mercredi 3 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2107332 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL DÉCOT - FAURE - PAQUET - SCHMIDT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2021, M. A, représenté par Me Faure, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 21.420,50 euros en réparation des préjudices extrapatrimoniaux qu'il estime avoir subis du fait de son accident de service survenu le 5 novembre 2015 et de sa rechute du 7 septembre 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 840 euros en remboursement des frais d'expertise ordonnée par le tribunal administratif ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2.000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'accident de service dont il a été victime le 5 novembre 2015 ouvre droit au versement d'une indemnité en réparation des préjudices corporels subis, l'administration ayant au surplus engagé sa responsabilité pour un défaut d'entretien du bâtiment à l'origine de sa
chute ;
- le préjudice lié au déficit fonctionnel temporaire peut être évalué à la somme de 1.920,50 euros ;
- le préjudice lié au déficit fonctionnel permanent peut être chiffré à la somme de 12.000 euros ;
- les souffrances endurées peuvent être évaluées à la somme de 5.000 euros ;
- le préjudice esthétique peut être indemnisé à hauteur de la somme de 500 euros ;
- le préjudice d'agrément peut être chiffré à la somme de 2.000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête en tant qu'elle excède la somme de 13.513 euros.
Il soutient que l'évaluation des préjudices doit être minorée.
La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Bas- Rhin, régulièrement appelée à la cause, n'a pas produit de mémoire en défense.
Par ordonnance du 27 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 20 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Vicard a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, agent technique affecté au 54ème régiment des transmissions de Haguenau où il exerce une activité de maintenance des équipements situés dans les hangars du régiment, a été victime d'une chute le 5 novembre 2015, lui ayant occasionné une lombo-sciatique compliquée d'une hernie lombo-discale à l'étage L5-S1. Par une décision du
14 avril 2016, le ministère de la défense a reconnu l'imputabilité au service de cet accident.
M. A a fait l'objet d'une rechute le 7 septembre 2017. Par une décision du 15 mars 2019, le ministère des armées a reconnu que cette rechute était en lien direct et certain avec l'accident de service du 5 novembre 2015. Par ordonnances en date des 15 mai 2019 et 21 mars 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Strasbourg a ordonné la prescription d'une mesure d'expertise médicale, aux fins d'évaluation des préjudices subis. L'expert a remis son rapport le 25 juin 2021.
2. Par un courrier du 6 août 2021, M. A a adressé à l'administration une demande indemnitaire préalable afin d'obtenir l'indemnisation de ses préjudices extrapatrimoniaux. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices extrapatrimoniaux qu'il estime avoir subis à la suite de l'accident de service du 5 novembre 2015 et de la rechute du 7 septembre 2017.
Sur la déclaration de jugement commun :
3. La caisse primaire d'assurance-maladie du Bas- Rhin, qui a été régulièrement mise en cause, s'est abstenue de produire dans la présence instance. En conséquence, le présent jugement doit lui être déclaré commun.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite et, pour les fonctionnaires affiliés à la caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, le II de l'article 119 de la loi du 26 janvier 1984 et les articles 30 et 31 du décret du 9 septembre 1965, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie professionnelle peut prétendre, au titre de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font cependant pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, distincts de l'atteinte à l'intégrité physique.
5. Il est constant que M. A a été victime, le 5 novembre 2015, d'un accident de service et d'une rechute le 7 septembre 2017, lui ayant occasionné une lombo-sciatique et une hernie lombo-discale à l'étage L5-S1 reconnues imputables au service. Il est donc fondé à solliciter une indemnité réparant les préjudices extrapatrimoniaux qu'il estime avoir subis, peu important que l'administration ait ou non commis une faute.
Sur les préjudices :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
6. M. A sollicite d'une part l'indemnisation d'un déficit fonctionnel temporaire partiel à hauteur de 10 % entre le 5 novembre 2015, date de l'accident de service, et le 1er septembre 2016, date de la reprise du travail à temps plein, d'autre part l'indemnisation d'un déficit fonctionnel temporaire total du 11 au 16 septembre 2017, enfin l'indemnisation d'un déficit fonctionnel temporaire partiel à hauteur de 10 % du 16 septembre 2017 au 6 janvier 2019, à raison de 23 euros par jour pour la période de déficit fonctionnel total et de 2,30 euros par jour pour les périodes de déficit fonctionnel partiel à 10 %.
