jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2105746 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | THIERY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 18 août 2021, 5 juillet et 18 octobre 2022, la société Grenke location, représentée par Me Thiéry, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune d'Evry-Courcouronnes à lui verser la somme de 52 451,11 euros, assortie des intérêts au taux légal majoré de 5 points à compter du 19 novembre 2019 et de leur capitalisation ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner la commune d'Evry-Courcouronnes à lui verser les sommes de 57 424 euros à titre de dommages et intérêts et 3 556,80 euros toutes taxes comprises (TTC) au titre des loyers impayés ;
3°) d'ordonner à la commune d'Evry-Courcouronnes de lui restituer, à ses frais et risques, le matériel objet du contrat de location n° 058-39313 ;
4°) de mettre à la charge de la commune d'Evry-Courcouronnes la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le contrat litigieux est administratif par détermination de la loi ;
- elle n'a pas été informée de la substitution d'une nouvelle personne morale à celle signataire du contrat pour son exécution ;
- la convention de service commun de reprographie entre la communauté d'agglomération Grand Paris Sud et la commune d'Evry-Courcouronnes ne lui est pas opposable et ne prévoit au demeurant pas le transfert de contrats entre les deux entités ;
- elle a procédé le 19 novembre 2019 à la résiliation anticipée du contrat de location longue durée conclu avec la commune d'Evry-Courcouronnes le 22 janvier 2017 en raison du non-paiement des loyers, et a mis en demeure cette dernière de lui régler les sommes dues en exécution du contrat ;
- elle a droit au montant des loyers échus impayés, de 10 670,40 euros TTC, à une indemnité de résiliation égale à l'ensemble des loyers hors taxes à échoir jusqu'au terme du contrat, soit 41 496 euros, ainsi qu'aux intérêts au taux légal augmenté de 5 points et à l'indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros ;
- il appartient à la commune d'Evry-Courcouronnes de lui restituer à ses frais et risques le matériel objet du contrat ;
- la résiliation par la communauté d'agglomération le 21 juin 2021 n'est pas valable dès lors que le contrat était déjà résilié ; à titre subsidiaire si cette résiliation est reconnue valable, elle est abusive et la commune reste débitrice, d'une part, du montant des loyers échus impayés au 21 juin 2021, soit 3 556,80 euros TTC, d'autre part, du montant hors taxes des loyers à échoir de 47 424 euros, sur le fondement du contrat, ou à défaut, d'un montant de 47 424 euros sur le fondement de la responsabilité contractuelle de droit commun, en raison du préjudice subi du fait de la résiliation abusive.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 juin et 11 octobre 2022, la commune d'Evry-Courcouronnes conclut à l'incompétence de la juridiction administrative, et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative n'est pas compétente s'agissant d'un contrat de droit privé ;
- la commune n'est pas partie au contrat dont la société Grenke location se prévaut ;
- la communauté d'agglomération Grand Paris Sud partie au contrat a résilié celui-ci le 7 juin 2021 pour motif d'intérêt général ;
- la commune a réglé l'ensemble des loyers dus jusqu'au transfert du contrat à la communauté d'agglomération ;
- la communauté d'agglomération s'est acquittée du paiement de l'ensemble des loyers dus à la date de la résiliation qu'elle a décidée et s'est engagée à régler l'ensemble des sommes dues au titre du contrat ;
- la demande portant sur l'indemnité de résiliation n'est pas fondée.
