jeudi 21 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2105248 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | AARPI BUISSON-FIZELLIER PECH DE LACLAUZE ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 juillet 2021, 5 janvier, 7 mars, 11 mai, 25 mai et 9 juin 2022, et, pour le mémoire récapitulatif, le 6 octobre 2023, les sociétés MMA IARD et MMA IARD Assurances mutuelles, représentées par Mes Brajeux et Feng, demandent au tribunal, dans l'état récapitulé de leurs écritures :
1°) à titre principal, de condamner la société Séché Eco industries à leur verser la somme de 5 277 924 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter de la date d'introduction de la requête et de leur capitalisation ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner la société Séché Eco industries à leur verser la somme de 4 820 009 euros, augmentée des intérêts au taux légal à compter de la date d'introduction de la requête et de leur capitalisation ;
3°) en tout état de cause, de rejeter les conclusions de la société Séché Eco industries et de mettre à la charge de cette dernière les dépens de l'instance et la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- elles sont subrogées dans les droits du syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères (SMICTOM) d'Alsace centrale en application de l'article L. 121-12 du code des assurances ;
- la société Séché Eco industries a commis une faute dans l'exécution du contrat conclu avec le SMICTOM pour l'exploitation de l'usine de compostage de Scherwiller et elle est ainsi responsable de l'incendie qui s'y est déclaré le 29 juillet 2018 ;
- le SMICTOM a subi en conséquence un préjudice matériel de 1 888 825 euros toutes taxes comprises (TTC), ou 1 430 910 euros TTC vétusté déduite ;
- il a subi un préjudice immatériel de 3 219 991 euros TTC ;
- il a subi un préjudice lié aux garanties annexes de 160 708 euros TTC ;
- il a subi un préjudice de pertes indirectes de 8 400 euros TTC ;
- le SMICTOM n'a pas commis de faute dans la gestion du risque incendie ;
- la demande reconventionnelle de la société Séché Eco industries est irrecevable faute de demande préalable ;
- elle est mal fondée dès lors que le compost est la propriété de la société Séché Eco industries qui devait donc assumer le coût de son évacuation, et que cette société est responsable du sinistre ayant rendu nécessaire l'évacuation du compost.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 novembre 2021, 4 février, 18 mars, 27 mai et 15 juin 2022 et, pour le mémoire récapitulatif, le 25 octobre 2023, la société Séché Eco industries, représentée par Me Buisson-Fizellier, conclut, dans l'état récapitulé de ses écritures :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à la limitation de sa condamnation à la somme de 2 686 921 euros hors taxes (HT) ou 2 725 902,468 euros TTC ;
3°) à titre reconventionnel, à la condamnation in solidum des sociétés MMA IARD et MMA IARD assurances mutuelles et du SMICTOM d'Alsace centrale à lui verser la somme de 117 176,25 euros ;
4°) en tout état de cause, à ce que soient mis à la charge in solidum des société MMA IARD et MMA IARD assurances mutuelles et du SMICTOM d'Alsace centrale les dépens de l'instance et la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle n'a pas commis de faute, la cause de l'incendie demeurant indéterminée ;
- le SMICTOM a commis une faute consistant dans la méconnaissance des obligations édictées par l'arrêté préfectoral du 31 décembre 2015 et le cahier des clauses techniques particulières (CCTP) en matière de détection et de sécurité incendie ;
- les sociétés MMA ne sont pas recevables à demander l'indemnisation du coefficient de vétusté et des frais de maîtrise d'œuvre compris dans le préjudice matériel, du préjudice immatériel postérieur au 31 août 2019, des garanties annexes et des pertes indirectes, faute de subrogation valable dans les droits de leur assuré ;
- un coefficient de vétusté doit être appliqué au montant réclamé au titre du préjudice matériel et ce dernier doit être limité à la somme de 1 084 023 euros HT ;
- le montant du préjudice matériel ne doit pas être augmenté de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ;
- le préjudice immatériel n'est pas établi et il ne peut donner lieu à indemnisation au-delà de la période contractuelle d'assurance pour laquelle les MMA sont subrogées ;
- les coûts d'évacuation du compost à la suite de l'incendie doivent être pris en charge par le SMICTOM, pour un montant de 117 176,25 euros HT.
