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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2103237

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2103237

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2103237
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL CABINET JOFFE & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mai 2021 et 31 janvier 2023, la société Grenke location, représentée par Me Rajat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) au titre du contrat n° 61/52229, de condamner la société SNCF Gares et connexions à lui verser la somme de 362,88 euros toutes taxes comprises (TTC) assortie des intérêts au taux légal majoré de 5 points à compter du 16 février 2018, la somme de 2 376 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 février 2018, de prononcer la capitalisation des intérêts à compter du 16 février 2019 et de condamner la SNCF Gares et connexions à lui verser la somme de

40 euros ;

2°) au titre du contrat n° 61/52290, de condamner la société SNCF Gares et connexions à lui verser la somme de 7 560 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du

18 janvier 2018, de prononcer la capitalisation des intérêts à compter du 18 janvier 2019 et de condamner la SNCF Gares et connexions à lui verser la somme de 40 euros ;

3°) au titre du contrat n° 61/52226, de condamner la société SNCF Gares et connexions à lui verser la somme de 1 663,20 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du

14 décembre 2018, de prononcer la capitalisation des intérêts à compter du 14 décembre 2019 et de condamner la SNCF Gares et connexions à lui verser la somme de 40 euros ;

4°) au titre du contrat n° 61/52220, de condamner la société SNCF Gares et connexions à lui verser la somme de 1 663,20 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du

14 décembre 2018, de prononcer la capitalisation des intérêts à compter du 14 décembre 2019 et de condamner la SNCF Gares et connexions à lui verser la somme de 40 euros ;

5°) de condamner la SNCF Gares et connexions à lui restituer le matériel objet des contrats, à ses frais et risques, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de la SNCF Gares et connexions la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a régulièrement procédé à la résiliation anticipée des contrats n° 61/52229, 61/52290, 61/52221 et 61/52220, en application de l'article 10 des conditions générales de location, en raison de l'absence de règlement des loyers suite à mise en demeure, et mis en demeure la SNCF Gares et connexions de lui restituer le matériel loué et de lui régler les loyers échus, les frais d'assurance et l'indemnité de résiliation, par courriers des 16 février, 18 janvier et 14 décembre 2018 ;

- reste à régler la somme de 362,88 euros au titre des loyers échus, dans le cadre du contrat n° 61/52229, augmentée des intérêts au taux légal majoré de 5 points à compter de la résiliation, en application de l'article 4 des conditions générales de location ;

- restent à régler pour les quatre contrats les sommes respectives de 2 376 euros,

7 560 euros, 1 663,20 euros et 1663,20 euros, augmentées des intérêts au taux légal à compter de la résiliation, au titre de l'indemnité de résiliation, correspondant au montant hors taxes (HT) des loyers à échoir augmenté de 10%, en application de l'article 11 des conditions générales de location ;

- reste à régler pour chacun des contrats la somme de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de recouvrement, sur le fondement de l'article 7 du décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;

- la SNCF est tenue de restituer le matériel objet des contrat.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 septembre 2022 et 8 mars 2023, la société SNCF Gares et connexions, représentée par Mes Gaudemet et Mallet, conclut à la limitation de sa condamnation à un montant de 1 140,48 euros HT et au rejet du surplus de la requête.

Elle soutient que :

- une partie des factures correspondant aux loyers échus et aux frais d'assurance a été réglée avant introduction de l'instance, à hauteur de 388,80 euros pour le contrat

n° 61/52229, de 3 813,22 euros pour le contrat n° 61/52290, de 259,20 euros pour le contrat n° 61/52226 et de 518,40 euros pour le contrat n° 61/52220 ;

- ne restent dus que les loyers échus pour un montant de 1 140,48 euros HT ;

- la résiliation n'est pas fondée dès lors qu'elle n'a pas été destinataire des factures, ce qui prive de fondement les demandes relatives à l'indemnité de résiliation et à l'indemnité forfaitaire de recouvrement ;

- l'ensemble du matériel a été restitué.

Par ordonnance du 13 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 29 mars 2023.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le principe de l'interdiction faite aux personnes publiques de consentir des libéralités fait obstacle à l'application, en l'espèce, de l'article 11 des conditions générales de location en tant qu'il prévoit une majoration de 10 % du montant des loyers échus au titre de l'indemnité de résiliation.

