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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2105871

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2105871

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2105871
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELAFA JUDICIA CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 août 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) STP, représentée par Me Wartel, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°)de prononcer la décharge, tant en droits qu'en pénalités, des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 mai 2018 ainsi que des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017 ;

2°)de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SARL STP soutient que :

- c'est à tort que l'administration a estimé que sa comptabilité n'était pas probante ;

- c'est à tort que l'administration a estimé que M. A était son gérant de fait ;

Sur l'impôt sur les sociétés :

- la somme de 30 000 euros portée au crédit du compte courant d'associé de M. A ne constitue pas un produit dès lors qu'aucune prestation de travaux n'a été réalisée pour Mme C et M. D ;

- c'est à tort que l'administration a rehaussé son résultat imposable de l'exercice 2016 d'une somme de 102 167 euros correspondant à la différence entre le solde du compte " factures à établir " de l'exercice 2015 et les facturations comptabilisées en 2016 et d'une somme de 85 970 euros au titre de l'exercice clos en 2017 égale à la différence entre la variation du compte de stock 71335000 et le produit des travaux correspondants ;

- la seule inscription à l'actif de son bilan d'une grue dont la présence a été constatée sur un chantier ne se traduit pas par une augmentation de son actif net dès lors que l'acquisition de cet élément d'actif a nécessairement fait l'objet d'un paiement ;

- la seule circonstance que la facture d'un montant de 39 250 euros hors taxes émise par la société Nord Est Habitat ne corresponde à l'exécution d'aucune prestation ne suffit pas à la faire regarder comme fictive ;

- l'annulation de la rémunération versée à sa gérante, Mme E au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017, qui a été enregistrée en comptabilité, n'entraîne aucune variation d'actif ;

- la cession d'un camion de marque Volvo à M. D, qui est devenu titulaire du certificat d'immatriculation en 2015, ne peut fonder aucune rectification au titre de l'exercice 2017 ;

Sur la taxe sur la valeur ajoutée :

- l'application du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée ne peut être remise en cause au seul motif du défaut d'attestation dès lors que les travaux en cause y sont éligibles ;

- les factures ne comportant pas de mention de la taxe sur la valeur ajoutée correspondaient à des travaux immobiliers réalisés comme sous-traitant pour lesquels la taxe doit être autoliquidée par le preneur ;

- la somme de 30 000 euros portée au crédit du compte courant d'associé de M. A ne peut être soumise à la taxe sur la valeur ajoutée dès lors qu'aucune prestation de travaux n'a été réalisée pour Mme C et M. D ;

- le camion de marque Volvo avait été cédé en 2015 à M. D qui l'a revendu ;

- en tout état de cause, cette cession, qui concernait un bien d'occasion, n'était pas soumise à la taxe sur la valeur ajoutée ;

Sur les pénalités :

- les majorations pour manquement délibéré et pour manœuvres frauduleuses doivent être déchargées par voie de conséquence de la décharge des droits ;

Sur les distributions :

- une écriture de crédit d'un compte courant d'associé ne peut être regardée comme une distribution imposable sur le fondement du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2021, la directrice régionale des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

La directrice régionale des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin soutient que les moyens soulevés par la SARL STP ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F B,

- et les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL STP, qui a pour gérante majoritaire Mme E, réalise des travaux de maçonnerie et des aménagements extérieurs. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, étendue au 31 mai 2018 en matière de taxe sur la valeur ajoutée, à la suite de laquelle l'administration l'a assujettie à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période vérifiée et à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2015, 2016 et 2017 s'élevant, en droits et pénalités, à la somme totale de 277 263 euros. La société requérante doit être regardée comme demandant la décharge de ces impositions.

