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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2104833

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2104833

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2104833
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCP MENDI - CAHN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 7 juillet 2021 et le 31 janvier 2023, M. B A, représenté par la SCP Mendi-Cahn, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Flaxlanden à lui verser une indemnité d'un montant de 46 000 euros en réparation de son préjudice matériel et une indemnité de 20 000 euros en réparation de son préjudice moral et d'anxiété, préjudices résultant de la délivrance d'un permis de construire irrégulier ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Flaxlanden une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de la commune de Flaxlanden est engagée dès lors que le permis de construire qui lui a été délivré par un arrêté du 22 août 2019 méconnaît plusieurs règles d'urbanisme et est, de ce fait, illégal ;

- le procès-verbal d'infraction dressé par la " brigade verte " aurait dû être établi de façon contradictoire, et l'arrêté interruptif de travaux est entaché d'illégalité ;

- il a subi, en raison de ces illégalités fautives, un préjudice matériel qu'il évalue à la somme de 46 000 euros, et un préjudice moral et d'anxiété qu'il évalue à la somme de 20 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2022, la commune de Flaxlanden, représentée par la SCP Racine Strasbourg, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le permis de construire délivré à M. A n'est entaché d'aucune illégalité, et que les conclusions indemnitaires de la requête ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lusset, rapporteur,

- les conclusions de Mme Eymaron, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a déposé une demande de permis de construire le 18 juin 2019 aux fins d'édifier une maison individuelle 7 rue du réservoir à Flaxlanden. Par un arrêté en date du 22 août 2019 (n° PC 06809319D0009), le maire de Flaxlanden a accordé ce permis de construire et de démolir sous réserve du respect d'un certain nombre de prescriptions par le pétitionnaire. A la suite d'un procès-verbal d'infractions établi le 1er février 2021 par des officiers de police judiciaire, le maire de Flaxlanden a, par un arrêté du 4 mars 2021, mis en demeure Monsieur A d'interrompre les travaux réalisés en infraction avec le permis de construire délivré. Par un courrier du 16 mars 2021, M. A, estimant que la commune lui a délivré un permis de construire entaché d'illégalité, a sollicité une indemnisation de ses divers préjudices pour une somme totale de 46 000 euros. Dans le dernier état de ses écritures, M. A demande au tribunal de condamner la commune à lui payer les sommes de 46 000 euros en réparation de son préjudice matériel et de 20 000 euros en réparation de son préjudice moral et d'anxiété.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. D'une part, la délivrance d'un permis de construire irrégulier constitue une faute de nature à engager la responsabilité de la commune envers le bénéficiaire de ce permis.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. ". Et selon l'article L. 480-2 de ce code : " Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux ".

4. En premier lieu, M. A fait grief à la commune de lui avoir délivré un permis de construire autorisant des constructions illégales au regard du plan local d'urbanisme applicable. Toutefois, et alors qu'il ne se prévaut d'aucune norme qui aurait été méconnue par son permis de construire, il ne résulte pas de l'instruction que ce permis ne serait pas conforme au droit de l'urbanisme. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité pour faute de la commune peut être engagée en raison de l'illégalité de la décision qui lui a délivré ce permis construire.

5. En second lieu, M. A soutient que l'arrêté interruptif de travaux adopté par le maire de Flaxlanden le 4 mars 2021 est également entaché d'illégalité, dès lors que les constructions réalisées étaient conformes au permis de construire délivré. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment du procès-verbal d'infraction établi le 1er février 2021 par des officiers de police judiciaire en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, et dont aucune disposition ne prévoit qu'il aurait dû être dressé contradictoirement, que M. A a exécuté les travaux en méconnaissance de plusieurs prescriptions imposées par le permis de construire qui lui avait été délivré le 22 août 2019. Ce procès-verbal d'infractions a ainsi relevé, notamment, alors que le permis de construire prévoyait deux portes sectionnelles en sous-sol sur la façade ouest de la maison, que le pétitionnaire a remplacé l'une de ces portes par une grande baie vitrée de plus de quatre mètres de large dans le but de créer un futur bureau ou studio non prévus par le permis de construire. De même, alors que le permis de construire prévoyait une implantation de la maison à 4 mètres de la limite de propriété, les officiers de police judiciaire ont constaté la présence d'un toit terrasse de plus de 40 m2 érigé sur limite de propriété, alors que le plan de masse et la notice architecturale ne faisaient nullement mention de cette construction qui a pour effet d'agrandir significativement l'emprise du bâtiment. En se bornant à alléguer que la construction est conforme au permis de construire délivré et à procéder par dénégation, M. A ne contredit pas utilement les termes de ce procès-verbal d'infraction, lequel fait foi jusqu'à preuve du contraire. Il s'ensuit qu'il n'établit nullement que l'arrêté interruptif serait illégal et n'est dès lors pas fondé à soutenir que la responsabilité pour faute de la commune peut être engagée en raison de l'illégalité de cet arrêté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que, les deux fautes invoquées par M. A n'étant pas établies et les conditions relatives à la justification du préjudice dont l'indemnisation est demandée ne l'étant pas davantage, les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Flaxlanden qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des frais liés au litige.

8. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. A le paiement au profit de la commune de Flaxlanden de la somme de 1 500 euros au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera une somme de 1 500 euros à la commune de Flaxlanden au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Flaxlanden.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

M. Lusset, premier conseiller,

Mme Sophie Malgras, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

A. LUSSET

Le président,

M. RICHARD

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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