Une réponse a été enregistrée pour la société SNCF Gares et connexions le

14 novembre 2023 et a été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dobry,

- les conclusions de M. Boutot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Grenke a conclu avec l'établissement public SNCF Mobilités, aux droits duquel vient la société SNCF Gares et connexions, plusieurs contrats de location longue durée portant sur des diffuseurs, chacun pour une durée de 36 mois. Les contrats nos 61/52229, 61/52226 et 61/52220, conclus le 6 septembre 2017, prévoient chacun un loyer trimestriel de 216 euros HT soit 259,20 euros TTC. Le contrat n° 61/52290, conclu le 11 septembre 2017, prévoit un loyer trimestriel de 1 080 euros HT soit 1 296 euros TTC. La société Grenke a adressé à la SNCF Mobilités des mises en demeure de payer les loyers échus, puis elle a procédé à la résiliation unilatérale des contrats par courriers datés du 16 février 2018 pour le contrat n° 61/52229, du 18 janvier 2018 pour le contrat n° 61/52290 et du 14 décembre 2018 pour les contrats nos 61/52226 et 61/52220 et demandé le paiement des sommes correspondant aux loyers échus impayés, à l'indemnité de résiliation et à l'indemnité forfaitaire de recouvrement, ainsi que la restitution du matériel objet des contrats.

Sur le bien-fondé des résiliations :

2. Aux termes de l'article 10 des conditions générales de location applicables aux quatre contrats litigieux : " 2. En cas de retard de paiement de 3 loyers mensuels consécutifs ou non, ou d'un loyer trimestriel, le contrat peut être résilié de plein droit par le bailleur () ".

3. La SNCF Gares et connexions soutient que les résiliations qui ont été notifiées par la société Grenke ne sont pas fondées dès lors que l'absence de règlement des loyers était due à ce que les factures n'avaient pas été adressées au bon destinataire ni selon les formalités précisées par SNCF Mobilités, en méconnaissance des dispositions du code de commerce relatives à l'établissement et à la délivrance des factures. Il résulte toutefois des termes mêmes des contrats litigieux que " les loyers sont payables d'avance le premier de chaque mois ou trimestre civil ", de sorte que la SNCF Gares et connexions ne peut utilement invoquer la méconnaissance des règles de facturation prévues dans le code de commerce, qui sont sans lien avec son obligation de payer à la date d'exigibilité des loyers prévue par les termes précités du contrat.

4. La SNCF Gares et connexions ne contestant pas avoir omis de régler des loyers trimestriels dans chacun des contrats litigieux, elle n'est pas fondée à soutenir que les résiliations décidées par la société Grenke sont illégales.

Sur les conclusions à fins d'indemnisation :

5. En premier lieu, la SNCF Gares et connexions reconnaît elle-même l'absence de paiement des loyers échus les 22 septembre et 1er octobre 2017 dans le cadre du contrat

n° 61/52229, pour un montant total de 362,88 euros TTC. Il y a lieu de la condamner au versement de cette somme.

6. En deuxième lieu, l'article 11 des conditions générales de location stipule que : " 1. En cas de résiliation anticipée (), le locataire restera tenu de payer au bailleur, en compensation du préjudice subi, les loyers échus, les intérêts de retard de paiement éventuels restant dus, et les loyers, à échoir jusqu'au terme initialement prévu du contrat pour la période contractuelle en cours majorés de 10% à titre de sanction. () ".

7. Les parties à un contrat conclu par une personne publique peuvent déterminer l'étendue et les modalités des droits à indemnité du cocontractant en cas de résiliation du contrat, sous réserve qu'il n'en résulte pas, au détriment de la personne publique, l'allocation au cocontractant d'une indemnisation excédant le montant du préjudice qu'il a subi résultant du gain dont il a été privé ainsi que des dépenses qu'il a normalement exposées et qui n'ont pas été couvertes en raison de la résiliation du contrat.

8. En application des stipulations précitées, la société Grenke est fondée à demander à être indemnisée du montant hors taxes des loyers à échoir dans le cadre de chacun des quatre contrats litigieux. En revanche, il résulte du principe rappelé ci-dessus, qui procède de l'interdiction faite aux personnes publiques de consentir des libéralités, que l'application des stipulations précitées doit être écartée en tant qu'elles prévoient une majoration de 10 %, qui excède le montant du préjudice effectivement subi par la société Grenke du fait de la terminaison anticipée du contrat.

9. Il résulte de l'instruction que dix loyers restaient à échoir à la date de la résiliation du contrat n° 61/52229, pour un montant de 2 160 euros HT.