Sur la régularité de la comptabilité et la qualité de gérant de fait :

2. En premier lieu, si le vérificateur a constaté que la comptabilité de la SARL STP présentait des irrégularités qui l'ont conduit à estimer qu'elle n'était ni régulière, ni probante, il ne l'a pas écartée pour autant et a utilisé, dans le cadre de la procédure de rectification contradictoire, les propres données comptables de la société requérante. Par suite, alors d'ailleurs que la constatation d'une comptabilité non probante ne fait pas obstacle à ce que des éléments tirés de cette comptabilité soient retenus pour opérer des rectifications, la SARL STP ne peut utilement faire valoir que c'est à tort que l'administration a estimé que sa comptabilité n'était pas probante, cette contestation étant dépourvue de toute portée.

3. En second lieu, si la société requérante soutient que c'est à tort que le service a estimé que M. A était son gérant de fait, elle n'allègue ni n'établit que cette appréciation aurait une incidence sur la régularité ou le bien-fondé des impositions qu'elle critique. Par suite, ce moyen doit également être écarté comme inopérant.

Sur la taxe sur la valeur ajoutée :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. II. 1° Est considéré comme livraison d'un bien, le transfert du pouvoir de disposer d'un bien meuble corporel comme un propriétaire () IV. 1° Les opérations autres que celles qui sont définies au II, notamment la cession ou la concession de biens meubles incorporels, le fait de s'obliger à ne pas faire ou à tolérer un acte ou une situation, les opérations de façon, les travaux immobiliers et l'exécution des obligations du fiduciaire, sont considérés comme des prestations de services () ". Aux termes de l'article 269 du même code : " 1 Le fait générateur de la taxe se produit : a) Au moment où la livraison, l'acquisition intracommunautaire du bien ou la prestation de services est effectué ; () 2. La taxe est exigible : a) Pour les livraisons (), lors de la réalisation du fait générateur ; () c) Pour les prestations de services (), lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits ".

5. D'une part, il résulte de l'instruction que la SARL STP a facturé le 3 mars 2015 à Mme C et M. D des travaux de construction d'une maison d'habitation dans un lotissement situé à Kaltenhouse au prix toutes taxes comprises de 30 000 euros. Cette facture, qui n'a pas été enregistrée dans la comptabilité de la société requérante et n'a pas été incluse dans sa déclaration de chiffre d'affaires, lui a été payée le même jour par la banque de Mme C et M. D. La circonstance invoquée par la SARL STP que la même somme a été portée au crédit du compte courant d'associé de M. A est sans incidence sur le bien-fondé de l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée de la prestation de services rendue aux consorts C et D. Si la société requérante soutient que l'émission de cette facture, qui n'est pas, contrairement à ce qu'elle soutient, un simple devis, s'inscrivait dans le cadre d'un schéma, qui serait d'ailleurs frauduleux, en vue d'obtenir de la banque de Mme C, fille de sa gérante, un prêt pour des travaux inexistants, en tout état de cause, elle ne l'établit pas. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a soumis à la taxe sur la valeur ajoutée cette prestation de travaux en application des dispositions combinées des articles 256 et 269 du code général des impôts.

