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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2107283

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2107283

vendredi 18 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2107283
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSELARL SCHRECKENBERG & PARNIERE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n°2107283 et un mémoire enregistrés les 25 octobre 2021 et 20 octobre 2022, M. B C, représenté par Me Cal, demande :

1) de faire opposition à la contrainte n°2C14036829931 émise le 10 septembre 2021 par la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin pour le recouvrement d'un montant de 7361,57 euros d'indu d'aide au logement, de 152,47 euros pour la prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2018 et de 152,45 euros pour la prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2019 ;

2) d'annuler les décisions du 7 juillet 2021 de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin portant rejet de son recours administratif préalable du 24 avril 2021 ;

3) de débouter la caisse d'allocations familiales de ses demandes de remboursement ;

4) à titre subsidiaire, d'accorder une remise partielle de ses dettes ;

5) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin une somme de 2000 euros à verser à son avocat sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative et 37 de loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin a commis une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2022, la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête comme étant irrecevable.

II. Par une requête n°2200019 et un mémoire enregistrés les 3 janvier et 20 octobre 2022 , M. B C, représenté par Me Gal, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision du 23 mars 2021 de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin mettant à sa charge la somme de 15139,78 d'indu de revenu de solidarité active, de 7361,57 euros d'aide au logement ; de 152,57 euros de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2018 et de 152,45 euros de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2019 ;

2) d'annuler la décision du 17 juin 2021 par laquelle la collectivité européenne d'Alsace a mis à sa charge la somme de 15 139,78 correspondant à un trop-perçu de revenu de solidarité active ; de 152,57 euros de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2018 ; de 152,45 euros de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2019 ;

3) d'annuler la décision du 2 novembre 2021 mettant fin à la médiation ;

4) de le décharger de ses dettes ;

5) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin une somme de 2000 euros à verser à son avocat sur le fondement de l'article L 761-1 du code de justice administrative et 37 de loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que la collectivité européenne d'Alsace a commis une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 février 2022, la collectivité européenne d'Alsace conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 juin 2022, la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête comme étant non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique :

- le rapport de M. Simon, magistrat désigné ;

- les observations de Me Bonnarel substituant Me Gal, et représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°2107283 et n°2200019 sont relatives à la situation d'un même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de statuer par un seul jugement.

2. La caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin par la décision du 23 mars 2021 a mis à la charge de M. C la somme de 15139,78 d'indu de revenu de solidarité active, de 7361,57 euros d'aide au logement et de 152,57 euros d'indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2018 et 2019. Le requérant a fait un recours gracieux contre la décision relative au revenu de solidarité active devant la collectivité européenne d'Alsace qui a rejeté son recours par décision du 17 juin 2021. Par décision du 2 novembre 2021, la collectivité européenne d'Alsace a mis fin à la médiation. Par la requête n°2200019 le requérant demande l'annulation de la décision du 23 mars 2021 de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin, de la décision du 17 juin 2021 et du 2 novembre 2021 de la collectivité européenne d'Alsace.

3. Par une contrainte n°2C14036829931 émise le 10 septembre 2021 à l'encontre de M. C, la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin a mis en recouvrement la somme résiduelle de 7361,57 euros d'indu d'aide au logement, de 152,57 euros pour la prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2018 et de 152,45 euros pour la prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2019. Le requérant a également fait un recours administratif préalable contre ces dettes qui a été rejeté par la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin le 7 juillet 2021. Par la requête n°2107283, M. C forme opposition à cette contrainte et demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions en annulation de la décision du 2 novembre 2021 :

4. La décision du 2 novembre 2021 par laquelle la collectivité européenne d'Alsace met fin à la médiation n'est pas une décision qui fait grief à M. C. En conséquence, il n'est pas recevable à en demander l'annulation. Par suite la requête sur ce point est irrecevable et doit être rejetée.

Sur les conclusions en annulation de l'indu de revenu de solidarité active :

En ce qui concerne la décision du 23 mars 2021 de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin :

5. Aux termes de l'article L.262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental ".

6. Il est constant que le requérant a fait un recours administratif préalable auprès du président de la collectivité européenne d'Alsace, lequel a rejeté son recours par décision du 17 juin 2021. Il s'ensuit que la décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue nécessairement à la décision initiale et elle est seule susceptible d'être déférée devant le juge. Par suite, les conclusions de M. C à fin d'annulation de la décision de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin datée du 23 mars 2021 sont irrecevables et doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision du 17 juin 2021 du président de la collectivité européenne d'Alsace :

7. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". L'article R. 262-6 du même code précise également que : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer () ". De plus, en vertu de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". En vertu de l'article R.262-5 du même code est considérée comme résidant en France, la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois.