Par un mémoire, enregistré le 11 mai 2022, le SMICTOM d'Alsace centrale, représenté par Me Zimmer, conclut au rejet des demandes reconventionnelles présentées par la société Séché Eco industries à son encontre et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de cette dernière en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la demande reconventionnelle de la société Séché Eco industries est irrecevable faute de demande préalable ;
- elle est mal fondée dès lors que le compost est la propriété de la société Séché Eco industries qui devait donc assumer le coût de son évacuation, et que cette société est responsable du sinistre ayant rendu nécessaire l'évacuation du compost.
La clôture d'instruction a été fixée au 6 novembre 2023 par une ordonnance du même jour, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
Un mémoire présenté pour les sociétés MMA IARD et MMA IARD assurances mutuelles a été enregistré le 6 novembre 2023. En application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, ce mémoire n'a pas été communiqué.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions indemnitaires de la société Séché Eco industries dirigées contre le SMICTOM sont irrecevables comme portant sur un litige distinct.
Des réponses au moyen d'ordre public ont été enregistrées, pour les sociétés MMA IARD et MMA IARD assurances mutuelles le 30 janvier 2024 et pour la société Séché Eco industries le 1er février 2024, et elles ont été communiquées.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n° 1806449 du 12 novembre 2020, par laquelle la juge des référés a taxé les frais de l'expertise réalisée par M. A.
Vu :
- l'arrêté préfectoral du 31 décembre 2015 portant prescriptions complémentaires pour l'exploitation de pompes à chaleur et la surveillance de la qualité des eaux souterraines au droit du site du SMICTOM d'Alsace centrale ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dobry,
- les conclusions de M. Boutot, rapporteur public,
- les observations de Me Feng, représentant les sociétés MMA,
- les observations de Me Castilan, représentant la société Séché Eco industries,
- les observations de Me Schultz, substituant Me Zimmer et représentant le SMICTOM d'Alsace centrale.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte d'engagement du 13 juillet 2017, le SMICTOM d'Alsace centrale a conclu avec la société Séché Eco industries un marché de service d'une durée initiale de deux ans, portant sur l'exploitation de l'usine de compostage des ordures ménagères résiduelles et assimilés de Scherwiller, dans le Bas-Rhin. Un incendie s'est déclaré sur le site de l'usine de compostage dans la nuit du 28 au 29 juillet 2018, entraînant la mise à l'arrêt du site. A la demande du SMICTOM, une expertise judiciaire a été ordonnée le 10 décembre 2018 et l'expert désigné a remis son rapport définitif le 11 mai 2020 puis un rapport complémentaire le 2 novembre 2020. Les société MMA IARD et MMA IARD assurances mutuelles, assureurs du SMICTOM, ont indemnisé ce dernier des conséquences de l'incendie par quatre paiements réalisés entre 2018 et 2020, pour un montant total de 5 400 000 euros, et elles se prévalent, par la présente requête, de leur qualité de subrogées pour demander que la société Séché Eco industries soit condamnée à leur verser l'indemnité correspondant aux préjudices causés au SMICTOM par l'incendie survenu dans l'usine de compostage.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation présentées par les sociétés MMA IARD et MMA IARD assurances mutuelles :
En ce qui concerne la faute de la société Séché Eco industries :
2. Les requérantes soutiennent que l'incendie survenu sur le site de l'usine de compostage a été causé par un manquement de la société Séché Eco industries à ses obligations contractuelles.