6. D'autre part, le vérificateur a constaté qu'un camion de marque Volvo appartenant à la SARL STP avait été cédé le 23 août 2017 à la société Strasbourg Véhicules Industriels (SVI) au prix toutes taxes comprises de 18 000 euros, la société n'ayant ni enregistré cette opération dans sa comptabilité, ni déclaré la taxe sur la valeur ajoutée correspondante. Si la société requérante soutient que ce véhicule avait été vendu en 2015 à M. D qui l'aurait revendu à la société SVI, les seules circonstances que la cession du véhicule aurait fait l'objet d'une facturation par M. D, qui a encaissé la somme, et que ce dernier aurait obtenu un certificat d'immatriculation en 2015 ne permettent pas d'établir que la société STP aurait cédé ce véhicule à M. D au cours de la même année. Si la SARL STP fait valoir que la cession de ce camion n'était pas soumise à la taxe sur la valeur ajoutée, s'agissant d'un véhicule d'occasion, l'administration soutient, sans être contredite, que son acquisition ayant été grevée d'une taxe sur la valeur ajoutée que la société a pu déduire, sa revente doit être assujettie à la taxe. Il s'ensuit que la société requérante n'est pas fondée à critiquer l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée de cette opération.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 279-0 du code général des impôts, dans ses rédactions applicables au litige : " 1. La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 10 % sur les travaux d'amélioration, de transformation, d'aménagement et d'entretien autres que ceux mentionnés à l'article 278-0 bis A portant sur des locaux à usage d'habitation, achevés depuis plus de deux ans, à l'exception de la part correspondant à la fourniture d'équipements ménagers ou mobiliers ou à l'acquisition de gros équipements fournis dans le cadre de travaux d'installation ou de remplacement du système de chauffage, des ascenseurs, de l'installation sanitaire ou de système de climatisation dont la liste est fixée par arrêté du ministre chargé du budget. 2. Par dérogation au 1, le taux prévu à l'article 278 s'applique aux travaux, réalisés sur une période de deux ans au plus : a) Qui concourent à la production d'un immeuble neuf au sens du 2° du 2 du I de l'article 257 ; b) A l'issue desquels la surface de plancher des locaux existants est augmentée de plus de 10 %. () 3. Le taux réduit prévu au 1 est applicable aux travaux facturés au propriétaire ou, le cas échéant, au syndicat de copropriétaires, au locataire, à l'occupant des locaux ou à leur représentant à condition que le preneur atteste que ces travaux se rapportent à des locaux d'habitation achevés depuis plus de deux ans et ne répondent pas aux conditions mentionnées au 2. Il est également applicable dans les mêmes conditions aux travaux réalisés par l'intermédiaire d'une société d'économie mixte intervenant comme tiers financeur. Le prestataire est tenu de conserver cette attestation à l'appui de sa comptabilité. Le preneur doit conserver copie de cette attestation, ainsi que les factures ou notes émises par les entreprises ayant réalisé des travaux jusqu'au 31 décembre de la cinquième année suivant la réalisation de ces travaux () ".

8. Il résulte de ces dispositions que l'application du taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée est soumis à la double condition que le preneur établisse, à la date du fait générateur de la taxe, ou au plus tard à celle de la facturation, une attestation selon laquelle les travaux effectués remplissent les conditions posées par cet article et que la personne qui réalise ces travaux, et qui établit la facturation, conserve cette attestation à l'appui de sa comptabilité.

9. Il résulte de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas contesté par la société requérante, qu'elle a appliqué le taux réduit prévu par l'article 279-0 bis du code général des impôts à la facturation de travaux, pour des montants totaux hors taxes de 39 013 euros en 2015, 59 545 euros en 2016 et 67 365 euros en 2017 alors que les clients correspondants ne lui avaient pas remis l'attestation exigée par cet article. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le service a remis en cause l'application du taux réduit aux travaux pour lesquels les preneurs n'avaient pas remis à la SARL STP l'attestation indiquant que ces travaux concernaient des locaux d'habitation achevés depuis plus de deux ans et ne relevaient pas des travaux mentionnés au 2 de l'article 279-0 bis du code général des impôts.