Par ordonnance du 14 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Dobry,
-les conclusions de Mme Merri, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Grenke location a conclu le 22 janvier 2018 un contrat de location longue durée avec la commune de Courcouronnes, portant sur la location d'un copieur, pour un loyer trimestriel de 2 964 euros hors taxes, soit 3 556,80 euros toutes taxes comprises (TTC) et une durée de 63 mois. Par courrier reçu le 23 septembre 2019, la société Grenke location a mis en demeure la commune de Courcouronnes, intégrée au 1er janvier 2019 dans la commune d'Evry-Courcouronnes qui s'y est substituée, de régler les loyers impayés, puis, par courrier reçu le 21 novembre 2019, elle a procédé à la résiliation anticipée du contrat et a mis la commune en demeure de lui payer la somme de 52 451,14 euros correspondant selon elle aux loyers échus impayés, aux intérêts échus à la date de la résiliation, à l'indemnité de résiliation et aux frais de recouvrement. Par la présente requête, la société Grenke location demande le versement de cette somme ainsi que la restitution du matériel objet du contrat de location aux frais et risques de la commune d'Evry-Courcouronnes.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 4 de l'ordonnance susvisée du 23 juillet 2015, alors en vigueur : " Les marchés sont les contrats conclus à titre onéreux par un ou plusieurs acheteurs soumis à la présente ordonnance avec un ou plusieurs opérateurs économiques, pour répondre à leurs besoins en matière de travaux, de fournitures ou de services ". Le II de l'article 5 de cette même ordonnance dispose que : " Les marchés publics de fournitures ont pour objet l'achat, la prise en crédit-bail, la location ou la location-vente de produits ". Les articles 9 et 10 de l'ordonnance prévoient que les pouvoirs adjudicateurs, dont relèvent les personnes morales de droit public, sont soumis aux règles posées par cette ordonnance. Enfin, aux termes de l'article 3 de l'ordonnance du 23 juillet 2015 : " Les marchés publics relevant de la présente ordonnance passés par des personnes morales de droit public sont des contrats administratifs ".
3. Il résulte de ces dispositions que le contrat en litige, passé par une personne publique pour la location d'un copieur, est un marché public de fourniture et constitue un contrat administratif, nonobstant l'éventuelle absence de mise en œuvre des procédures de publicité et de mise en concurrence prévues pour la passation de tels marchés. Par suite, la juridiction administrative est compétente pour connaître du litige se rapportant à l'exécution de ce contrat, et la commune d'Evry-Courcouronnes n'est pas fondée à soutenir que la requête de la société Grenke location, qui concerne l'exécution d'un contrat administratif, a été portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur les conclusions tendant au paiement de sommes d'argent :
En ce qui concerne l'identification du cocontractant de la société Grenke location :
4. La convention relative à un service commun de reprographie conclue le 14 juin 2019 entre la commune d'Evry-Courcouronnes et la communauté d'agglomération Grand Paris Sud met en place une gestion de ce service par la communauté d'agglomération sans pour autant prévoir un transfert des contrats de location de matériel de reprographie de l'une à l'autre. Notamment, si cette convention, à laquelle la société Grenke location n'est pas partie et dont il n'est pas établi qu'elle ait été informée, prévoit que la communauté d'agglomération assurera le paiement trimestriel des factures de location, cette seule mention n'a pas pour effet en elle-même de transférer le contrat de la commune à la communauté d'agglomération mais a pour seul objet de régler les rapports financiers entre ces deux dernières entités. Dès lors, la commune d'Evry-Courcouronnes n'est pas fondée à soutenir que le contrat la liant à la société Grenke location aurait été transféré à la communauté d'agglomération par l'effet de la convention de service commun de reprographie et ne lui serait pas opposable. Elle est y est restée partie jusqu'à son terme et était, seule, tenue à son exécution.
En ce qui concerne la date de résiliation du contrat litigieux :
5. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la communauté d'agglomération Grand Paris Sud n'avait pas qualité pour résilier le contrat conclu avec la société Grenke location, auquel elle n'était pas partie. La légalité de la résiliation unilatérale du contrat de location par la société Grenke location, par courrier reçu par la commune le 21 novembre 2019, n'est par ailleurs pas contestée par la commune d'Evry-Courcouronnes. Par suite, il ne peut qu'être constaté que le contrat a été résilié unilatéralement par la requérante le 21 novembre 2019 et non par décision du vice-président de la communauté d'agglomération Grand Paris Sud du 7 juin 2021.
En ce concerne les sommes dues suite à la résiliation du contrat litigieux :
6. En premier lieu, la commune d'Evry-Courcouronnes ne conteste pas l'absence de paiement des loyers correspondant aux trois derniers trimestres de l'année 2019 mais se borne à soutenir qu'ils sont dus par la communauté d'agglomération et que cette dernière a fait état de sa volonté de procéder à leur règlement. Il résulte de ce qui a été exposé au point 4 que la commune d'Evry-Courcouronnes était pourtant tenue au paiement de ces loyers et que la société Grenke location est ainsi fondée à demander à ce que la commune lui verse à ce titre la somme de 10 670,40 euros TTC.