3. Aux termes des stipulations de l'article 10.1 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) applicable au marché conclu entre le SMICTOM et la société Séché Eco industries : " l'exploitant est responsable du bon fonctionnement du service, de la mise en œuvre et du contrôle de la sécurité de ses installations, de son personnel et des entreprises qu'il missionne ainsi que des dommages corporels, matériels et immatériels qui pourraient en résulter tant au niveau du SMICTOM d'Alsace centrale que des tiers. / Tous les ouvrages, installations et équipements du service sont exploités par l'exploitant conformément aux dispositions réglementaires en vigueur et aux règles de l'art dans le souci de garantir la continuité du service, la conservation du patrimoine du SMICTOM d'Alsace centrale, les droits des tiers et la préservation de l'environnement. / () La responsabilité de l'exploitant s'étend notamment : () / aux dommages causés par l'incendie, les dégâts des eaux, l'explosion, la foudre, les attentats, les accidents causés par des tiers, les actes de vandalisme et les catastrophes naturelles au sens de la législation en vigueur ".
4. Il résulte de l'instruction qu'un incendie s'est déclaré à environ 1 heure 40 le 29 juillet 2018 dans et autour du hall de l'unité de compostage du site. Son point de départ a été localisé au niveau de la bande transporteuse destinée au transfert du compost fermenté des tunnels de fermentation vers un crible rotatif marquant le début de la phase d'affinage secondaire, le point d'entrée de la bande transporteuse se situant dans le hall et son point de sortie à l'extérieur. L'expertise judiciaire, ainsi que l'expertise amiable réalisée auparavant à l'initiative des requérantes par le cabinet Saretec, mettent en exergue un processus d'échauffement du compost, expliquant des dégagements de fumée et vapeur d'eau liés à son assèchement dans les jours précédant l'incendie, qui a mené à sa combustion et au déclenchement de l'incendie.
5. La survenance de cet incendie en lien avec l'activité de compostage constitue par elle-même un manquement à l'obligation contractuelle de garantie du bon fonctionnement du service et de la sécurité des installations incombant à la société Séché Eco industries.
6. Au surplus, et nonobstant l'incertitude de l'expert judiciaire quant à l'origine, biologique ou mécanique, de l'échauffement du compost, il résulte de l'instruction que cet échauffement n'a pu avoir lieu que parce que du compost se trouvait dans le transporteur à bande, alors que le mécanisme avait été arrêté pour le week-end et que la chaleur ne pouvait donc pas être évacuée. Or, l'expert judiciaire relève que la présence de compost dans le transporteur à bande à l'arrêt était constitutive d'une anomalie, tandis que l'arrêté préfectoral du 31 décembre 2015 et son annexe relative aux prescriptions associées à l'autorisation d'exploiter l'usine disposent que la fermentation doit se faire en tunnel fermé puis par mise en andains, excluant ainsi toute possibilité de maintenir du compost en cours de transformation dans une installation destinée à son transport, partiellement fermée et non soumise à un contrôle permanent de la température et de la teneur en oxygène, et que le CCTP précise que l'obligation d'entretien à la charge de l'exploitant implique le nettoyage des équipements de tri et notamment des zones d'accumulation de produits. Le fait d'avoir laissé du compost dans le transporteur à bande à l'arrêt, durant un week-end de fortes chaleurs, est également constitutif d'un manquement.
7. Les requérantes sont dès lors fondées à invoquer la responsabilité pour faute de la société Séché Eco industries dans la survenance de l'incendie.
En ce qui concerne la faute du SMICTOM :
8. La société Séché Eco industries soutient que le SMICTOM d'Alsace centrale aurait commis des fautes dans la gestion du risque incendie, en ne respectant pas les prescriptions de l'arrêté préfectoral du 31 décembre 2015 imposant un réseau permettant " la détection précoce d'une atmosphère explosive ou d'un sinistre " ni le CCTP.
