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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2106732

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2106732

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2106732
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantGAULMIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er octobre 2021 et 28 mars 2022, Mme B C, représentée par Me Gaulmin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président de la collectivité européenne d'Alsace (CEA) a refusé de supprimer le ralentisseur sis 71-71 A Grand Rue à Rothau, et rejeté sa demande d'indemnisation préalable, à la suite de la lettre adressée le 16 mars 2021 ;

2°) de condamner la CEA à payer à Mme C la somme de 1 000 euros par mois à compter de mars 2021 et jusqu'à enlèvement complet du ralentisseur, au titre du préjudice subi ;

3°) de condamner la CEA à payer à Mme C la somme de 289,20 euros au titre des frais de constat d'huissier ;

4°) d'enjoindre à la CEA de supprimer le ralentisseur dans un délai n'excédant pas trois mois à compter du jugement à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de la CEA la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le ralentisseur n'est pas conforme à la réglementation prévue par le décret du 27 mai 1994 relatif aux caractéristiques et aux conditions de réalisation des ralentisseurs de type dos d'âne ou de type trapézoïdal dans la mesure où il constitue un ralentisseur non-conforme tel que visé par l'article 7 de l'annexe dudit décret ;

- le ralentisseur n'est pas conforme à la réglementation dès lors qu'il est isolé, en méconnaissance de l'article 1er de l'annexe du décret susmentionné ;

- l'implantation de ce ralentisseur est illégale, dès lors que la voie en cause supporte un trafic supérieur à 3 000 véhicules par jour en moyenne, dont un trafic de poids lourds supérieur à 300 véhicules en moyenne journalière annuelle et un trafic de transport public de personnes, en méconnaissance des articles 2 et 3 de l'annexe du décret susmentionné ;

- la hauteur du ralentisseur, qui atteint dix-neuf centimètres, sa longueur et ses rampes d'accès ne sont pas conformes aux normes applicables, et notamment à l'article 4.3 de la norme NF P 98-300 ;

-elle a subi un préjudice du fait des nuisances sonores et vibratoires engendrées par le ralentisseur ;

-la responsabilité pour faute et sans faute de la CEA peut être engagée ;

-le préjudice subi doit être évalué à 1 000 euros par mois à compter du mois de mars 2021 jusqu'à enlèvement du ralentisseur ;

-elle a subi un préjudice de 289,20 euros au titre des frais d'huissier.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 janvier et 26 avril 2022, la collectivité européenne d'Alsace conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

-le dispositif en place est un plateau surélevé et non un ralentisseur de type trapézoïdal ;

-il respecte les recommandations applicables à ce type d'ouvrage ;

-il est nécessaire afin d'abaisser la vitesse.

La procédure a été communiquée à la commune de Rothau qui n'a pas produit d'observations.

Par ordonnance du 1er septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 octobre 2022.

Par une lettre en date du 28 février 2023, la commune de Rothau a été invitée à produire, sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'arrêté fixant les limites de l'agglomération de Rothau sur le fondement de l'article R. 411-2 du code de la route.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Klipfel,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,

- les observations de Mme A, représentant la collectivité européenne d'Alsace.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C réside dans une maison située au 71 Grand Rue à Rothau. Un ralentisseur a été implanté sur le territoire de la commune en mars 2021 au niveau du 71 et 71 A Grand Rue à Rothau par la CEA, propriétaire de cette voie départementale. Imputant des désordres sonores et vibratoires au ralentisseur installé par la CEA, Mme C a saisi, par lettre du 16 mars 2021, le maire de la commune de Rothau d'une demande tendant, d'une part, à la suppression de ce ralentisseur et de tous les ralentisseurs de la commune non conformes aux normes édictées par le décret n° 94-447 du 27 mai 1994 et, d'autre part, à l'indemnisation de ses préjudices. S'estimant incompétent, ce dernier a informé Mme C, par une lettre du 12 avril 2021, que sa demande avait été transmise à la CEA. En l'absence de réponse de la CEA dans un délai de deux mois, une décision implicite de rejet est née. Par sa requête, Mme C demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de ses demandes, d'enjoindre à la CEA de supprimer le ralentisseur situé sur la voie départementale 71-71 A Grand Rue dans un délai n'excédant pas trois mois à compter du jugement à intervenir et de condamner la CEA à réparer ses préjudices.

Sur l'étendue du litige :

2. La décision implicite par laquelle la CEA a rejeté la demande indemnitaire préalable de Mme C et refusé de supprimer le ralentisseur en litige à la suite de la lettre du 12 avril 2021 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande. Dès lors, en formulant les conclusions susvisées, la requérante a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par conséquent, elle doit seulement être regardée comme ayant présenté des conclusions indemnitaires et à fin d'injonction contre la CEA.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute de la CEA :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 131-1 du code de la voirie routière : " Les voies qui font partie du domaine public routier départemental sont dénommées routes départementales. () ". L'article L. 131-2 du même code dispose : " () Les dépenses relatives à la construction, à l'aménagement et à l'entretien des routes départementales sont à la charge du département ". Par application de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et les voies de communication à l'intérieur des agglomérations (). ". Enfin, l'article L. 3221-4 du même code dispose : " Le président du conseil départemental gère le domaine du département. A ce titre, il exerce les pouvoirs de police afférents à cette gestion, notamment en ce qui concerne la circulation sur ce domaine, sous réserve des attributions dévolues au maire (). ".

4. Il résulte de ces dispositions que le département, en tant que propriétaire du domaine, est seul compétent pour opérer tous travaux d'aménagement ou d'entretien de son domaine routier, y compris à l'intérieur des agglomérations, dès lors que ces travaux ne privent pas de leur portée les compétences détenues par le maire au titre de ses pouvoirs de police de la circulation. Il résulte des mêmes dispositions que le maire d'une commune est seul compétent, dans le cadre de ses pouvoirs de police de la circulation, pour décider de la mise en place de dispositifs de ralentissement sur les routes départementales à l'intérieur de l'agglomération et sur le territoire de sa commune, dès lors que ces dispositifs n'ont ni pour objet, ni pour effet, de modifier l'assiette de la route départementale. Les dommages résultant de la mise en œuvre ou de l'absence de mise en œuvre de ces pouvoirs de police entraînent, le cas échéant, la responsabilité de la seule commune. Il suit de là que la responsabilité pour faute de la CEA ne peut être engagée en raison des dommages causés par la mise en place d'un dispositif de ralentissement.

En ce qui concerne la responsabilité sans faute de la CEA :

5. Le maître d'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages, qui présentent un caractère anormal et spécial, que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement.

6. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les désagréments causés par le ralentisseur en litige, à savoir du bruit et des vibrations, présentent un degré d'anormalité supérieur à ceux résultant du fait de vivre en bordure d'une route départementale très empruntée. Dans ces circonstances, il n'est pas établi que le dommage dont se prévaut la requérante présenterait un caractère anormal. Il s'ensuit que la responsabilité de la CEA ne peut être engagée sur ce fondement.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la collectivité européenne d'Alsace.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Duez-Gündel, conseiller,

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La rapporteure,

V. KLIPFEL

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, préfète de la région Grand Est en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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