jeudi 7 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2104762 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | THIERY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 juillet, 2 décembre 2021 et 12 juillet 2022, la société Grenke location, représentée par Me Thiery, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de condamner la commune de Larmor-Plage à lui verser la somme de 3 811,17 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 17 septembre 2020 et de leur capitalisation ;
2°) à titre subsidiaire, de prononcer la résiliation du contrat aux torts de la commune et de la condamner à lui verser les sommes de 2 475,17 euros toutes taxes comprises (TTC) et 1 680 euros, assorties des intérêts au taux légal et de leur capitalisation, et la somme de 40 euros ;
3°) en tout état de cause, de condamner la commune de Larmor-Plage à lui restituer, à ses frais et risques, le matériel objet du contrat de location n° 257-8348 ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Larmor-Plage la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conditions générales de location sont opposables à la commune de Larmor-Plage ;
- la résiliation du contrat est fondée ;
- elle a procédé le 17 septembre 2020 à la résiliation anticipée du contrat de location longue durée conclu avec la commune de Larmor-Plage le 3 mars 2019 en raison du non-paiement des loyers, et a mis en demeure cette dernière de lui régler les sommes dues en exécution du contrat ;
- elle a droit au montant des loyers échus impayés, de 729,46 euros, à une indemnité de résiliation égale à l'ensemble des loyers à échoir jusqu'au terme du contrat, soit 3 600 euros, ainsi qu'aux intérêts au taux légal augmenté de 5% et à l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros ;
- à titre subsidiaire, si la résiliation est déclarée non valable, la commune de Larmor-Plage a commis une faute dans l'exécution du contrat en s'abstenant de payer les loyers et en refusant de régulariser une proposition de plan de paiement, justifiant la résiliation à ses torts du contrat ;
- elle a dans ce cas droit au montant TTC des loyers échus impayés à la date du jugement intervenir, au montant des loyers à échoir jusqu'au terme du contrat et à l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros ;
- le matériel a été restitué à un tiers sans droit ni titre.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 novembre 2021 et 6 juillet 2022, la commune de Larmor-Plage, représentée par Me Quentel, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que soit prononcée la résiliation du contrat aux torts de la société Grenke location ;
3°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Grenke location en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la signature de la société Grenke, cessionnaire du contrat initialement conclu avec la société Hexapage Finance, est différente sur la première version et sur la seconde version du contrat produit par la société requérante, et la date de la cession ne figure que sur la première version ;
- elle n'a pas eu connaissance des conditions générales de location, de sorte que la société Grenke ne pouvait lui en opposer les stipulations relatives à la résiliation unilatérale et que cette dernière est illicite ;
- des conditions générales de location différentes accompagnent les deux versions du contrat produites par la société Grenke ;
- les conditions générales ne prévoient pas de droit de résiliation unilatérale, de sorte que cette dernière est illicite ;
- elle s'est acquittée de l'ensemble des loyers dus au titre du contrat litigieux ;
- la suspension du paiement de certains loyers est due à une erreur de facturation de la part de la société Grenke ;
- la résiliation doit être prononcée aux torts exclusifs de la société Grenke ;
- le matériel a été restitué.
Par ordonnance du 13 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 juillet 2022.
Un mémoire présenté pour la commune de Larmor-Plage a été enregistré le 15 juillet 2022, et il n'a pas été communiqué.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le principe de l'interdiction faite aux personnes publiques de consentir des libéralités fait obstacle à l'application, en l'espèce, de l'article 1/5 des conditions générales de location en tant qu'il prévoit une indemnité égale au montant total des loyers hors taxes restant à échoir à la date de la résiliation, dès lors que, le matériel ayant été restitué, le préjudice subi par la société Grenke est inférieur au montant total de ces loyers.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dobry,
- les conclusions de M. Boutot, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Larmor-Plage a conclu le 31 janvier 2019 un contrat de location longue durée avec la société Hexapage finance, portant sur la location d'un copieur qui a été livré le 28 février 2019, pour un loyer trimestriel de 240 euros hors taxes (HT) et une durée de 63 mois. La société Grenke a acheté le copieur à la société Hexapage finance le 7 mars 2019 et s'est en conséquence vu céder le contrat de location s'y rapportant. Par courrier reçu le 15 septembre 2020, la société Grenke a mis en demeure la commune de Larmor-Plage de régler les loyers impayés, puis, par courrier reçu le 9 octobre 2020, elle a procédé à la résiliation anticipée du contrat et a mis la commune de Larmor-Plage en demeure de lui payer la somme de 3 811,17 euros correspondant selon elle aux loyers échus impayés, aux intérêts, à l'indemnité de résiliation et aux frais de recouvrement.
