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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2104703

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2104703

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2104703
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBEAUJOIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 1er juillet 2021,

23 juillet 2022 et 14 mars 2023, Mme C A veuve B, représentée par Me Beaujoin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions des 7 mai 2021, 1er juin 2022 et 16 février 2023 par lesquelles la commune de Bourg-Bruche a refusé de faire droit à sa demande indemnitaire ;

2°) de condamner la commune de Bourg-Bruche à lui verser une somme de 55 169 euros en raison de l'occupation irrégulière de sa propriété forestière, pour la période allant du

1er janvier 2018 au 31 janvier 2023, assortie d'une majoration de 20 % à compter de la sixième année d'occupation illégale et des intérêts légaux ;

3°) de condamner la commune de Bourg-Bruche à lui verser une somme de

152 040 euros en raison de l'occupation irrégulière de sa propriété forestière, pour la période allant du 1er janvier 2000 au 28 février 2015, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de la présente requête ;

4°) de condamner la commune de Bourg-Bruche à lui verser le solde resté impayé à ce jour, sur les montants mis à la charge de la commune par le jugement n°1803876 du présent tribunal en date du 31 janvier 2020, à savoir la somme de 1 202,26 euros, assortie des intérêts au taux légal ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Bourg-Bruche le versement d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- depuis la condamnation de la commune, par un jugement du présent tribunal du

31 janvier 2020, à l'indemniser pour la période allant du 1er mars 2015 au 31 décembre 2017, l'occupation irrégulière de sa propriété se poursuit ;

- elle est fondée à obtenir une indemnisation du fait de cette occupation irrégulière, pour la période allant du 1er janvier 2018 au 31 janvier 2023 ;

- elle est également fondée à obtenir une indemnisation du fait de cette occupation irrégulière pour la période allant du 1er janvier 2000 au 28 février 2015 ;

- la commune n'a pas entièrement exécuté le jugement du 31 janvier 2020 dès lors qu'elle reste encore à lui devoir la somme de 1 202,26 euros en principal sur le montant qu'elle a été condamnée à lui verser.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 août 2022 et 10 mai 2023, la commune de Bourg-Bruche, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A veuve B la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- les conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice subi postérieurement à l'introduction de la requête sont irrecevables ;

- les conclusions tendant au paiement de la somme de 1 202,26 euros, qui correspondrait à un reliquat du montant qu'elle a été condamnée à verser à la requérante par le jugement du

31 janvier 2020, sont irrecevables, dès lors qu'elles constituent une demande d'exécution de ce jugement et relèvent d'une procédure distincte ;

- les conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice subi pour la période allant du

1er janvier 2000 au 28 février 2015 sont irrecevables, du fait d'une part de l'autorité de chose jugée et d'autre part de l'intervention de la prescription quadriennale, et en tout état de cause elles sont infondées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Léa Perabo Bonnet,

- les conclusions de M. Alexandre Therre, rapporteur public,

- les observations de Me Erkel, avocat de la commune de Bourg-Bruche.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B possède une propriété forestière cadastrée section 19 parcelle n° 2, se trouvant au lieu-dit de l'Ardoise sur le territoire de la commune de Bourg-Bruche. A l'occasion de travaux déclarés d'utilité publique aux fins de protéger plusieurs sources de captage d'eau potable, la commune a fait réaliser des installations connexes au captage et aux conduites d'eau, dont une partie empiète sur la propriété de la requérante. Par un jugement n°1803876 du 31 janvier 2020, devenu définitif, le présent tribunal a constaté le caractère irrégulier de l'implantation de l'ouvrage public et a condamné la commune à indemniser la requérante pour la période allant du

1er mars 2015 au 31 décembre 2017. L'emprise irrégulière s'étant poursuivie, la requérante demande au tribunal de condamner la commune à lui verser d'une part une somme de 55 169 euros en réparation du préjudice subi du fait de la poursuite de l'occupation irrégulière pour la période allant du 1er janvier 2018 au 31 janvier 2023, d'autre part une somme de 152 040 euros en raison de l'occupation irrégulière de sa propriété forestière pour la période allant du 1er janvier 2000 au 28 février 2015 et enfin une somme de 1 202,26 euros correspondant au solde resté impayé sur les montants mis à la charge de la commune par le jugement n°1803876 précité.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Bourg-Bruche :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa version applicable au litige : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. ". Par ailleurs, il résulte des dispositions des

articles 4 et 6 de la loi du 31 décembre 1971 portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques que, sous réserve des dispositions législatives et réglementaires excluant l'application d'un tel principe dans les cas particuliers qu'elles déterminent, les avocats ont qualité pour représenter leurs clients devant les administrations publiques sans avoir à justifier du mandat qu'ils sont réputés avoir reçu de ces derniers dès lors qu'ils déclarent agir pour leur compte. Si ces dispositions autorisent également les personnes publiques, dans leurs relations avec les autres personnes publiques ou avec les personnes privées, à se faire représenter par des avocats, aucune décision administrative ne saurait toutefois résulter des seules correspondances de ces derniers, en l'absence de transmission, à l'appui de ces correspondances, de la décision prise par la personne publique qu'ils représentent.

3. Il ressort des pièces du dossier, que, par un courrier du 12 mars 2021, le maire de la commune de Bourg-Bruche a accusé réception de la demande indemnitaire de Mme A veuve B reçue le 28 janvier 2021 et lui a indiqué qu'à défaut d'une décision expresse intervenant au plus tard le 28 mars 2021, sa demande serait réputée rejetée. Ce courrier mentionnait les délais et voies de recours. La requérante soutient que le courrier du 7 mai 2021, par lequel l'avocat de la commune indique que cette dernière rejette la demande de l'intéressée, constitue une décision expresse de rejet de sa demande. Toutefois, le seul envoi par le conseil de la commune d'un courrier se bornant à faire état d'un refus du maire n'a pu avoir pour effet ni de faire naître une décision explicite de rejet la demande préalable qu'elle avait présentée ni, par conséquent, en vertu de ce qui a été dit au point 2 du présent jugement, de proroger le délai de deux mois dont elle disposait pour saisir le tribunal, lequel délai a alors expiré le 28 mai 2021. Il s'ensuit que la requête de Mme A veuve B, enregistrée au greffe du présent tribunal le 1er juillet 2021, est tardive et qu'elle ne peut dès lors qu'être rejetée.

Sur les frais du litige :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bourg-Bruche, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A épouse B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A épouse B la somme demandée par la commune de Bourg-Bruche au même titre.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme A épouse B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Bourg-Bruche présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et à la commune de Bourg-Bruche.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Dhers, président,

M. Biget, premier conseiller,

Mme Perabo Bonnet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 novembre 2023.

La rapporteure,

L. Perabo Bonnet

Le président,

S. Dhers

La greffière,

N. Adjacent

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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