jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2106464 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CHAVKHALOV |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 20 septembre 2021 et 14 juin 2023, M. A C et son épouse Mme B D, représentés par Me Chavkhalov, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à leur verser la somme de 11 804 euros à titre d'indemnité en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison de l'absence de versement d'allocation pour demandeur d'asile pendant 324 jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 800 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Ils soutiennent que :
- l'illégalité de la décision non formalisée de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant suspension des conditions matérielles d'accueil du 1er septembre 2019 au 21 juillet 2020, annulée par un jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 25 février 2021, est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ; la décision expresse du 21 juillet 2020 portant également retrait des conditions matérielles d'accueil ne peut se substituer à la décision non formalisée en vertu du principe de non-rétroactivité des actes administratifs ;
- le lien de causalité entre cette faute et les préjudices qu'ils ont subis est établi ;
- le préjudice financier qu'ils ont subi en raison de l'interruption du versement de l'allocation pour demandeur d'asile s'élève à 6 804 euros ;
- le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence subis pendant près de onze mois doivent être indemnisés à hauteur de 5 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il était fondé à leur suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans la mesure où les requérants ont abandonné, sans motif légitime et en pleine connaissance des conséquences, le logement dont ils bénéficiaient dans un hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) à Saverne ;
- le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence dont se prévalent les intéressés ne sont pas établis ;
- en tout état de cause, les demandes d'asile des requérants ayant été définitivement rejetées par la Cour nationale du droit d'asile, tout comme leurs demandes de réexamens par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, ils ne peuvent plus prétendre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil depuis la fin du mois de novembre 2022.
Les requérants ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Strasbourg du 12 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Stéphane Dhers,
- les conclusions de M. Alexandre Therre, rapporteur public,
Considérant ce qui suit :
1. M. A C et Mme B D, respectivement ressortissants russe et géorgienne, sont entrés sur le territoire français accompagnés de leur fille de 5 ans. Ils ont bénéficié des conditions matérielles d'accueil à compter du dépôt de leurs demandes d'asile le 18 février 2019. Le 30 août suivant, les requérants ont accepté l'hébergement proposé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et ont été orientés vers l'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile de Saverne, logement qu'ils ont quitté le 2 septembre suivant. Le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, par conséquent, retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux requérants par une décision non formalisée qui a été annulée par un jugement du tribunal administratif du 25 février 2021. Par une décision écrite du 23 mars 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, à nouveau, refusé d'octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux requérants au motif qu'ils ne présentaient pas de motif valable à l'abandon du lieu d'hébergement. Par un courrier du 17 mai 2021, notifié le 19 mai suivant, les requérants ont demandé à l'Office de les indemniser à hauteur des préjudices qu'ils estiment avoir subis. Cette demande a été implicitement rejetée. Les requérants demandent au tribunal de condamner l'Office à leur verser la somme de 11 804 euros.
Sur la responsabilité de l'Office français de l'immigration et de l'intégration :
2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 744-7 de ce code : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement (). Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait () de quitter le lieu d'hébergement proposé () entraîne () le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () ". Aux termes de l'article L. 744-8 du même code : " La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil () est écrite et motivée () ".
3. D'autre part, lorsqu'une personne sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité d'une décision administrative irrégulière en la forme, il appartient au juge administratif de rechercher, en forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, si la même décision aurait pu légalement intervenir et aurait été prise, dans les circonstances de l'espèce, par l'autorité compétente. Dans le cas où il juge qu'une même décision aurait été prise par l'autorité compétente, le préjudice allégué ne peut alors être regardé comme la conséquence directe du vice de procédure qui entachait la décision administrative illégale.
4. Il résulte de l'instruction qu'après avoir bénéficié de l'information prévue par les dispositions précitées de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. C et Mme D ont pris possession de leur lieu d'hébergement le 30 août 2019 et l'ont quitté dès le 2 septembre suivant. En se bornant à faire valoir qu'ils sont partis " pour des raisons légitimes protégées par le secret médical ", ils n'apportent aucune justification à leur départ précipité. Ainsi, la décision leur retirant le bénéfice des conditions matérielles, qui a été annulée au motif qu'elle n'avait pas été écrite, aurait pu légalement être édictée sur le fondement de ces mêmes dispositions et il est en l'espèce constant que le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait pris une décision formalisée identique en se fondant sur le départ injustifié des requérants. Par suite, et sans qu'ils puissent utilement faire valoir que la décision expresse du 21 juillet 2020 portant également retrait de leurs conditions matérielles d'accueil ne peut se substituer à la décision annulée par le tribunal, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les préjudices dont ils sollicitent l'indemnisation sont la conséquence directe de l'illégalité de la décision annulée.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par
M. C et Mme D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. C et Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et Mme B D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dhers, président,
M. Biget, premier conseiller,
Mme Bronnenkant, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2023.
Le président-rapporteur,
S. Dhers
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
O. Biget
La greffière,
N. Adjacent
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026