7. En deuxième lieu, l'article 4 des conditions générales de location stipule que : " 3. () Toute somme impayée à sa date d'exigibilité sera augmentée d'un intérêt de retard au taux d'intérêt légal applicable en France majoré de 5 points ".
8. La société Grenke location est également fondée à demander à ce que soit mise à la charge de la commune d'Evry-Courcouronnes la somme de 244,74 euros au titre des intérêts sur les loyers échus impayés à la date de la résiliation du contrat, ayant couru entre leur date d'exigibilité et la date de résiliation.
9. En troisième lieu, l'article 11 des conditions générales de location stipule que : " 1. En cas de résiliation anticipée (), le locataire restera tenu de payer au bailleur, en compensation du préjudice subi, les loyers échus, les intérêts de retard de paiement éventuels restant dus, et les loyers à échoir jusqu'au terme initialement prévu du contrat pour la période contractuelle en cours majorés de 10% à titre de sanction. () ".
10. En application de ces stipulations, la société Grenke location est fondée à demander à ce que la commune d'Evry-Courcouronnes lui verse la somme de 41 496 euros, correspondant au montant hors taxes des 14 loyers restant à échoir à la date de la résiliation du contrat.
11. En dernier lieu, l'article 17 des conditions générales de location prévoit à la charge du locataire une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros, dont la société Grenke location est fondée à demander le versement par la commune d'Evry-Courcouronnes.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
12. Tout d'abord, l'article 4 des conditions générales de location précité prévoit l'application d'un taux d'intérêt majoré de cinq points en cas de retard de paiement des loyers échus, dès la date d'exigibilité des loyers.
13. La société Grenke location est fondée à demander à ce que la somme visée au point 6 soit assortie des intérêts au taux légal augmenté de 5 points à compter du 21 novembre 2019, date de réception par la commune d'Evry-Courcouronnes du courrier de résiliation du contrat.
14. En revanche, ces stipulations ne prévoient pas l'application d'intérêts au taux majoré à l'indemnité forfaitaire de recouvrement, à l'indemnité de résiliation équivalente au montant hors taxes des loyers à échoir, ni aux intérêts échus à la date de la résiliation. La requérante n'est donc pas fondée à demander à ce que ces sommes soient assorties des intérêts au taux légal augmenté de 5 points.
15. Enfin, l'article 1343-2 du code civil dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Elle prend effet au plus tôt à la date à laquelle la demande est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. La capitalisation des intérêts mentionnés au point 13 a été demandée le 18 août 2021, date d'introduction de la requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter de cette date, à laquelle était due, d'ores et déjà, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les conclusions à fin de restitution :
16. En application de l'article 13.3 des conditions générales de location du contrat en litige, en cas de résiliation anticipée, le locataire est tenu de restituer à ses frais et à ses risques le matériel loué dès la date de prise d'effet de la résiliation. Il y a lieu, par suite, d'ordonner à la commune d'Evry-Courcouronnes de procéder à cette restitution dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais de l'instance :
17. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Grenke location présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La commune d'Evry-Courcouronnes versera à la société Grenke location une somme de 10 670,40 euros (dix-mille-six-cent-soixante-dix euros et quarante centimes) toutes taxes comprises, augmentée des intérêts au taux légal majoré de 5 points à compter du 21 novembre 2019. Les intérêts échus à la date du 18 août 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La commune d'Evry-Courcouronnes versera à la société Grenke location une somme de 41 780,74 euros (quarante-et-un-mille-sept-cent-quatre-vingts euros et soixante-quatorze centimes).
Article 3 : La commune d'Evry-Courcouronnes devra restituer à la société Grenke location le matériel objet du contrat dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Grenke location et à la commune d'Evry-Courcouronnes.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rees, président,
Mme Dobry, conseillère,
Mme Poittevin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La rapporteure,
S. DOBRY
Le président,
P. REES La greffière,
V. IMMELE
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026