Sur les stipulations applicables aux contrats litigieux :
2. La société Grenke produit à l'appui de sa requête, d'une part, et à l'appui de son mémoire en réplique, d'autre part, deux exemplaires du contrat litigieux, comportant des signatures différentes pour la société Grenke, le second ne précisant en outre pas la date de la cession du contrat à la société Grenke, et auxquels sont jointes différentes versions des conditions générales de location. Les deux versions du contrat produites ne sont que des copies du même contrat, signé par la commune de Larmor-Plage et par la société Hexapage finance, dont la société Grenke produit son propre exemplaire complété à chaque fois, à nouveau, de sa signature. La facture d'achat par la société Grenke du matériel objet du contrat de location, datée du 7 mars 2019, permet de corroborer le fait que la cession de contrat entre les société Hexapage finance et Grenke est intervenue le 8 mars 2019, comme cela apparaît sur l'une des deux versions du contrat. Enfin, la présence du paraphe et de la signature du maire de la commune de Larmor-Plage sur la version des conditions générales de location produite avec le mémoire en réplique de la société Grenke permet de s'assurer que c'est cette version qui est applicable au contrat litigieux.
Sur la résiliation du contrat :
3. Tout d'abord, il résulte de l'instruction que le contrat, qui se réfère aux conditions générales de location, et les conditions générales de location elles-mêmes, ont été signés par le maire de la commune de Larmor-Plage, qui de surcroît a paraphé chacune des page des conditions générales de location. Dès lors, la commune de Larmor-Plage n'est pas fondée à soutenir que les conditions générales de location ne lui sont pas opposables.
4. Ensuite, aux termes de l'article 1/5 de ces conditions générales de location: " (II) Le bailleur peut demander la résiliation du contrat en cas (i) de non-respect de l'un des engagements pris au présent contrat ou perte ou diminution des garanties fournies () ". Ces stipulations ont pour objet de donner au bailleur un droit de résiliation unilatérale du contrat, notamment en cas de non-paiement des loyers par le locataire. Dès lors, la commune de Larmor-Plage n'est pas fondée à soutenir que la société Grenke ne disposait pas d'un droit à la résiliation unilatérale du contrat litigieux.
5. Enfin, la commune de Larmor-Plage, qui ne conteste pas avoir omis de régler, à la date du courrier de résiliation, les loyers trimestriels exigibles les 1er avril et 1er juillet 2020, soutient que ce retard de paiement serait dû à une erreur de facturation de la part de la société Grenke. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment de l'extrait de comptabilité produit par la commune défenderesse, que si une facture sans lien avec le contrat litigieux a été émise par la société Grenke le 21 mars 2020, une autre facture portant sur un loyer correspondant à celui prévu au contrat litigieux et dont le numéro correspond à celui indiqué sur le courrier de résiliation, a été émise à la même date et portait sur une somme exigible le 1er avril 2020. En ne procédant pas au règlement de cette facture ni de la suivante à leurs dates d'exigibilité, puis à la suite de la mise en demeure qui lui a été adressée, la commune de Larmor-Plage n'a pas respecté ses obligations contractuelles, de sorte que la société Grenke était fondée à procéder à la résiliation unilatérale du contrat en application des stipulations précitées. Les conclusions de la commune tendant à ce que le tribunal prononce la résiliation du contrat sont donc sans objet.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
6. En premier lieu, d'une part, il n'est pas contesté que les loyers échus le 1er avril et le 1er juillet 2020 ont été réglés au début de l'année 2021 postérieurement à la résiliation du contrat, de sorte que la société Grenke n'est pas fondée à en demander le paiement.