9. L'article 4 du CCTP prévoit que la société Séché Eco industries est contractuellement tenue, en tant qu'exploitante du site, d'assurer le traitement des déchets dans le respect de l'arrêté de 2015. L'article 1er du CCTP stipule que l'exploitation du service inclut l'obligation pour l'exploitant d'assurer notamment la surveillance des ouvrages, installations et équipements du service. L'article 3.4 du CCTP impose en outre à l'exploitant la mise en place d'une astreinte permanente par ses agents. Enfin, si le SMICTOM reste, au terme de l'article 6.2.1 du CCTP, responsable de l'entretien des dispositifs de détections anti-intrusion et incendie, ces mêmes stipulations précisent que l'exploitant peut mettre en place des systèmes de détection complémentaires. Il résulte de la combinaison de ces stipulations et de celles du CCAP citées au point 3 que la mise en œuvre des obligations relatives à la prévention du risque d'incendie incombait à l'exploitant, à l'exception de l'entretien des dispositifs de détection existants.
10. Or, il résulte de l'instruction que les dispositifs de détection existants ont fonctionné correctement, les précisions de l'expert judiciaire à cet égard étant suffisantes à considérer que l'alarme incendie s'est déclenchée normalement. La circonstance que des émissions de fumée ou de vapeur d'eau sont apparues à partir du 26 juillet 2018, en extérieur à la sortie du transporteur à bande, ne révèle aucune défaillance des dispositifs de détection des incendies à l'intérieur du hall mais tout au plus une surveillance insuffisante par l'exploitant de l'activité des installations dont il était contractuellement chargé d'assurer la sécurité. Par suite, la société Séché Eco industries n'est pas fondée à soutenir que le SMICTOM a manqué à ses obligations en matière de détection et de sécurité incendie.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des fins de non-recevoir soulevées par la société Séché Eco industries à l'encontre des demandes d'indemnisation de divers préjudices :
11. Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur ".
12. La société Séché Eco industries soutient concernant plusieurs postes d'indemnisation que les requérantes ne sont pas valablement subrogées dans les droits de leur assurée dès lors que l'indemnité versée ne répondait pas aux conditions prévues par le contrat d'assurance. Elle doit ce faisant être regardée comme opposant des fins de non-recevoir à ces demandes d'indemnisation, qui portent sur le coefficient de vétusté et les frais de maîtrise d'œuvre compris dans le préjudice matériel, le préjudice économique postérieur au 31 août 2019, les garanties annexes et les pertes indirectes.
13. Cependant, il n'est pas contesté que ces divers éléments sont compris dans le champ d'application du contrat d'assurance conclu entre le SMICTOM et les requérantes, la société Séché Eco industries ne soulevant que des critiques relatives aux conditions de mise en œuvre des garanties prévues au contrat, qui ne sont pas de nature à remettre en cause la validité de la subrogation dont se prévalent les requérantes et qui sont, par suite, inopérantes. Les fins de non-recevoir soulevées par la défenderesse doivent dès lors être écartées.
S'agissant du bien-fondé des demandes d'indemnisation :
14. Les requérantes fondent leurs demandes sur un procès-verbal d'évaluation des préjudices, établi par des experts représentant le SMICTOM, les requérantes et la société Axa courtage, assureur de la société Séché Eco industries. La société Séché Eco industries n'y était pas directement représentée, de sorte que ce procès-verbal ne peut que constituer un simple élément de preuve et non, comme le soutiennent les sociétés requérantes, un protocole d'accord entre les parties au présent litige fixant le montant de l'indemnisation due au SMICTOM.
15. En premier lieu, au titre du préjudice matériel du SMICTOM, les requérantes demandent à être indemnisées, d'une part, des dommages aux biens et, d'autre part, des dommages matériels compris dans les garanties annexes du contrat d'assurance, relatives notamment aux frais de démolition et de déblais.
16. Tout d'abord, il résulte de l'instruction que l'incendie a causé de nombreux dommages matériels au bâtiment de l'unité de compostage et au matériel qui s'y trouvait. Le procès-verbal mentionné ci-dessus propose d'évaluer ces préjudices aux sommes de 207 275 euros HT, vétusté déduite, s'agissant du bâtiment, 876 748 euros HT, vétusté déduite, s'agissant du matériel, et 83 698 euros HT s'agissant des frais de démolition et de déblais. La société Séché Eco industries ne conteste pas l'évaluation faite de ces postes d'indemnisation dans le procès-verbal, et il y a lieu de la retenir.