10. En dernier lieu, aux termes du 2 nonies de l'article 283 du code général des impôts : " Pour les travaux de construction, y compris ceux de réparation, de nettoyage, d'entretien, de transformation et de démolition effectués en relation avec un bien immobilier par une entreprise sous-traitante, au sens de l'article 1er de la loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance, pour le compte d'un preneur assujetti, la taxe est acquittée par le preneur ". Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1975 relative à la sous-traitance : " Au sens de la présente loi, la sous-traitance est l'opération par laquelle un entrepreneur confie par un sous-traité, et sous sa responsabilité, à une autre personne appelée sous-traitant l'exécution de tout ou partie du contrat d'entreprise ou d'une partie du marché public conclu avec le maître de l'ouvrage. ". Aux termes de l'article 3 de la même loi : " L'entrepreneur qui entend exécuter un contrat ou un marché en recourant à un ou plusieurs sous-traitants doit, au moment de la conclusion et pendant toute la durée du contrat ou du marché, faire accepter chaque sous-traitant et agréer les conditions de paiement de chaque contrat de sous-traitance par le maître de l'ouvrage ; l'entrepreneur principal est tenu de communiquer le ou les contrats de sous-traitance au maître de l'ouvrage lorsque celui-ci en fait la demande. " Aux termes de l'article 289 du code général des impôts : " I. - 1. Tout assujetti est tenu de s'assurer qu'une facture est émise, par lui-même, ou en son nom et pour son compte, par son client ou par un tiers : a. Pour les livraisons de biens ou les prestations de services qu'il effectue pour un autre assujetti, ou pour une personne morale non assujettie, et qui ne sont pas exonérées en application des articles 261 à 261 E () II. - Un décret en Conseil d'Etat fixe les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures. Ce décret détermine notamment les éléments d'identification des parties, les données concernant les biens livrés ou les services rendus et celles relatives à la détermination de la taxe sur la valeur ajoutée ". Enfin, aux termes de l'article 242 nonies A de l'annexe II au même code : " I. - Les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures en application du II de l'article 289 du code général des impôts sont les suivantes : () 13° Lorsque l'acquéreur ou le preneur est redevable de la taxe, la mention : " Autoliquidation " () ".

11. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.

12. Le vérificateur a constaté que la SARL STP a facturé des travaux d'un montant de 9 300 euros en 2016 et de 14 560 euros en 2017 sans mentionner la taxe sur la valeur ajoutée au motif qu'ils avaient été réalisés dans le cadre d'opérations de sous-traitance. Le service a soumis ces prestations à la taxe sur la valeur ajoutée en l'absence de justificatif de la réalité de la relation de sous-traitance. La société requérante n'établit pas, ni même n'allègue, que les factures en cause portait la mention " autoliquidation " exigée par les dispositions du 13° de l'article 242 nonies A du code général des impôts. Elle n'apporte pas non plus d'éléments de nature à démontrer l'existence de missions de sous-traitance. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'est pas redevable de la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux factures en litige.

Sur l'impôt sur les sociétés :

En ce qui concerne les produits :

13. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts, dont les dispositions sont applicables à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1 () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apports et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés () ".

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que c'est à bon droit que le service a inclus dans le résultat imposable de l'exercice 2015 le produit constitué par la prestation de 30 000 euros toutes taxes comprises, soit 25 000 euros hors taxes, facturée à Mme C et M. D. Pour les motifs exposés au point 6, le produit de la cession d'un véhicule utilitaire, au prix de 15 000 euros hors taxes, doit être réintégré au résultat imposable de l'exercice clos en 2017.

15. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas contesté par la SARL STP, qu'elle utilisait pendant la période vérifiée une grue de marque Potain dont l'acquisition n'a pas été enregistrée dans sa comptabilité et qui n'était pas inscrite dans ses immobilisations. C'est, dès lors, à bon droit que l'administration a inscrit à l'actif du bilan de l'exercice 2015 cette immobilisation, dont elle a estimé la valeur, en l'absence de tout justificatif de son prix d'acquisition, à la somme de 16 125 euros, correspondant au prix moyen d'équipements comparables sur le marché des grues d'occasion. Contrairement à ce que soutient la requérante, la réintégration à son actif de cette immobilisation conduit au rehaussement corrélatif de son résultat imposable. Si la société requérante soutient que ce rehaussement d'actif a été neutralisé par le versement du prix d'acquisition de l'immobilisation, elle n'assortit cette allégation d'aucune précision, notamment quant aux circonstances et aux conditions de cette acquisition, ni d'aucun commencement de preuve.

16. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme E, gérante statutaire de la SARL STP, a perçu des rémunérations s'élevant à 14 000 euros en 2015 et 24 000 euros en 2016 ainsi qu'en 2017. Ces rémunérations, qui avaient été accordées par l'assemblée générale des associés, ont été remises en cause par cet organe sans que Mme E les restitue. Toutefois, lesdites rémunérations, qui avaient été portées au débit d'un compte 644 " rémunération du travail de l'exploitant ", ont été contrepassées par l'inscription des mêmes sommes au crédit de ce compte par le débit du compte courant d'associé de M. A. Le service a estimé que la prise en charge par M. A de la dette de Mme E à l'égard de la SARL STP caractérisait l'abandon par M. A d'une créance de même montant sur la société.

