lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2102428 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DE BEAUMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 avril 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Eco NRJ, représentée par son gérant, M. A, représentée par Me de Beaumont, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, ainsi que des majorations correspondantes, auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016.
La SARL Eco NRJ soutient que :
- les charges remises en cause par le service correspondent à la refacturation par la société Eco NRJ Lux de prestations effectuées pour le compte de la société requérante ;
- cette refacturation et l'absence corrélative de rémunération de son gérant lui ont permis de maintenir son chiffre d'affaires et ses marges ;
- la facturation par la société Eco NRJ Lux d'une commission plus élevée aurait eu le même effet sur l'équilibre économique des relations entre les deux sociétés ;
- contrairement à ce qu'a estimé le service, cette refacturation n'est pas forfaitaire mais constitue une avance sur un remboursement du coût réel ;
- le redressement contesté constitue une immixtion de l'administration dans sa gestion et celle de la société Eco NRJ Lux ;
- l'administration fiscale luxembourgeoise n'a remis en cause ni la refacturation, ni la déduction par la société Eco NRJ Lux des salaires correspondants ;
- l'administration ne démontre pas l'existence d'une intention délibérée d'éluder l'impôt de sa part ou du fait de son gérant, qui ne s'est pas enrichi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2021, l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est conclut au rejet de la requête.
L'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est soutient qu'aucun des moyens soulevés par la société requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D C,
- les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public,
- et les observations de Me de Beaumont, représentant la société requérante.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Eco NRJ, dont le siège est à Avricourt (Moselle), réalise des travaux d'installation d'équipements thermiques et de climatisation. A la suite d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er juillet 2014 au 30 juin 2017, l'administration a, notamment, refusé la déduction de prestations d'un montant total de 78 000 euros au titre de l'exercice clos en 2015 et de 26 000 euros au titre de l'exercice 2016, facturées par la société luxembourgeoise Eco NRJ Lux, qui a le même gérant, M. A. La société requérante a ainsi été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2015 et 2016 s'élevant, en droits et pénalités, à la somme totale de 52 843 euros, dont elle demande la décharge.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 39 du code général des impôts, rendu applicable à l'impôt sur les sociétés par l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite à l'administration, si elle s'y croit fondée, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
3. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.
4. Il résulte de l'instruction que la société Eco NRJ Lux a facturé à la SARL Eco NRJ chaque mois pendant l'exercice clos le 30 juin 2015 et durant quatre mois de l'exercice 2016, sous le libellé " Forfait diverses prestations ", des prestations d'assistance pour un montant forfaitaire mensuel de 6 500 euros, soit une somme totale de 78 000 euros au titre de l'exercice 2015 et de 26 000 euros au titre de l'exercice 2016. Pour refuser la déduction de ces sommes du résultat imposable de la SARL Eco NRJ, l'administration fait valoir que le libellé des factures en litige ne permet pas d'identifier la prestation qui a été fournie et que ces factures ont été émises par une société qui a le même gérant que la SARL Eco NRJ, M. A. Si la société requérante soutient que les factures litigieuses correspondent à la refacturation par la société Eco NRJ Lux de prestations effectuées pour son compte, elle n'apporte à l'appui de cette allégation aucun élément précis ou réellement probant. La seule production d'une facture d'un montant de 5 555,88 euros adressée le 15 septembre 2015 à la société Eco NRJ Lux au titre de frais de participation à la foire internationale de Metz et d'extraits de la comptabilité de cette société ne peuvent suffire à démontrer la réalité des actions de prospection commerciale que la société luxembourgeoise aurait réalisées pour le compte de la SARL Eco NRJ. Si la société requérante soutient que ces facturations constituaient une avance sur le remboursement du coût réel des prestations, elle ne l'établit pas. Si elle fait valoir qu'elle ne rémunérait pas son gérant, M. A, cette absence de rémunération, qui constitue, au demeurant, une décision de gestion qui lui est opposable, ne peut justifier les facturations en cause en l'absence de toute précision sur la nature des diligences accomplies par M. A et de preuve de leur réalité. La circonstance, à la supposer même avérée, que la facturation de ces prestations et la déduction concomitante des salaires correspondants n'auraient pas été remises en cause par l'administration fiscale luxembourgeoise, est sans incidence sur le bien-fondé du redressement en litige. La SARL Eco NRJ ne peut pas davantage se prévaloir utilement de l'équilibre économique de ses relations avec la société luxembourgeoise ou de la préservation de son chiffre d'affaires et de ses marges. Dans ces conditions, et alors que le libellé des factures est très général et que le capital de la société Eco NRJ Lux est réparti entre M. A, qui en détient 20 %, et sa fille, Mme B A, qui détient 80 % des parts, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve, sans commettre aucune immixtion dans la gestion de l'entreprise, du caractère non déductible des charges en litige.
5. En second lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".
6. Pour appliquer la pénalité de 40 % prévue par les dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts, au redressement en litige, le service s'est fondé sur le motif que la société ne pouvait ignorer, eu égard à la communauté d'intérêts entre les deux sociétés, que les prestations facturées par la société Eco NRJ Lux étaient dépourvues de substance et qu'elle a ainsi volontairement majoré ses charges. Ces agissements de la SARL Eco NRJ suffisent à caractériser, eu égard au surplus à l'importance des sommes en cause et à la répétition des mêmes errements sur deux exercices, l'intention délibérée d'éluder l'impôt justifiant l'application de la pénalité sanctionnant la mauvaise foi du contribuable.
7. Dès lors que le présent jugement statue sur les conclusions à fin de décharge, les conclusions tendant au bénéfice du sursis de paiement sont, en tout état de cause, devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Eco NRJ n'est pas fondée à demander la décharge des impositions en litige.
D E C I D E :
Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de sursis de paiement.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la SARL Eco NRJ est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Eco NRJ et à l'administratrice générale des finances publiques chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Julien Iggert, président,
M. Christophe Michel, premier conseiller,
M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
Le rapporteur,
C. C
Le président,
J. IGGERT
Le greffier,
S. PILLET
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Strasbourg, le
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026