17. Ensuite, d'une part, le principe de réparation intégrale du préjudice fait obstacle à ce que cette indemnisation porte sur la valeur à neuf de l'installation et inclue donc le montant porté au procès-verbal d'évaluation des préjudices au titre du coefficient de vétusté. D'autre part, il résulte de l'instruction, notamment du rapport 2016 et du bilan 2014-2020 établis par le SMICTOM, qu'il ne sera pas procédé à la reconstruction de l'unité de compostage détruite par le sinistre, le SMICTOM ayant, dès l'année 2016, pris la décision de procéder au démantèlement de l'installation, réitérée à la suite de l'incendie et confirmée par la circonstance qu'aucun travaux n'ont été entrepris à ce jour en vue de la remise en service de l'unité. Dès lors, les requérantes ne sont pas fondées à demander que soient inclus dans les préjudices à indemniser les coûts de maîtrise d'œuvre, les honoraires de bureau d'étude et les frais de mise en conformité, afférant à la seule reconstruction de l'installation et dont la réalité n'est ainsi pas établie.
18. Enfin, la société Séché Eco industries soutient que la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), à laquelle il est constant que le SMICTOM n'est pas soumis au titre de son activité de collecte et de traitement des déchets, ne doit pas être incluse dans le montant de la condamnation dès lors que la TVA afférente aux dépenses litigieuses est susceptible de remboursement par le fonds de compensation pour la TVA. Toutefois, à considérer même que les dépenses litigieuses soient éligibles au fonds de compensation, ce dernier, qui ne modifie pas le régime fiscal du SMICTOM, ne fait pas obstacle à ce que la TVA puisse être incluse dans le montant de l'indemnité due à ce dernier au titre des dommages causés par l'incendie.
19. Il en résulte que les frais de démolition et de déblais doivent être augmentés du montant de la TVA et ainsi portés à la somme de 100 437,60 euros. En revanche et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 17, la demande tendant à ce que le montant du préjudice causé à l'immeuble et au matériel soit augmenté de la taxe sur la valeur ajoutée doit être écartée, aucune dépense de reconstruction n'étant projetée.
20. En second lieu, les requérantes demandent à être indemnisées du préjudice économique du SMICTOM, comprenant, d'une part, le préjudice, qu'elles qualifient d'immatériel, lié au surcoût de transport et d'incinération des ordures ménagères du fait de la mise à l'arrêt de l'unité de compostage à la suite du sinistre litigieux, et, d'autre part, le préjudice relevant des pertes indirectes comprises dans le contrat d'assurance.
21. Il est constant que l'incendie a rendu nécessaire la mise en place de solutions alternatives de traitement des déchets qui ont induit un surcoût pour le SMICTOM. Il résulte toutefois de l'instruction que la fermeture de l'unité de compostage était prévue à court terme et que cette décision, par elle-même et indépendamment de l'incendie, aurait conduit à des surcoûts similaires liés à la mise en place de solutions alternatives. Il y a lieu de considérer que, sans la survenance de l'incendie, le SMICTOM aurait maintenu l'installation en activité jusqu'au terme initial du contrat d'exploitation conclu avec la société Séché Eco industries, fixé au 31 août 2019. En revanche, pour la période postérieure, il ne résulte pas de l'instruction que le SMICTOM aurait, sans l'incendie, décidé de poursuivre l'exploitation de l'installation. Dès lors, pour la période postérieure au 31 août 2019, il n'est pas établi que les surcoûts de traitement des déchets ont été causés par la mise à l'arrêt de l'installation du fait de l'incendie et non par la décision d'arrêt d'exploitation prise antérieurement à la survenance du sinistre, et le lien de causalité entre le sinistre et le préjudice dont la réparation est demandée n'est pas démontré. Par suite, il ne peut être fait droit à la demande d'indemnisation du surcoût de transport et d'incinération des ordures ménagères que pour la période comprise entre le 29 juillet 2018 et le 31 août 2019. La société Séché Eco industries ne conteste pas l'évaluation faite, toutes taxes comprises, du montant de ce préjudice dans le procès-verbal d'évaluation des préjudices mentionné ci-dessus. Il y a lieu de s'y référer et de condamner la société Séché Eco industries à verser aux requérantes la somme de 2 645 280 euros TTC.
