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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2102511

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2102511

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2102511
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL LEONEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 avril 2021, 29 novembre 2021 et 25 mars 2022, la SCCV Magenta, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la ville de Strasbourg à lui verser la somme de 736 267,64 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis en raison de l'illégalité de l'arrêté du 11 mars 2020 par lequel le maire de Strasbourg a refusé de faire droit à sa demande de permis de construire portant sur la réalisation d'un immeuble de 18 logements, somme majorée des intérêts au taux légal à compter du 8 février 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Strasbourg une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la commune a commis une faute engageant sa responsabilité en refusant, de manière illégale, de lui délivrer le permis de construire sollicité ;

- les préjudices qu'elle a subis doivent être intégralement réparés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 novembre 2021, 3 mars 2022 et 5 mai 2022, la commune de Strasbourg, représentée par la SELARL Leonem, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCCV Magenta au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 6 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public,

- les observations de Me Gillig, avocat de la SCCV Magenta,

- les observations de Me Juliac-Degrelle, avocat de la commune de Strasbourg.

Considérant ce qui suit :

1. Par une demande déposée le 20 décembre 2019 et complétée le 3 mars 2020, la SCCV Magenta a sollicité la délivrance d'un permis de construire n° PC 67482 19 V0335 en vue de réaliser un bâtiment sis 179, route de Mittelhausbergen à Strasbourg comportant 18 logements représentant une surface de plancher totale de 1.186 m². Par un arrêté du 11 mars 2020, le maire de Strasbourg a refusé le permis de construire demandé. Le 4 février 2021, la SCCV Magenta a présenté une demande préalable d'indemnisation, qui a été implicitement rejetée. Par la présente requête, la SCCV Magenta demande ainsi au tribunal de condamner la ville de Strasbourg à l'indemniser des préjudices subis découlant de ce refus qu'elle estime fautif. Saisi par ailleurs de la légalité de l'arrêté du 11 mars 2020, le tribunal administratif de Strasbourg a, par un jugement du 19 mai 2022, rejeté la requête présentée par la SCCV Magenta tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur la responsabilité de la commune de Strasbourg tirée de l'illégalité fautive de l'arrêté du 11 mars 2020 refusant le permis de construire :

2. La SCCV Magenta soutient que le refus qui a été opposé à sa demande de permis de construire est illégal, et que cette illégalité fautive engage la responsabilité de la commune de Strasbourg, laquelle doit être condamnée à réparer les préjudices subis.

En ce qui concerne la légalité des deux motifs initiaux de refus du permis de construire :

3. Pour refuser le permis de construire sollicité, le maire s'est fondé sur la méconnaissance par le projet de la SCCV Magenta des dispositions des articles 7 et 11 UB du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg.

4. Aux termes de l'article 7 UB2 du règlement de ce plan local d'urbanisme intercommunal : " Lorsque les constructions ne sont pas implantées sur les limites séparatives (implantation avec prospect) : 2.4. sur une profondeur de 13 mètres à 20 mètres, la distance comptée horizontalement de tout point du bâtiment au point de la limite parcellaire qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points sans pouvoir être inférieure à 3 mètres. ".

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment du dossier de demande déposé par la société pétitionnaire dans sa version modifiée et des relevés topographiques produits, que la hauteur réelle de terrain naturel s'établit à 147 NGF en limite séparative au droit de l'acrotère, soit le point visé par le motif de refus opposé par le maire de Strasbourg. Le projet ne méconnaît donc pas la règle de prospect fixée à l'article 7 UA2 précité au niveau de cet acrotère lui-même situé à une hauteur de 160,92 NGF et à une distance d'au moins 6,98 mètres de la limite, soit à une distance représentant plus de la moitié de la différence d'altitude entre les deux points. Il en va ainsi quand bien même les premiers éléments versés le 20 décembre 2019 par la société pétitionnaire auraient été entachés d'insuffisances, voire de contradiction, avec les compléments de pièces produits le 3 mars 2020, s'agissant notamment des hauteurs de terrain naturel en divers endroits du terrain. La société pétitionnaire est dès lors fondée à soutenir que c'est à tort que ce premier motif de refus de permis de construire tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent lui a été opposé.

