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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2104496

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2104496

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2104496
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL CABINET HENRI ABECASSIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juin 2021 et 1er février 2022, M. B A, représenté par Me Thomann, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 31 mai 2020 par lequel l'institut " Les Tournesols " lui réclame la somme de 8 661,64 euros, correspondant à un trop-perçu de rémunération ;

2°) d'enjoindre à l'institut " Les Tournesols " de lui restituer la somme de 1 768,04 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 septembre 2020, ainsi que la somme de 2 012,61 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 décembre 2020 ;

3°) à titre subsidiaire, de lui accorder un report de paiement ou des délais de paiement ;

4°) de condamner l'institut " Les Tournesols " à lui verser une somme de 3 000 euros en réparation de son préjudice ;

5°) de condamner l'institut " Les Tournesols " aux entiers frais et dépens ;

6°) de mettre à la charge de l'institut " Les Tournesols " une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- contrairement à ce que lui a indiqué l'institut " Les Tournesols ", il n'a pas fait l'objet d'une requalification de son congé de longue maladie en congé de longue durée pour la période comprise entre le 16 juin 2017 et le 15 décembre 2017 ;

- la créance que lui réclame son employeur est entièrement liée à une négligence fautive de sa part dès lors qu'il a continué à lui verser un plein traitement au-delà de trois ans de congé de longue durée ;

- il n'a perçu aucun salaire en mai 2020, s'est retrouvé sans ressources et dans l'impossibilité de faire face à ses charges courantes, s'est notamment vu refuser l'octroi d'un prêt bancaire pour ce motif ;

- l'institut " Les Tournesols " n'a pas respecté les règles applicables en matière de saisie des rémunérations, en particulier celles relatives à la fraction saisissable et celle imposant l'émission préalable d'un titre exécutoire.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 décembre 2021 et 11 février 2022, l'institut " Les Tournesols ", représenté par la SELARL Cabinet Henri Abecassis, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge de M. A d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la créance réclamée à M. A est fondée.

Par ordonnance du 28 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 février 2022.

Par une lettre du 5 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à accorder à M. A le bénéfice d'un report de paiement ou de délais de paiement de sa créance, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de faire droit à de telles conclusions.

Par une demande de régularisation valant moyen d'ordre public du 5 janvier 2023 adressée à son conseil, M. A a été invité à régulariser sa requête en produisant la copie de la demande indemnitaire préalable adressée à l'institut " Les Tournesols " et a été informé que cette demande de régularisation tenait lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 du code de justice administrative pour le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la condamnation de l'institut " Les Tournesols " à lui verser une somme de 3 000 euros en l'absence de demande indemnitaire préalable, conformément à l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Par une lettre du 5 janvier 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la condamnation de l'institut " Les Tournesols " à verser à M. A une somme de 3 000 euros en l'absence de demande indemnitaire préalable, conformément à l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire, enregistré le 14 janvier 2023, M. A a présenté ses observations en réponse aux moyens d'ordre public.

Une pièce, présentée pour M. A, a été enregistrée le 13 janvier 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiquée.

La procédure a été communiquée à la direction départementale des finances publiques du Haut-Rhin.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duez-Gündel,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A exerçait les fonctions d'éducateur technique spécialisé titulaire au sein de l'institut " Les Tournesols ", établissement public médico-social situé à Sainte-Marie-Aux-Mines dans le Haut-Rhin. Il a été placé en congé de longue maladie du 16 juin 2016 au 15 juin 2017, puis en congé de longue durée du 16 juin 2017 au 15 septembre 2020. Par un titre exécutoire émis le 31 mai 2020, l'institut a sollicité de M. A le remboursement d'une somme de 8 661,64 euros, correspondant au plein traitement perçu à tort pour la période comprise entre le 16 juin 2019 et le 30 avril 2020. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler ce titre exécutoire, de lui restituer les sommes déjà prélevées par son employeur et de condamner ce dernier à réparer le préjudice subi.

Sur les conclusions tendant à accorder au requérant un report ou un délai de paiement :

2. Il n'appartient pas au juge administratif d'accorder des reports ou des délais de paiement à un requérant sur lequel l'administration détient une créance. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. A ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice subi par M. A :

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / (). ".