22. En revanche, la seule mention, dans le procès-verbal d'évaluation des préjudices, de pertes indirectes constituées d' " annonces légales appels d'offres et entreprises " est insuffisante à établir la nature et la réalité du préjudice dont la réparation est ainsi demandée.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les requérantes sont fondées à demander la condamnation de la société Séché Eco industries à leur verser la somme totale de 3 829 740,60 euros.
En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :
24. Il y a lieu d'assortir la somme mentionnée au point précédent des intérêts au taux légal à compter du 26 juillet 2021, date d'introduction de la requête.
25. L'article 1343-2 du code civil dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts mentionnés au point précédent a été demandée le 26 juillet 2021, date d'introduction de la requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 26 juillet 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation présentées par la société Séché Eco industries :
26. D'une part, les conclusions indemnitaires dirigées par la société Séché Eco industries contre le SMICTOM d'Alsace centrale, qui est la victime du sinistre faisant l'objet du litige mais n'est pas l'auteur de la requête et n'a formulé aucune prétention à son encontre, ne constituent ni des conclusions reconventionnelles ni des conclusions d'appel en garantie. Elles relèvent ainsi d'un litige distinct et sont, par suite, irrecevables.
27. D'autre part, la société Séché Eco industries n'est ni fondée à soutenir que les requérantes auraient commis une faute de nature à engager leur responsabilité extracontractuelle, ni fondée à invoquer leur responsabilité contractuelle en l'absence de toute convention la liant à ces dernières.
28. Par suite, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée par le SMICTOM et par les requérantes, les conclusions à fin d'indemnisation présentées par la société Séché Eco industries doivent être rejetées.
Sur les frais et dépens de l'instance :
29. En premier lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties ".
30. En application des dispositions précitées, il y a lieu de mettre à la charge définitive de la société Séché Eco industries, qui doit être regardée comme étant la partie perdante à la présente instance, les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme de 6 697,44 euros TTC et mis provisoirement à la charge du SMICTOM d'Alsace centrale par l'ordonnance de taxation susvisée du 12 novembre 2020.
31. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
32. En application des dispositions précitées, il y a lieu de mettre à la charge de la société Séché Eco industries une somme de 2 000 euros à verser aux requérantes au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens, et une somme de 1 500 euros à verser au SMICTOM d'Alsace centrale au même titre.
33. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que les requérantes et le SMICTOM d'Alsace centrale, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, versent à la société Séché Eco industries les sommes que celle-ci réclame au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La société Séché Eco industries est condamnée à verser aux sociétés MMA IARD et MMA IARD Assurances mutuelles une somme de 3 829 740,60 euros (trois millions huit cent vingt-neuf mille sept cent quarante euros et soixante centimes), augmentée des intérêts au taux légal à compter du 26 juillet 2021. Les intérêts échus à la date du 26 juillet 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Les frais et honoraires de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 6 697,44 euros (six mille six cent quatre-vingt-dix-sept euros et quarante-quatre centimes) toutes taxes comprises, sont mis à la charge définitive de la société Séché Eco industries, laquelle les remboursera au SMICTOM d'Alsace centrale qui les a avancés.
Article 3 : La société Séché Eco industries versera aux sociétés MMA IARD et MMA IARD Assurances mutuelles une somme de 2 000 (deux-mille) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La société Séché Eco industries versera au SMICTOM d'Alsace centrale une somme de 1 500 (mille-cinq cents) euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société MMA IARD, à la société MMA IARD Assurances mutuelles, à la société Séché Eco industries et au syndicat mixte de collecte et de traitement des ordures ménagères d'Alsace centrale.
Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rees, président,
Mme Merri, première conseillère,
Mme Dobry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.
La rapporteure,
S. DOBRY
Le président,
P. REES Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026