7. D'autre part, aux termes des stipulations de l'article 1/3 des conditions générales de location applicables au contrat : " () En cas de retard de paiement des loyers dus ou de toute autre dette, ces montants seront assortis d'un intérêt de retard égal au taux d'intérêt légal majoré de 5 points sans que celui-ci soit inférieur au minimum prévu légalement, il sera de même appliqué une indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de 40 euros () ".
8. La société Grenke est dès lors fondée à demander le versement de la somme de 11,54 euros correspondant aux intérêts au taux légal augmenté de 5 points échus entre la date d'exigibilité des deux loyers et la date de la résiliation du contrat, et le versement de la somme de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement.
9. En deuxième lieu, la société Grenke demande le paiement d'une indemnité d'assurance d'un montant de 153,46 euros, dont elle ne justifie pas de l'exigibilité. Par suite, sa demande ne peut être accueillie, pas plus que celle tendant au versement des intérêts de retard afférents.
10. En troisième lieu, l'article 1/5 des conditions générales de location applicables au contrat litigieux stipule qu'en cas de résiliation anticipée : " Dès résiliation du contrat, le locataire doit immédiatement () verser au bailleur, outre les sommes impayées au jour de la résiliation : / une indemnité en réparation du préjudice subi égale au montant total des loyers HT restant à échoir à la date de la résiliation () ".
11. Les parties à un contrat conclu par une personne publique peuvent déterminer l'étendue et les modalités des droits à indemnité du cocontractant en cas de résiliation du contrat, sous réserve qu'il n'en résulte pas, au détriment de la personne publique, l'allocation au cocontractant d'une indemnisation excédant le montant du préjudice qu'il a subi résultant du gain dont il a été privé ainsi que des dépenses qu'il a normalement exposées et qui n'ont pas été couvertes en raison de la résiliation du contrat.
12. Il résulte de l'instruction que la commune de Larmor-Plage a remis le 17 novembre 2021 le matériel objet du contrat litigieux à la société Lori, qui avait initialement livré le matériel. La société Grenke n'établit pas avoir donné à la commune de Larmor-Plage des consignes spécifiques quant au lieu de livraison ni à l'identité du transporteur, et la remise du matériel à la société Lori suffit donc à établir la réalité de la restitution. Il résulte du principe rappelé ci-dessus, qui procède de l'interdiction faite aux personnes publiques de consentir des libéralités, et de ce qu'il n'est ni démontré, ni même allégué, que la société Grenke n'était pas à même de réemployer le matériel objet du contrat, que l'application des stipulations précitées aurait pour effet de lui procurer une indemnisation d'un montant supérieur au préjudice effectivement subi. Par suite, l'application de ces stipulations doit être écartée et les conclusions de la société Grenke tendant à l'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi du fait de la résiliation du contrat, exclusivement fondées sur ces stipulations, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
13. La société Grenke location est fondée à demander à ce que les sommes visées au point 8 soient assorties des intérêts au taux légal à compter du 9 octobre 2020, date de réception du courrier de résiliation du contrat.
14. L'article 1343-2 du code civil dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 9 octobre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les conclusions à fin de restitution :
15. En application des articles 1/5 et 1/7 des conditions générales de location du contrat en litige, en cas de résiliation anticipée, le locataire est tenu de restituer à ses frais et à ses risques le matériel loué dès la date de prise d'effet de la résiliation, au lieu désigné par le bailleur. Ainsi qu'il a été dit au point 12, le matériel objet du contrat litigieux ayant été restitué par la commune de Larmor-Plage le 17 novembre 2021, la demande de la société requérante est sans objet et ne peut qu'être rejetée.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Grenke présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en outre obstacle à ce que soient mises à la charge de la société Grenke les sommes que la commune de Larmor-Plage demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Larmor-Plage est condamnée à verser à la société Grenke location une somme de 51,54 euros (cinquante-et-un euros et cinquante-quatre centimes), augmentée des intérêts au taux légal à compter du 9 octobre 2020. Les intérêts échus à la date du 9 octobre 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Grenke location et à la commune de Larmor-Plage.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rees, président,
Mme Merri, première conseillère,
Mme Dobry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.
La rapporteure,
S. DOBRY
Le président,
P. REES Le greffier,
N. EL ABBOUDI
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026