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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2105731

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2105731

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2105731
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTHIERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 août 2021 et 18 mars 2022, la société Grenke location, représentée par Me Thiéry, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Gabarnac à lui verser la somme de 19 767,20 euros en exécution du contrat de location n° 135 21626, assortie des intérêts au taux légal majoré de cinq points à compter du 18 janvier 2021 et de leur capitalisation à compter du 18 janvier 2022 ;

2°) à titre subsidiaire, sur le fondement de la responsabilité contractuelle, de condamner la commune de Gabarnac à lui verser la somme de 14 704,02 euros ;

3°) d'ordonner à la commune de Gabarnac de lui restituer, à ses frais et risques, le matériel objet du contrat de location n° 135 21626 ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Gabarnac la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le contrat entre la commune de Gabarnac et la société Access bureautique a été valablement conclu ;

- le contrat entre la commune et la société Grenke n'était pas caduc ;

- elle a procédé le 18 janvier 2021 à la résiliation anticipée du contrat de location longue durée conclu avec la commune de Gabarnac le 20 juillet 2020 en raison du non-paiement des loyers, et a mis en demeure cette dernière de lui régler les sommes dues en exécution du contrat ;

- elle a droit au montant des loyers échus impayés, de 3 228,87 euros, à une indemnité de résiliation égale à l'ensemble des loyers hors taxes à échoir jusqu'au terme du contrat, soit 16 452,48 euros, ainsi qu'aux intérêts au taux légal augmenté de 5 points et à l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros ;

- il appartient à la commune de Gabarnac de lui restituer à ses frais et risques le matériel objet du contrat.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, la commune de Gabarnac, représentée par Me Bourié, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce que la société Actéis, venant aux droit de la société Access bureautique, soit condamnée à la garantir de toutes condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre ;

3°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des sociétés Grenke et Actéis sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le contrat de financement conclu avec la société Grenke location est devenu caduc dès lors qu'il était interdépendant avec le contrat de fourniture et de maintenance conclu avec la société Access bureautique, qui a été résilié le 17 septembre 2020 ;

- la caducité du contrat rétroagit à la date de signature du contrat dès lors que le contrat de fourniture et de maintenance n'a jamais été exécuté ;

- la résiliation du contrat par la société Grenke n'est pas valable dès lors que le contrat n'existait plus ;

- le paiement d'aucun loyer n'est exigible ;

- le matériel doit être enlevé aux frais et risques de la société Grenke dès lors qu'il n'a jamais été installé ni utilisé ;

- la société Access bureautique a été défaillante dans l'exécution de son contrat de fourniture du matériel et doit la garantir de toutes condamnations.

Par ordonnance du 13 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 décembre 2022.

La requête a été communiquée à la société Access bureautique, aux droits de laquelle vient la société Actéis, qui n'a pas produit de mémoire.

Un mémoire présenté pour la commune de Gabarnac a été enregistré le 13 décembre 2022. Ce mémoire n'a pas été communiqué

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dobry,

- les conclusions de M. Boutot, rapporteur public,

- les observations de Me Diaby, substitutant Me Bourié et représentant la commune de Gabarnac.

Considérant ce qui suit :

1. La société Grenke location a conclu le 20 juillet 2020 un contrat de location longue durée avec la commune de Gabarnac, portant sur la location d'un copieur pour un loyer mensuel de 288,64 euros hors taxes, payable trimestriellement, et une durée de soixante-trois mois. La commune a par ailleurs conclu, le même jour, un contrat de fourniture et de maintenance relatif à ce copieur avec la société Access bureautique. Par courrier reçu le 14 décembre 2020, la société Grenke a mis en demeure la commune de Gabarnac de régler les loyers impayés, puis, par courrier reçu le 25 janvier 2021, elle a procédé à la résiliation anticipée du contrat et a mis la commune de Gabarnac en demeure de lui payer la somme de 19 767,20 euros correspondant selon elle aux loyers échus impayés, aux intérêts, à l'indemnité de résiliation et aux frais de recouvrement. En l'absence de paiement, elle demande par la présente requête la condamnation de la commune à lui payer cette somme au titre du contrat litigieux.

