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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2104260

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2104260

vendredi 23 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2104260
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJuge Unique
Avocat requérantSCP HELLENBRAND & MARTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 juin 2021, 6 juillet 2021, 18 janvier 2022, 25 juin 2022 et 15 novembre 2022, M. B E, représenté par Me Hellenbrand, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1) d'annuler la décision du 15 avril 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) de la Moselle lui a refusé une remise gracieuse de sa dette d'un montant de 8 694 euros résultant d'un trop-perçu d'aide personnalisée au logement (APL) pour la période de janvier 2018 à novembre 2020 ;

2) d'ordonner à la CAF de la Moselle de le rétablir dans ses droits à compter du 1er janvier 2018 ;

3) à titre subsidiaire d'ordonner à la CAF de la Moselle de le rétablir dans ses droits au 30 novembre 2020 ;

4) à titre infiniment subsidiaire d'ordonner à la CAF de la Moselle de le rétablir dans ses droits à compter du 4 décembre 2020 ;

5) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

M. E soutient que :

Au titre de la légalité externe :

- le courrier du 25 janvier 2021 est insuffisamment précis quant à la nature, au montant des sommes réclamées et à la date du ou des versement donnant lieu à répétition ;

- il est contraire aux dispositions de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale ;

Au titre de la légalité interne :

- il conteste le rapport de contrôle qui n'est pas signé par " le contrôleur assermenté " et la CAF de la Moselle devra démontrer qu'il remplit les conditions d'agrément et d'assermentation ;

- il réside en France et a effectué des voyages en Algérie et a été contraint d'y rester pendant la crise du Covid en l'absence de transport, il s'agit d'un cas de force majeure ;

- il n'a pu utiliser son billet retour du 31 mars 2020, les frontières étant fermées le 16 mars 2020 et est revenu par un vol de rapatriement le 4 décembre 2020 ;

- son appartement a toujours été occupé par son épouse et ses enfants et il n'a plus quitté le sol français depuis cette date ;

- il n'est pas établi qu'il perçoit toujours des revenus de son activité de médecin en Algérie entre 2018 et 2020.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 janvier et 28 novembre 2022, la CAF de la Moselle conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- La résidence de l'intéressé en France n'est pas établie car il a séjourné à l'étranger 343 jours en 2018, 304 jours en 2019 et 324 jours en 2020 ;

- même en considérant la période Covid, il a séjourné plus de 130 jours à l'étranger en 2020 ;

- il n'a jamais cessé son activité professionnelle de médecin en Algérie et perçoit une retraite qu'il n'a jamais déclaré ;

- il perçoit également des virements de nature inconnue non déclarés ;

- il ne peut ignorer l'obligation de déclarer ses revenus ;

- ses fausses déclarations ont été qualifiées de frauduleuse et ont fait l'objet d'un signalement, une pénalité administrative de 115 euros a été notifié le 20 avril 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Suite à un contrôle effectué le 7 décembre 2020, la CAF de la Moselle a mis à la charge de M. E une dette d'un montant de 8 694 euros de trop perçu d'APL. L'intéressé a sollicité, par lettre du 25 février 2021, un réexamen de son dossier et a contesté les conclusions du rapport d'enquête. Par une décision du 7 juin 2021, la CAF de la Moselle a rejeté sa contestation. Par la présente requête, M. E doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale applicable aux indus de prestation de sécurité sociale: " L'action en recouvrement de prestations indues s'ouvre par l'envoi au débiteur par le directeur de l'organisme compétent d'une notification de payer le montant réclamé. Cette lettre précise le motif, la nature et le montant des sommes réclamées et la date du ou des versements donnant lieu à répétition. Elle mentionne l'existence d'un délai imparti au débiteur pour s'acquitter des sommes réclamées. / Elle indique les voies et délais de recours ainsi que les conditions dans lesquelles le débiteur peut, dans le délai mentionné au deuxième alinéa de l'article R. 142-1, présenter ses observations écrites ou orales. ".

3. La décision du 25 janvier 2021 est suffisamment motivée, la CAF de la Moselle ayant précisé la nature de l'indu ainsi que sa cause, la période à laquelle il se rapporte et le motif de son existence. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale : " Les directeurs des organismes de sécurité sociale confient à des agents chargés du contrôle, assermentés et agréés dans des conditions définies par arrêté du ministre chargé de la sécurité sociale, le soin de procéder à toutes vérifications ou enquêtes administratives concernant l'attribution des prestations (). Ces agents ont qualité pour dresser des procès-verbaux faisant foi jusqu'à preuve du contraire () ". Selon l'article R. 114-18 du même code : " A l'issue du contrôle sur place, les agents chargés du contrôle communiquent à l'établissement ou à la personne physique ou morale un document daté et signé conjointement mentionnant l'objet du contrôle, le nom et la qualité des agents chargés du contrôle ainsi que les documents consultés et communiqués. () ".

5. Il ressort de l'ensemble de ces dispositions que tant l'absence d'agrément que l'absence d'assermentation des agents de droit privé désignés par les caisses d'allocations familiales pour conduire des contrôles sur les déclarations des bénéficiaires du revenu de solidarité active sont de nature à affecter la validité des constatations des procès-verbaux qu'ils établissent à l'issue de ces contrôles et à faire ainsi obstacle à ce qu'elles constituent le fondement d'une décision déterminant pour l'avenir les droits de la personne contrôlée ou remettant en cause des paiements déjà effectués à son profit en ordonnant la récupération d'un indu. En outre, la valeur probante attachée par les dispositions précitées de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale aux procès-verbaux dressés par ces agents ne saurait s'étendre aux mentions qu'ils comportent quant à l'agrément et à l'assermentation de leur auteur.