17. Si la société requérante soutient que cette succession d'écritures n'a entraîné aucune variation d'actif, la dette de Mme E étant éteinte par l'inscription d'une dette de même montant au débit du compte courant d'un autre associé, elle n'apporte aucun élément précis ou probant de nature à établir l'existence du transfert à M. A de la dette de Mme E à l'égard de la SARL STP. Dans ces conditions, l'inscription des sommes en cause au débit du compte courant de M. A, qui éteint à due concurrence la créance de celui-ci sur la société résultant du solde créditeur de son compte courant, réalise un abandon de créance constitutif, pour la société, d'un produit exceptionnel du même montant. Si la société requérante fait valoir que la rectification critiquée ne peut suffire à révéler l'existence de distributions imposables à l'impôt sur le revenu entre les mains de Mme E ou de M. A, ce moyen, à le supposer même fondé, est, en tout état de cause, inopérant pour contester le bien-fondé du rehaussement de son résultat imposable à l'impôt sur les sociétés. C'est, par suite, à bon droit que le service a réintégré au résultat imposable des exercices 2015, 2016 et 2017 les produits exceptionnels correspondants.

18. En dernier lieu, le vérificateur a constaté que si la SARL STP avait soldé le compte 4181 " factures à établir " dans sa comptabilité de l'exercice 2016, les produits correspondants enregistrés en comptabilité aux comptes 7040 " travaux " et 7062 " prestations de services " ainsi qu'au compte 71335 " variation du stock des travaux en cours " présentaient une différence de 102 167 euros avec le total du compte 4181. Le service a aussi relevé que, dans la comptabilité de l'exercice 2017, les produits comptabilisés au compte 7040 " travaux " présentait une différence de 85 970 euros avec le solde débiteur du compte 71335 " variation du stock des travaux en cours ". Pour contester la réintégration à son résultat imposable des exercices clos en 2016 et 2017 des produits ainsi omis, la SARL STP se borne à contredire les constatations de l'administration en s'appuyant sur des extraits de sa comptabilité ne présentant aucune garantie de sincérité.

En ce qui concerne les charges :

19. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main-d'œuvre, le loyer des immeubles dont l'entreprise est locataire () ". Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite à l'administration, si elle s'y croit fondée, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

20. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.

21. Il résulte de l'instruction que la société Nord Est Habitat a facturé à la SARL STP le 20 décembre 2017, sous le libellé " Chantier Orée du bois ", des prestations de travaux d'un montant hors taxes de 39 250 euros. Le vérificateur a remis en cause la déduction de cette somme du résultat imposable de l'exercice clos en 2017 au motif que la réalité de la prestation facturée n'est pas établie, aucun justificatif des travaux ne lui ayant été présenté et la facture étant restée impayée. L'administration fait, en outre, valoir, qu'elle a pu constater, à l'occasion d'un contrôle de la société Nord Est Habitat que cette facture ne figurait pas dans la comptabilité de cette société. Si la SARL STP soutient que les travaux ont été exécutés, au moins partiellement ou de façon insatisfaisante, elle n'appuie cette allégation d'aucun commencement de preuve. Par suite, c'est à bon droit que le service a regardé la facture en litige comme fictive et a refusé la déduction de cette charge.

Sur les pénalités :

22. Il résulte de ce qui précède que la SARL STP n'est pas fondée à demander la décharge des pénalités qui lui ont été infligées par voie de conséquence de la décharge des droits de taxe sur la valeur ajoutée et d'impôt sur les sociétés qu'elle conteste.

23. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge des impositions en litige. Elle ne peut, dès lors, prétendre au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la SARL STP est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL STP et au directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 octobre 2022.

Le rapporteur,

C. B

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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