Sur les conclusions de la société Grenke location :

En ce qui concerne la caducité et la résiliation du contrat :

2. D'une part, les contrats concomitants ou successifs qui s'inscrivent dans une opération incluant une location financière étant interdépendants, il en résulte que l'exécution de chacun de ces contrats est une condition déterminante du consentement des parties, de sorte que, lorsque l'un d'eux disparaît, les autres contrats sont caducs si le contractant contre lequel cette caducité est invoquée connaissait l'existence de l'opération d'ensemble lorsqu'il a donné son consentement

3. D'autre part, lorsqu'un pouvoir adjudicateur adresse à son cocontractant un courrier l'informant de la caducité du contrat, il procède ainsi à la résiliation de ce contrat et il ne peut échapper aux conséquences indemnitaires de la résiliation.

4. Au cas présent, la commune de Gabarnac a conclu dans le cadre d'une opération d'ensemble un contrat de location longue durée d'un copieur avec la société Grenke location et, le même jour, un contrat de fourniture et de maintenance relatif à ce copieur avec la société Access bureautique. Ces contrats, qui s'inscrivent dans une même opération incluant une location financière, sont interdépendants. Le contrat signé par la requérante mentionne l'identité du fournisseur du copieur, de sorte qu'elle a nécessairement eu connaissance de l'existence d'une opération d'ensemble dans le cadre de laquelle s'inscrivait le contrat de location. Il résulte de l'instruction que la commune de Gabarnac a procédé le 17 septembre 2020 à la résiliation du contrat de fourniture et de maintenance, puis qu'elle a adressé le 10 décembre 2020 un courrier à la société Grenke location l'informant de cette résiliation et lui demandant en conséquence de " mettre un terme " au contrat de location. Ce dernier courrier doit être regardé comme un courrier de résiliation du contrat conclu entre la commune et la société Grenke location en raison sa caducité.

5. Il résulte de ce qui précède que le contrat litigieux a été résilié à l'initiative de la commune de Gabarnac le 10 décembre 2020, et qu'il a cessé de produire ses effets à cette date.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'indemnisation :

6. En premier lieu, il résulte des termes mêmes des contrats litigieux que " les loyers sont payables d'avance le premier de chaque mois ou trimestre civil ".

7. La commune de Gabarnac ne conteste pas n'avoir procédé au paiement d'aucun loyer en exécution du contrat de location litigieux. Par suite, la société Grenke location est fondée à demander le paiement des loyers échus entre le 20 juillet et le 10 décembre 2020, soit un montant de 1 858,83 euros toutes taxes comprises. Le surplus des demandes de la société Grenke location au titre des loyers échus impayés correspond soit à des sommes autres que des loyers, dont l'exigibilité n'est pas établie, soit à des loyers postérieurs à la date de résiliation, et il doit dès lors être rejeté.

8. En deuxième lieu, l'article 8.1 des conditions générales de location applicables au contrat stipule que : " Toute somme impayée à sa date d'exigibilité sera augmentée d'un intérêt de retard égal au taux d'intérêt légal applicable en France majoré de 5 points, sans pouvoir être inférieur au triple du taux de l'intérêt légal. Indemnité forfaitaire de recouvrement : 40,00 euros ".

9. La société Grenke est également fondée à demander à ce que soit mise à la charge de la commune de Gabarnac la somme de 40,11 euros au titre des intérêts sur les loyers échus impayés à la date de la résiliation du contrat, ayant couru entre leur date d'exigibilité et la date de résiliation.

10. En troisième lieu, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Gabarnac l'indemnité forfaitaire de recouvrement d'un montant de 40 euros.

11. En quatrième lieu, l'article 10 des conditions générales de location applicables au contrat litigieux stipule qu'en cas de résiliation anticipée, due notamment à la caducité du contrat : " Le locataire sera tenu de payer au bailleur le prix du contrat, c'est-à-dire les loyers échus impayés et les loyers à échoir jusqu'au terme prévu du contrat pour la période contractuelle en cours ".