10. Dix loyers restaient également à échoir à la date de résiliation du contrat

n° 61/52290, pour un montant de 10 800 euros HT. Il résulte de l'instruction qu'une partie de la somme a déjà été réglée par la SNCF Gares et connexions, la société Grenke limitant sa demande à la somme de 7 560 euros, qu'elle est dès lors fondée à obtenir de la part de la SNCF Gares et connexions.

11. Sept loyers restaient à échoir à la date de résiliation des contrats nos 61/52226 et 61/52220, pour un montant de 1 512 euros HT dans le cadre de chacun de ces deux contrats, soit un montant total de 3 024 euros.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 7 du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique : " Lorsque les sommes dues en principal ne sont pas mises en paiement à l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement, le créancier a droit, sans qu'il ait à les demander, au versement des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement () ". Aux termes de l'article 9 du même décret : " le montant de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement est fixé à 40 euros ".

13. La société Grenke est fondée à demander le versement par la SNCF Gares et connexions de la somme de 40 euros pour chacun des quatre contrats litigieux, soit un montant total de 160 euros, au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement.

Sur les intérêts :

14. En premier lieu, l'article 4 des conditions générales de location stipule que : " 3. () Toute somme impayée à sa date d'exigibilité sera augmentée d'un intérêt de retard au taux d'intérêt légal applicable en France majoré de 5 points ". Il y a lieu d'assortir la somme mentionnée au point 5 des intérêts au taux légal majoré de 5 points à compter du 23 février 2018, date à laquelle la SNCF Mobilités peut raisonnablement être considérée comme ayant reçu le courrier de résiliation du contrat n° 61/52229 daté du 16 février 2018.

15. En deuxième lieu, eu égard aux dispositions précitées de l'article 7 du décret du

29 mars 2013, la société Grenke est fondée à demander à ce que les sommes correspondant à l'indemnité de résiliation soient assorties des intérêts au taux légal à compter de la date de résiliation des contrats.

16. Il y a dès lors lieu d'assortir la somme mentionnée au point 9, concernant le contrat n° 61/52229, des intérêts au taux légal à compter du 23 février 2018.

17. Il y a également lieu d'assortir la somme mentionnée au point 10, concernant le contrat n° 61/52290, des intérêts au taux légal à compter du 25 janvier 2018, date à laquelle la SNCF Mobilités peut raisonnablement être considérée comme ayant reçu le courrier de résiliation du contrat daté du 18 janvier 2018.

18. Il y a enfin lieu d'assortir la somme mentionnée au point 11, concernant les contrats n° 61/52226 et 61/52220, des intérêts au taux légal à compter du 2 janvier 2019, date de réception du courrier de résiliation des deux contrats.

19. En troisième lieu, l'article 1343-2 du code civil dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. " La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Elle prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. La capitalisation des intérêts mentionnés aux points 14 à 18 a été demandée le 6 mai 2021, date d'introduction de la requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 6 mai 2021, à laquelle était d'ores et déjà due une année entière d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les conclusions à fins de restitution :

20. La SNCF Gares et connexions établit avoir restitué à la société Grenke les matériels loués. Par conséquent, cette dernière n'est pas fondée à en demander la restitution.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

21. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la SNCF Gares et connexions les sommes que la société Grenke demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La SNCF Gares et connexions est condamnée à verser à la société Grenke la somme de 362,88 euros (trois-cent-soixante-deux euros et quatre-vingt-huit centimes) toutes taxes comprises, augmentée des intérêts au taux légal majoré de 5 points à compter du 23 février 2018.

Article 2 : La SNCF Gares et connexions est condamnée à verser à la société Grenke la somme de 2 160 (deux-mille-cent-soixante) euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du

23 février 2018.

Article 3 : La SNCF Gares et connexions est condamnée à verser à la société Grenke la somme de 7 560 (sept-mille-cinq-cent-soixante) euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du

25 janvier 2018.

Article 4 : La SNCF Gares et connexions est condamnée à verser à la société Grenke la somme de 3 024 (trois-mille-vingt-quatre) euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter du

2 janvier 2019.

Article 5 : Les intérêts mentionnés aux articles 1er à 4, échus à la date du 6 mai 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 6 : La SNCF Gares et connexions est condamnée à verser à la société Grenke la somme de 160 (cent-soixante) euros.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à la société Grenke location et à la société SNCF Gares et connexions.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

La rapporteure,

S. DOBRY

Le président,

P. REES Le greffier,

N. EL ABBOUDI

La République mande et ordonne au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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