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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2105559

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2105559

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2105559
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSCP ALENA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 août 2021 et 29 juin 2022, Mme D B, représentée par la SCP Alena Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 juin 2021 du directeur délégué de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Sans souci de Creutzwald en tant qu'elle fixe la consolidation de son état de santé au 6 janvier 2021 et qu'elle la place en congé de maladie ordinaire à compter du 7 janvier 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'EHPAD Sans souci de Creutzwald de réexaminer sa situation, de la placer dans un régime d'arrêt maladie correspondant à son état de santé et de revenir sur les conséquences financières liées à la décision du 11 juin 2021, dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'EHPAD Sans souci de Creutzwald une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision en litige a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'à la date de consolidation retenue, son état de santé n'était pas stabilisé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2022, l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Sans souci de Creutzwald, représenté par la SELARL Houdart et Associés, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge de Mme B d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 29 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- le décret n°88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duez-Gündel,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B exerce les fonctions d'infirmière titulaire au sein de l'EHPAD Sans souci de Creutzwald, dont la direction est assurée par le centre hospitalier régional (CHR) de Metz-Thionville. Le 6 juin 2020, elle a subi l'agression d'une résidente de l'établissement qui lui a donné un coup de pied dans le dos et dans la jambe. Elle a alors bénéficié d'arrêts de travail à compter du 29 juin 2020. Par une décision du 11 juin 2021, le directeur délégué de l'EHPAD Sans souci de Creutzwald a reconnu l'imputabilité au service de l'accident du 6 juin 2020, a fixé la date de consolidation de son état de santé au 6 janvier 2021 et l'a placée en congé de maladie ordinaire à compter du 7 janvier 2021. Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision en tant qu'elle fixe la date de consolidation de son état de santé au 6 janvier 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par une décision du 4 octobre 2019, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Moselle du 16 décembre 2019, la directrice générale du CHR de Metz-Thionville, directrice du centre hospitalier de Boulay et de l'EHPAD Sans souci de Creutzwald, a donné délégation à M. C A, directeur délégué, en cas d'absence ou d'empêchement de l'une des directions intervenant dans la gestion du centre hospitalier de Boulay, à l'effet de signer toutes décisions relevant des fonctions des différentes directions intervenant dans la gestion du centre hospitalier de Boulay et de l'EHPAD Sans souci de Creutzwald, à l'exception des notes de service. Or il ne ressort pas des pièces du dossier que les directeurs intervenant dans la gestion du centre hospitalier de Boulay n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de la décision en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision du 11 juin 2021, signée par M. A, doit être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, aux termes du I de l'article 21 bis de la loi susvisée du 13 juillet 1983, alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 35-1 du décret susvisé du 19 avril 1988 : " Le congé prévu au premier alinéa du I de l'article 21 bis de la loi du 13 juillet 1983 susvisée est accordé au fonctionnaire, sur sa demande, dans les conditions prévues par le présent titre. ". Enfin, l'article 35-17 du même décret dispose que : " Lorsqu'il est guéri ou que les lésions résultant de l'accident de service, de l'accident de trajet ou de la maladie professionnelle sont stabilisées, le fonctionnaire transmet à l'autorité investie du pouvoir de nomination un certificat médical final de guérison ou de consolidation. / Toute modification de l'état de santé du fonctionnaire constatée médicalement postérieurement à la date de guérison apparente ou de consolidation de la blessure qui nécessite un traitement médical peut donner lieu à un nouveau congé pour invalidité temporaire imputable au service et au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement correspondants. (). ".

4. La date de consolidation correspond au moment où les lésions se fixent et acquièrent un caractère permanent, ce qui permet alors d'apprécier un taux d'incapacité permanente partielle qui a résulté d'une pathologie ou d'un accident. La consolidation de l'état de santé ne peut, en revanche, être assimilée à la guérison et ne constitue pas davantage une circonstance impliquant nécessairement la fin des soins nécessités par cette pathologie ou cet accident.

5. En l'espèce il ressort des pièces du dossier que, le 6 juin 2020, Mme B a reçu un coup au dos et sur la jambe de la part d'une résidente de l'EHPAD Sans souci de Creutzwald et que cet accident a été reconnu imputable au service. Il ressort également des pièces du dossier que la requérante a bénéficié d'arrêts de travail entre le 29 juin 2020 et le 6 janvier 2021 en raison des lombalgies, des cervicalgies et de la sciatique, directement causées par cet accident. Il est en outre constant que les arrêts de travail accordés à compter du 7 janvier 2021 sont liés aux séquelles de l'intervention chirurgicale subie par l'intéressée le même jour pour soigner un spondylolisthésis L5-S1 par arthrodèse. Si Mme B fait valoir que cette intervention est également liée à l'accident du 6 juin 2020, il ressort néanmoins des pièces du dossier, en particulier de l'expertise du 26 mai 2021 réalisée par un médecin agréé et du courriel du 22 avril 2022 du même médecin, que l'arthrodèse subie par l'intéressée est en lien avec le traitement de son état antérieur, déjà caractérisé par une symptomatologie lombalgique traitée par anti-inflammatoires. Les éléments médicaux et les attestations produits à l'instance par la requérante, s'ils établissent l'existence de séquelles invalidantes liées à l'intervention chirurgicale du 7 janvier 2021, ne sont en revanche pas suffisants pour établir un lien direct entre cette intervention et l'accident du 6 juin 2020 dont elle a été victime. Ainsi, dans ces circonstances, le directeur délégué de l'EHPAD Sans souci de Creutzwald pouvait légalement estimer que les lésions de Mme B, directement imputables à l'accident du 6 juin 2020, avaient acquis leur caractère permanent le 6 janvier 2021 et que, par voie de conséquence, les arrêts de travail postérieurs étaient à prendre en charge au titre de la maladie ordinaire.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. D'une part, les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'EHPAD Sans souci de Creutzwald, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme B une somme au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'EHPAD Sans souci de Creutzwald en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes Sans souci de Creutzwald.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Duez-Gündel, conseiller

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

Le rapporteur,

C. DUEZ-GÜNDEL

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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