12. La société Grenke est fondée à demander, au titre des stipulations précitées, à ce que la commune de Gabarnac soit condamnée à lui verser une somme de 17 318,40 euros, correspondant au montant hors taxes des loyers à échoir entre le 10 décembre 2020 et le 31 mars 2025, terme prévu du contrat.

En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :

13. L'article 8.1 des conditions générales de location précité prévoit l'application d'un taux d'intérêt majoré de cinq points en cas de retard de paiement des loyers échus, dès la date d'exigibilité des loyers.

14. La société Grenke location est fondée à demander à ce que la somme visée au point 7 soit assortie des intérêts au taux légal augmenté de 5 points à compter du 18 janvier 2021, date postérieure à la résiliation du contrat.

15. En revanche, ces stipulations ne prévoient pas l'application d'intérêts au taux majoré aux intérêts échus à la date de la résiliation, à l'indemnité forfaitaire de recouvrement ni à l'indemnité de résiliation équivalente au montant hors taxes des loyers à échoir. La requérante n'est donc pas fondée à demander à ce que ces sommes soient assorties des intérêts au taux légal augmenté de 5 points.

16. En dernier lieu, l'article 1343-2 du code civil dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts mentionnés au point 14 a été demandée le 18 août 2021, date d'introduction de la requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 18 janvier 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

En ce qui concerne les conclusions à fin de restitution :

17. En application de l'article 11 des conditions générales de location du contrat en litige, en cas de résiliation anticipée, le locataire est tenu de restituer à ses frais et à ses risques le matériel loué dès la date de prise d'effet de la résiliation. Il y a lieu, par suite, d'ordonner à la commune de Gabarnac de procéder à cette restitution dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

En ce qui concerne les frais de l'instance :

18. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Grenke présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions de la commune de Gabarnac :

En ce qui concerne les conclusions à fin d'appel en garantie :

19. La commune de Gabarnac soutient que la société Access bureautique a commis une faute dans l'exécution du contrat de fourniture et de maintenance qui les liait, ayant directement causé la résiliation du contrat avec la société Grenke location.

20. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que la proposition commerciale faite par la société Access bureautique à la commune comporte les tarifs des différentes prestations tels qu'ils ont été portés au contrat puis effectivement mis en œuvre ensuite. Dès lors, la commune de Gabarnac n'est pas fondée à soutenir que les sommes facturées ne correspondaient pas à la proposition commerciale ou au contrat conclu avec la société Access bureautique.

21. D'autre part, la production d'un bon de livraison signé du seul représentant de la commune et mentionnant l'absence de cartouche dans le copieur, pas plus que les autres pièces du dossier, ne permettent d'établir que la société Access bureautique aurait manqué à son obligation d'installation et de mise en service du copieur.

22. Il résulte de ce qui précède que l'appel en garantie de la commune de Gabarnac à l'encontre de la société Access bureautique doit être rejeté.

En ce qui concerne les frais de l'instance :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de la société Grenke location et de la société Actéis, venant aux droits de la société Access bureautique, les sommes que la commune de Gabarnac demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Gabarnac est condamnée à verser à la société Grenke location une somme de 1 858,83 euros (mille huit cent cinquante-huit euros et quatre-vingt-trois centimes) toutes taxes comprises, augmentée des intérêts au taux légal majoré de cinq points à compter du 18 janvier 2021. Les intérêts échus à la date du 18 janvier 2022, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : La commune de Gabarnac est condamnée à verser à la société Grenke location une somme de 17 398,51 euros (dix-sept mille trois cent quatre-vingt-dix-huit euros et cinquante et un centimes).

Article 3 : La commune de Gabarnac devra restituer à la société Grenke location le matériel objet du contrat dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Grenke location, à la commune de Gabarnac et à la société Actéis, venant aux droits de la société Access bureautique.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La rapporteure,

S. DOBRY

Le président,

P. REES Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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