarante) euros au titre du contrat n° 058-29154.
Article 2 : La somme de 1 506,60 euros (mille-cinq-cent-six euros et soixante centimes) portera intérêt au taux légal majoré de 5 points à compter du 28 décembre 2019. Les intérêts échus au 8 avril 2021 seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : La commune de Fouilloy procédera, à ses frais et risques, à la restitution des matériels objets du contrat à la société Grenke Location dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : La commune de Fouilloy versera à la société Grenke Location une somme de 1 000 (mille) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société Grenke Location et à la commune de Fouilloy.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rees, président,
Mme Merri, première conseillère,
Mme Dobry, conseillère.
Rendu public, par mise à disposition au greffe, le 11 avril 2024.
La rapporteure,
D. MERRI
Le président,
P. REES
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026