vendredi 28 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2105421 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | SELARL BOURGUN - BAUTZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 août 2021 et 16 septembre 2022 Mme C A, représenté par Me Bautz, demande au tribunal :
1) d'annuler la décision du 23 juillet 2021 par laquelle la collectivité européenne d'Alsace a refusé de lui remettre une dette résiduelle de 2168,53 euros correspondant à un trop perçu de revenu de solidarité active ;
2) de lui remettre gracieusement la totalité de cette dette subsidiairement de lui remettre partiellement.
Mme A soutient qu'elle n'a pas les moyens financiers de faire face à cette dette ;
Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2021, la collectivité européenne d'Alsace conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 02 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. La collectivité européenne d'Alsace a mis à la charge de Mme A une dette de 2280,03 euros résultant d'un trop-perçu de revenu de solidarité active pour la période de mars à novembre 2019. Mme A a sollicité la remise gracieuse de sa dette résiduelle d'un montant de 2168,53 euros, demande qui a été rejetée par une décision du 23 juillet 2021 du président du département du Haut-Rhin qui a été remplacé par la collectivité européenne d'Alsace. Par le présent recours, Mme A demande l'annulation de cette décision et la remise totale de sa dette.
2. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". L'article R. 262-6 du même code précise également que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". De plus, en vertu de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Enfin, l'article L. 262-46 dudit code dispose que : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active (). La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration (). ".
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. Si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.
4. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active mis à la charge de la requérante et dont l'intéressée sollicite la remise gracieuse, résulte de ce que celle-ci n'a pas déclaré l'intégralité des ressources notamment les virement reçus de M D qu'elle a perçu au cours de la période litigieuse. La collectivité européenne d'Alsace ne remet pas en cause sa bonne foi. Elle peut donc prétendre à une remise gracieuse partielle ou totale de sa dette en cas de situation de précarité. Mme A démontre par les pièces déposées à son dossier, notamment le budget mensuel établi par le CCAS de Mulhouse, qu'elle est en situation de précarité.
5. En conséquence, la décision du 23 juillet 2021, qui est entachée d'une erreur d'appréciation, est illégale et doit être annulée. Il y a lieu de remettre gracieusement à Mme A la totalité de sa dette résiduelle de revenu de solidarité active.
D E C I D E :
Article 1 : La décision du 23 juillet 2021 du président du département du Haut-Rhin est annulée.
Article 2 : Il est remis gracieusement à Mme A la totalité de sa dette résiduelle de revenu de solidarité active soit la somme de 2168,53 euros.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Bautz et à la collectivité européenne d'Alsace. Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Haut-Rhin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
H. BLa greffière,
C. ADE
La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2105421
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01/06/2026
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