6. Il résulte de l'instruction que Mme F C, qui a procédé au contrôle à l'origine de la décision attaquée et dont les nom et prénom sont apposés sur le rapport d'audition de l'intéressé et en fin du rapport d'enquête, en qualité de contrôleur assermenté, a été agréé en qualité d'agent de contrôle des prestations familiales par une décision du 15 avril 2019 du directeur général de la caisse nationale des allocations familiales et a prêté serment devant le tribunal de grande instance de Metz le 7 novembre 2018. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité du contrôle diligenté doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 822-2 du code de la construction et de l'habitation : " I.- Peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement : 1° Les personnes de nationalité française ; 2° Les personnes de nationalité étrangère remplissant les conditions prévues par les deux premiers alinéas de l'article L. 512-2 du code de la sécurité sociale. II.- Parmi les personnes mentionnées au I, peuvent bénéficier d'une aide personnelle au logement celles remplissant les conditions prévues par le présent livre pour son attribution qui sont locataires, résidents en logement-foyer ou qui accèdent à la propriété d'un local à usage exclusif d'habitation et constituant leur résidence principale. Les sous-locataires, sous les mêmes conditions, peuvent également en bénéficier. ". Aux termes de l'article R. 822-23 du même code : " Est considéré comme résidence principale, pour l'application du premier alinéa du II de l'article L. 822-2, le logement effectivement occupé soit par le bénéficiaire de l'aide personnelle au logement, soit par son conjoint, soit par une des personnes à charge au sens de l'article R. 823-4, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure. ".

8. Il résulte de l'instruction que les indus d'aide personnalisée au logement mis à la charge de M. E ont pour origine les séjours de l'intéressé hors de France du 18 décembre 2017 au 31 janvier 2018, du 4 au 22 février 2018 du 24 février au 28 mars 2018, du 6 avril au 21mai 2018, du 25 mai au 9 octobre 2018, du 11 octobre au 22 novembre 2018, du 29 novembre 2018 au 29 janvier 2019, du 8 février au 3 avril 2019, du 8 avril au 24 juin 2019, du 21 juillet au 8 octobre 2019, du 30 octobre 2019 au 5 février 2020, du 14 février 2020 au 15 juin 2020 et du 21 juin 2020 au 4 décembre 2020, soit 343 jours en 2018, 304 jours en 2019 et 324 jours en 2020. M. E a ainsi séjourné hors de France plus de quatre mois au cours de chacune des trois années.

9. Pour l'année 2020, M. E soutient qu'il aurait été empêché de rentrer en France en raison du contexte sanitaire lié au Covid 19. Il produit à cette fin la copie d'un billet d'avion acheté le 20 février 2020 à destination d'Alger et prévoyant un retour le 31 mars 2020, soit postérieurement à la date du 17 mars 2020, date de fermeture de l'espace aérien, maritime et terrestre algérien et il n'est pas contesté qu'il soit revenu en France par un vol de rapatriement le 4 décembre 2020. Ainsi pour l'année 2020, l'obligation qui lui est faite par les dispositions précitées de résider en France de manière stable et effective ne pouvait être respectée au titre de l'année 2020.

10. Pour les années 2018 et 2019, il ne soutient aucunement avoir été présent au moins 8 mois au cours de chacune des années. La seule circonstance qu'il indique avoir payé des consommations de fluide est insuffisant pour établir sa présence dès lors qu'il ressort du rapport d'audition du 27 novembre 2020, qu'il avait loué rue Henri Maret un petit logement de 40m2 où étaient censés habités jusqu'à 14 personnes de trois ou quatre cellules familiales différentes puis, ultérieurement, il précise être en colocation avec sa fille et les enfants de celle-ci, le mari de cette dernière étant parti en Algérie avant le confinement. En tout état de cause, le volume de consommation des fluides est faible pour une telle occupation. Par suite, pour ces deux années, l'intéressé ne satisfait pas à l'obligation précitée.

11. D'autre part, l'intéressé est médecin retraité et perçoit en Algérie une pension, son compte bancaire est alimenté par différents virements ou versements tant de son fils A que d'autres personnes et qu'aucune opération bancaire n'est effectuée lors de ses séjours en Algérie et aucun achat de billets d'avion n'y est mentionné. Or aucun de ces revenus n'a jamais été déclaré à la CAF de la Moselle.

12. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que la CAF de la Moselle a établi l'indu en cause et mis à la charge de M. E la somme de 8 694 euros pour la période de janvier 2018 à novembre 2020. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions en annulation de la décision du 15 avril 2021 et par voie de conséquence les conclusions tendant à ordonner à la CAF de la Moselle le versement de l'aide personnalisée au logement à compter du 1er janvier 2018. S'il s'y croit fondé, il lui appartient de déposer une nouvelle demande pour la période postérieure à celle concernée par le présent litige.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

13. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut également être accordée lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé, notamment en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. L'aide juridictionnelle est attribuée de plein droit à titre provisoire dans le cadre des procédures présentant un caractère d'urgence dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. L'aide juridictionnelle provisoire devient définitive si le contrôle des ressources du demandeur réalisé a posteriori par le bureau d'aide juridictionnelle établit l'insuffisance des ressources. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique. ".

14. Il résulte de ce qui précède que l'action de M. E est dénuée de fondement. Par suite, l'aide juridictionnelle provisoire est refusée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1 : La demande d'aide juridictionnelle provisoire est rejetée.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et à la caisse d'allocations familiales de la Moselle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.

La magistrate désignée,

M.L. D

La greffière,

C. ADE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2104260

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