8. L'indu de revenu de solidarité active réclamé au requérant résulte du fait que M. C ne résidait pas en France pendant la période de mars 2018 à septembre 2020. Il résulte de l'instruction et du rapport d'enquête du 5 décembre 2020 de l'agent assermenté de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que le requérant ne résidait pas de façon permanente en France conformément aux dispositions sus rappelées. En effet il ressort, notamment, de ce rapport qu'il est inscrit au Registre des Français établis hors de France au Consulat de France en Algérie jusqu'en aout 2011, qu'il a été employé par CITAL, qui est une filiale d'Alstom en Algérie pendant la période du 19 mai 2013 au 7 mai 2014 et qu'il a régulièrement voyagé pendant tout ce temps avec son passeport algérien sur des périodes largement supérieures à trois mois cumulés et ce jusqu'en septembre 2020 au moins, aucune transaction financière n'ayant eu lieu sur ses comptes bancaires pendant cette période, sans en informer la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin. Si le requérant " conteste formellement les conclusions de cette enquête ", il n'apporte aucun élément de nature à démontrer que le rapport est erroné. Par suite la caisse a pu considérer qu'il ne résidait pas en France de façon permanente et qu'il n'avait pas droit au versement du revenu de solidarité active. En conséquence, il n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 17 juin 2021 de la collectivité européenne d'Alsace confirmant la décision de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin.

Sur les conclusions en annulation de l'indu d'aide au logement :

9. Aux termes de l'article 822-5 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ne sont dues qu'aux personnes payant un minimum de loyer, compte tenu de leurs ressources et de la valeur en capital de leur patrimoine, lorsque cette valeur est supérieure à un montant fixé par voie réglementaire. ". En vertu des dispositions de l'article R 822-23 du même code, la notion de résidence principale doit être entendue au sens du logement effectivement occupée au moins huit mois par an.

10. Il résulte de l'instruction et de ce qui a été dit au point n°8 que le requérant ne résidait pas en France et n'occupait pas son logement pendant 8 mois par an. Par suite la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin a pu considérer qu'il ne pouvait bénéficier de l'aide au logement pour le logement situé 20 rue Yourcenar à Strasbourg. Par suite, il n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 23 mars 2021 de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin sur ce point.

Sur les conclusions en annulation de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2018 et de 2019 :

11. En vertu des articles 3 du décret n° 2018-1150 du 14/12/2018 et du décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année aux bénéficiaires du revenu de solidarité active () une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre , ou, à défaut, du mois de décembre, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné au 2° de l'article L. 262-2 du même code.

12. Il résulte de ce qui a été dit au point n°8 que M. C ne pouvait prétendre au revenu de solidarité active pour le mois de novembre ou décembre 2018 et 2019. En conséquence, il n'était pas éligible à la prime exceptionnelle de fin d'année au titre de ces années. Par suite, il n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin du 23 mars 2021 sur ce point.

Sur les conclusions à fin d'opposition de la contrainte n°2C14036829931 :

13. Pour le recouvrement des sommes dues en vertu des articles L. 161-1-5 et R 133-3 du code de la sécurité sociale la caisse d'allocations familiales émet une contrainte qui, à défaut d'opposition devant le tribunal administratif dans les quinze jours à compter de sa signification ou de sa notification, pourra faire l'objet contre le débiteur et sans autre formalité, d'une exécution forcée.

14. Il résulte de l'instruction et ce qui a dit au point n°8 que M. C ne résidait pas en France de manière permanente pendant une longue période et ce jusqu'en septembre 2020. S'il fait valoir que les documents de la caisse d'allocations familiales ne contiennent pas une information intelligible sur ses obligations déclaratives, il ne le démontre pas. De plus, s'il fait valoir qu'il a droit à l'erreur, il résulte des éléments du dossier qu'il n'a pas fait d'erreur mais qu'il a bien eu une volonté de frauder la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales a rejeté son recours administratif préalable par décision du 7 juillet 2021 et qu'elle pouvait prendre la contrainte contre laquelle le requérant fait opposition. Par suite les conclusions en annulation des décisions du 7 juillet 2021 de la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin et de l'opposition à la contrainte doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de ces conclusions.

Sur les conclusions à fin de remise des dettes :

15. Il résulte de l'instruction que M. C n'a fait aucune demande de remise ni à la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin ni à la collectivité européenne d'Alsace. En l'absence de recours préalable devant l'administration le requérant n'est pas recevable à demander une remise gracieuse de ses dettes devant le tribunal. Par suite, ses conclusions sur ce point ne peuvent être que rejetées.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. C doivent être rejetées y compris, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes n°2107283 et n°2200019 de M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, à la caisse d'allocations familiales du Bas-Rhin et à la collectivité européenne d'Alsace.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

H. ALa greffière,

C. ADE

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, et à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui les concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,-2200019

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