6. Aux termes de l'article 11 UB du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal : " " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture,

leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à

modifier sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux

avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains, ainsi qu'à la conservation

des perspectives monumentales ".

7. La commune de Strasbourg fait valoir que le projet doit s'implanter sur l'un des seuls terrains du quartier qui ne bénéficiait pas d'espaces verts, qu'il est entouré d'un ensemble d'intérêt urbain et paysager soit un " groupe de bâtiments s'inscrivant dans une logique urbaine et paysagère () " et compris dans un paysage urbain caractéristique avec la route de Mittelhausbergen présentant une harmonie des façades et des volumes. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le projet, s'il se situe en lisière d'un quartier au sein duquel se retrouvent des maisons de type R+1+combles et une partie d'espace verts, doit s'implanter sur un terrain qui n'est affecté d'aucune protection particulière à l'angle des rues de Hurtigheim et de Mittelhausbergen et à proximité d'un immeuble de six niveaux en construction au nord-ouest, en face d'un bâtiment de cinq niveaux à toiture plate lui-même situé au débouché direct de la rue de Hurtigheim. De nombreux immeubles collectifs sont implantés dans un rayon de l'ordre de 150 mètres et l'environnement proche du projet ne permet pas de distinguer une harmonie architecturale donnant aux caractère des lieux et au paysage urbain un intérêt ou caractère tels que le projet serait susceptible d'y porter atteinte. Dans ces conditions, la SCCV Magenta est également fondée à soutenir que le second motif de refus tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal opposé dans l'arrêté du 11 mars 2020 est entaché d'illégalité.

En ce qui concerne la substitution de motifs demandée :

8. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant

le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est

légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué. Les dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ne font pas, par elles-mêmes, obstacle à ce que l'administration qui a refusé un permis de construire invoque devant le juge un motif autre que ceux qu'elle a opposés dans la décision de refus.

9. La commune de Strasbourg se prévaut de cinq nouveaux motifs dont celui tiré de la méconnaissance par le projet de la règle de hauteur maximale à l'égout du toit, fixée à 15 mètres.

10. Aux termes de l'article 10.3.1 UB du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal: " La hauteur maximale à l'égout principal de toiture peut être dépassée dans la limite d'un quart de la longueur de chaque façade, sans qu'elle puisse excéder la hauteur maximale hors tout ".

11. Il ressort des pièces du dossier que s'agissant de la façade sud-est, le projet dépasse la hauteur de 15 mètres maximale autorisée au niveau de l'élément de façade de 6,42 mètres de large, au droit des murs. Cet élément représente ainsi plus du quart de la façade sud-est de l'immeuble projeté dès lors que les terrasses situées en débord de la façade sud-ouest, que la société pétitionnaire souhaite ajouter à la longueur de la façade sud-est, ne constituent pas en l'espèce des éléments constitutifs de cette façade sud-est pour le décompte de la règle citée au point précédent.

12. Il résulte de l'instruction qu'à supposer même que les autres motifs soient entachés d'illégalité, le maire de Strasbourg aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce seul motif, substitué aux deux motifs initiaux, et tiré de la méconnaissance de la règle de l'article 10.3.1 UB du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal de l'Eurométropole de Strasbourg.

13. Il en résulte que la SCCV Magenta n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 11 mars 2020 est entaché d'une illégalité fautive engageant la responsabilité de l'administration. Ses conclusions à fin d'indemnisation de ses préjudices doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Strasbourg, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SCCV Magenta demande au titre des frais liés au litige.

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, sur le fondement de ces dernières dispositions, de mettre à la charge de la SCCV Magenta le paiement de la somme que réclame la commune de Strasbourg au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la SCCV Magenta est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Strasbourg présentées au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCCV Magenta et à la commune de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

Mme Kalt, première conseillère,

Mme Eymaron, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La rapporteure,

L. A

Le président,

M. B

Le greffier,

J. FERNBACH

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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