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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2105483

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2105483

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2105483
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL DI MARTINO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 5 août 2021 et le 19 juin 2024, la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel, représentée par Me Herqué, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Ribeauvillé à lui verser une indemnité d'un montant total de 163 800 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du 15 juillet 2016 par lequel le maire de la commune s'est opposé à sa déclaration préalable de travaux portant sur la réhabilitation d'une cour intérieure en vue d'y accueillir du public ;

2°) de prononcer, le cas échéant, un sursis à statuer jusqu'au dépôt du rapport définitif de l'expert désigné par le tribunal ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Ribeauvillé une somme de 5 000 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'illégalité de l'arrêté du 15 juillet 2016 a été reconnue par des décisions de justice définitives, et cette illégalité est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de la commune de Ribeauvillé ;

- cette faute, qui l'a empêchée de conduire à bien son projet pendant plusieurs années, est l'origine directe d'un préjudice dont elle demande réparation ;

- le préjudice subi s'élève à 163 800 euros dont 118 800 euros au titre des pertes d'exploitation, 15 000 euros au titre de la perte de chance d'avoir pu fidéliser une clientèle et du préjudice de notoriété, 15 000 euros au titre de la perte de valorisation de son commerce et 15 000 euros au titre du préjudice moral.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, la commune de Ribeauvillé, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et Associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté par la commune de Ribeauvillé, par lequel elle conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, a été enregistré le 21 juin 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lusset, rapporteur ;

- les conclusions de M. Pouget-Vitale, rapporteur public ;

- les observations de Me Herqué, avocat de la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel,

- les observations de Me Vilchez, avocat de la commune de Ribeauvillé.

Considérant ce qui suit :

1. Par une demande du 20 mai 2016, la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel a saisi la commune de Ribeauvillé d'une déclaration préalable de travaux portant sur la réhabilitation d'une cour intérieure pour y accueillir du public, le rafraichissement des peintures et murs périphériques et des menuiseries extérieures, l'installation d'un plancher de terrasse en bois, la suppression de cloisons et l'installation d'un four à bois. Cette demande a fait l'objet d'un arrêté d'opposition en date du 15 juillet 2016. Par un jugement du 4 avril 2019, le tribunal administratif de Strasbourg a fait droit à la requête de la société, La société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel a contesté cet arrêté devant le tribunal, et a enjoint à la commune de délivrer l'autorisation sollicitée. Par un arrêté du 24 avril 2019, la commune de Ribeauvillé a exécuté le jugement du tribunal et délivré à la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel l'autorisation d'exécuter les travaux déclarés. Par un arrêt du 28 décembre 2020, la cour administrative d'appel de Nancy a rejeté l'appel de la commune de Ribeauvillé et confirmé le jugement du tribunal. Par un courrier du 25 mars 2021, la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel a sollicité de la commune l'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de l'illégalité fautive de la décision d'opposition du 15 juillet 2016, demande d'abord implicitement rejetée, puis expressément par une décision du 5 juillet 2021. Elle a également saisi le juge des référés d'une demande de désignation d'un expert aux fins de déterminer la nature et l'étendue du préjudice subi, et le tribunal a désigné un expert à cette fin. Par la présente requête, la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel demande au tribunal la condamnation de la commune à lui verser une indemnité de 163 800 euros sur le fondement de la faute que cette dernière a commise en refusant d'autoriser les travaux déclarés le 20 mai 2016.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la faute et le lien de causalité avec le préjudice :

2. En premier lieu, la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel invoque le caractère fautif de la décision du 15 juillet 2016 portant opposition à sa déclaration préalable de travaux. Il est constant que cette décision a été jugée illégale par le jugement du tribunal administratif n° 1606269 du 4 avril 2019 au motif d'une méconnaissance des articles UA 1 et UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune. Par un arrêt n° 19NC01694 du 28 décembre 2020 devenu définitif, la cour administrative d'appel de Nancy a rejeté la requête formée par la commune de Ribeauvillé à l'encontre de ce jugement, estimant que le maire de la commune a commis une erreur d'appréciation en fondant l'arrêté du 15 juillet 2016 sur les dispositions des articles UA 1 et UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme. Cette illégalité fautive est de nature à engager la responsabilité de la commune de Ribeauvillé, et la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel est ainsi fondée à demander à la commune la réparation des préjudices directs et certains résultant pour elle de cette décision illégale.

3. En second lieu, si la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel soutient que la commune de Ribeauvillé a adopté un comportement discriminatoire à son égard et que la décision du 15 juillet 2016 n'aurait pas été guidée par l'intérêt général mais dans le but de lui nuire, elle n'assortit toutefois ses allégations d'aucun élément probant. Par suite, et à supposer qu'elle ait entendu se prévaloir d'une faute distincte de l'illégalité de la décision du 15 juillet 2016, elle n'est pas fondée à rechercher la responsabilité pour faute de la commune de Ribeauvillé sur le fondement desdits agissements.

En ce qui concerne les préjudices :

4. En premier lieu, si le pétitionnaire a droit au remboursement des frais exposés pour les honoraires d'architecte et de géomètre qu'il a engagé pour l'élaboration de son projet de construction, il ne peut prétendre en revanche à la réparation du préjudice commercial résultant pour lui de la privation des bénéfices qu'il espérait retirer de l'exploitation du commerce projeté, la réalisation de ces bénéfices ne présentant qu'un caractère purement éventuel.

5. Si la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel fait état d'un préjudice économique causé par la perte de bénéfices qu'elle espérait retirer de l'activité de restauration qu'elle comptait développer, pertes d'exploitation qu'elle chiffre à 118 800 euros, la réalisation de ces bénéfices, au demeurant uniquement fondée sur l'extrapolation de son chiffre d'affaire, ne peut être regardé comme certain. Dans ces conditions, ce chef de préjudice ne peut être retenu. Il en va de même du préjudice lié au défaut de valorisation de son fonds de commerce qu'elle chiffre à 15 000 euros et du préjudice au titre de la perte de chance d'avoir pu fidéliser une clientèle qu'elle chiffre à 15 000 euros, ces deux chefs de préjudice ne présentant qu'un caractère purement éventuel.

6. En second lieu, si la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel soutient avoir subi un préjudice moral en raison de l'acharnement dont elle allègue avoir été la victime, aucune pièce versée au dossier ne permet d'établir l'existence d'un tel acharnement. Il s'ensuit que ce chef de préjudice ne saurait être indemnisé. Au demeurant, la commune de Ribeauvillé fait valoir, sans être contredite, que bien que bénéficiaire depuis le 24 avril 2019 d'un arrêté l'autorisant à entreprendre les travaux initialement refusés, la société requérante n'y aurait jamais procédé depuis lors.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Ribeauvillé, ni de surseoir à statuer dans l'attente du dépôt du rapport définitif de l'expert désigné par le tribunal, qu'il y a lieu de rejeter l'ensemble des conclusions indemnitaires présentées par la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel le paiement de la somme de 1 500 euros à la commune de Ribeauvillé au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Ribeauvillé qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel demande au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel est rejetée.

Article 2 : La société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel versera une somme de 1 500 euros à la commune de Ribeauvillé au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Boulangerie pâtisserie confiserie Vogel et à la commune de Ribeauvillé.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Richard, président,

M. Lusset, premier conseiller,

Mme Malgras, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 juillet 2024.

Le rapporteur,

A. LUSSET

Le président,

M. RICHARD

La greffière,

J. BROSÉ

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N° 2307403

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