4. M. A soutient que l'absence de versement de son traitement pour le mois de mai 2020 ainsi que le non-respect par l'institut " Les Tournesols " des règles applicables en matière de saisie des rémunérations ont engendré un préjudice qui peut être évalué à hauteur de 3 000 euros. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant aurait, avant d'introduire sa requête, formé une demande tendant à l'octroi d'une indemnité en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi. Contrairement à ce que soutient M. A, la lettre du 21 juillet 2020, eu égard aux termes dans lesquels elle est rédigée, ne peut être regardée comme une demande indemnitaire préalable adressée à l'administration au sens des dispositions précitées. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que l'intéressé aurait formé, postérieurement à l'introduction de son recours juridictionnel, une demande auprès de l'institut " Les Tournesols " sur laquelle le silence gardé par celui-ci aurait fait naître une décision implicite de rejet. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par M. A doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation du titre exécutoire du 31 mai 2020 :

5. Aux termes de l'article 41 de la loi susvisée du 9 janvier 1986 : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaires un traitement et des soins prolongés et présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. / Le fonctionnaire qui a obtenu un congé de longue maladie ne peut bénéficier d'un autre congé de cette nature s'il n'a pas auparavant repris l'exercice de ses fonctions pendant un an. / Les dispositions des deuxième, troisième et quatrième alinéas du 2° du présent article sont applicables aux congés de longue maladie ; / 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement. Le fonctionnaire conserve ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. / Sauf dans le cas où le fonctionnaire ne peut être placé en congé de longue maladie, le congé ne peut être attribué qu'à l'issue de la période rémunérée à plein traitement d'un congé de longue maladie. Cette période est réputée être une période du congé de longue durée accordé pour la même affection. Tout congé attribué par la suite pour cette affection est un congé de longue durée. (). ".

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A a d'abord bénéficié d'un congé de longue maladie pendant un an du 16 juin 2016 au 15 juin 2017 en vertu d'une décision n° 326/2017 du 14 septembre 2017, puis d'un congé de longue durée du 16 juin 2017 au 15 décembre 2017 en vertu d'une décision n° 327/2017 du 14 septembre 2017. Son congé de longue durée a ensuite été renouvelé par plusieurs décisions successives jusqu'au 15 septembre 2020. Dès lors, en application des dispositions précitées, M. A doit être regardé comme ayant bénéficié d'un congé de longue durée dès le 16 juin 2016 et jusqu'au 15 septembre 2020, soit pendant quatre ans et trois mois. Or il résulte de l'instruction que M. A a bénéficié d'un plein traitement du 16 juin 2016 au 30 avril 2020 alors qu'en application des dispositions précitées, il aurait dû percevoir un demi-traitement à compter du 16 juin 2019. Il s'ensuit que l'institut " Les Tournesols " est fondé à réclamer au requérant, par le titre exécutoire en litige, le trop-perçu de rémunération résultant du versement d'un plein traitement entre le 16 juin 2019 et le 30 avril 2020. Au demeurant, ni l'existence d'un trop-perçu ni le montant de la somme réclamée n'est contesté par M. A.

7. En premier lieu, et contrairement à ce que fait valoir l'institut " Les Tournesols " dans ses écritures, ni l'avis du 4 mars 2020 du comité médical départemental, ni la décision du 28 avril 2020 n'a eu pour objet de requalifier la période du 16 juin 2017 au 15 décembre 2017 en congé de longue durée dès lors que cette période était déjà qualifiée comme telle en vertu de la décision 327/2017 du 14 mars 2017. En tout état de cause, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé de la créance faisant l'objet du titre exécutoire en litige qui résulte, ainsi qu'il a été expliqué au point précédent, d'une erreur dans la liquidation du traitement de M. A.

8. En second lieu, s'il résulte de l'instruction que l'institut " Les Tournesols " a versé à tort à M. A le bénéfice d'un plein traitement entre le 16 juin 2019 et le 30 avril 2020, cette circonstance, pour regrettable qu'elle soit, est cependant sans incidence sur l'existence de la créance dont le paiement est recherché et, par suite, sur le bien-fondé du titre exécutoire attaqué.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les dépens de l'instance :

10. La présente instance n'ayant pas engendré de dépens, les conclusions présentées par le requérant sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. D'une part, les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'institut " Les Tournesols ", qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

13. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A une somme au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'institut " Les Tournesols " en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'institut " Les Tournesols ". Copie en sera adressée à la direction départementale des finances publiques du Haut-Rhin.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Duez-Gündel, conseiller

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

Le rapporteur,

C. DUEZ-GÜNDEL

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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