7. Le rapport d'expertise judiciaire retient l'existence d'un déficit fonctionnel temporaire total du 11 au 16 septembre 2017, correspondant à l'hospitalisation de M. A pour une intervention chirurgicale réalisée le 11 septembre 2017, ainsi que l'existence d'un déficit fonctionnel temporaire partiel, évalué à 10%, du 16 septembre 2017 au 6 janvier 2019. Ces constatations médicales, relatives à la période postérieure à la rechute du 7 septembre 2017, ne sont contestées par aucune des parties. Par ailleurs, si l'expert ne s'est pas prononcé sur l'existence d'un déficit fonctionnel temporaire pour la période antérieure, soit entre les 5 novembre 2015 et 7 septembre 2017, il résulte de l'instruction, et notamment d'une décision de la ministre des armées en date du 14 novembre 2018 reproduite dans le rapport d'expertise médicale, qu'un taux d'incapacité partielle de 5% en relation avec l'accident initial doit être retenu pour la période comprise entre les 5 novembre 2015 et 1er septembre 2016. Au vu de ce qui précède, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à M. A, sur la base d'une indemnisation de 15 euros par jour pour un déficit fonctionnel temporaire total, de 1,50 euros par jour pour un déficit fonctionnel temporaire de 10% et de 0,75 euros par jour pour un déficit fonctionnel temporaire de 5%, la somme totale de 1.022 euros.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
8. Aux termes du rapport d'expertise, M. A présente " une lombalgie chronique sans déficit sensitivo-moteur, avec des douleurs intermittentes, nécessitant à la demande une thérapeutique appropriée, imposant la suppression d'efforts importants et/ ou prolongés, associés à une discrète raideur segmentaire (), voire une raideur active avec gêne douloureuse pour tous les mouvements, imposant une thérapeutique régulière ". L'expert évalue le taux du déficit fonctionnel permanent ainsi décrit à 8%. Eu égard à l'âge de M. A à la date de consolidation, il sera fait une juste appréciation de l'indemnité due au titre de ce préjudice en condamnant l'Etat à lui verser la somme de 10.000 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
9. Prenant en considération les douleurs de la sciatique, l'intervention chirurgicale, les nombreuses séances de rééducation ainsi que les douleurs chroniques ressenties pendant plusieurs mois, l'expert a évalué les souffrances endurées à 2,5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en allouant à M. A la somme de 2.700 euros.
S'agissant du préjudice esthétique :
10. L'expert évalue ce préjudice, constitué d'une cicatrice lombaire peu visible, à 0,5 sur une échelle de 7 et le qualifie de minime. Il sera fait une juste indemnisation de ce préjudice par l'octroi d'une somme de 450 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
11. Aux termes de son rapport, l'expert a retenu un ralentissement des activités physiques, notamment de jardinage. Si outre cette activité, M. A soutient avoir dû cesser la marche à pied et le vélo après l'accident de service dont il a été victime, il ne produit aucun élément de nature à établir la réalité de ces assertions, alors qu'il a indiqué à l'expert avoir cessé ses activités sportives deux années avant la survenance de l'accident de service. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice résultant de l'abandon de l'activité de jardinage, en lien direct avec l'accident de service, en l'évaluant à la somme de 500 euros.
12. Il résulte de ce qui précède qu'il y a seulement lieu de condamner l'Etat à verser à M. A la somme totale de 14.672 euros en réparation des préjudices qu'il a subis.
Sur les dépens de l'instance :
13. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / (). ".
14. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais d'expertises, taxés et liquidés à la somme globale de 840 euros toutes taxes comprises par une ordonnance du
30 juillet 2021, à la charge définitive de l'Etat.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative :
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1.500 euros au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie du Bas- Rhin.
Article 2: L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 14.672 euros en réparation des préjudices extrapatrimoniaux subis à la suite de son accident de service du 5 novembre 2015 et de sa rechute du 7 septembre 2017.
Article 3 : Les frais d'expertises, taxés et liquidés à la somme de 840 euros toutes taxes comprises par une ordonnance du 30 juillet 2021 du juge des référés du tribunal sont mis à la charge de l'Etat.
Article 4 : L'Etat versera à M. A une somme de 1.500 euros en application des dispositions de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6: Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre des armées et à la caisse primaire d'assurance maladie du Bas- Rhin.
Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Dulmet, présidente,
Mme Jordan-Selva, première conseillère,
Mme Vicard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2023.
La rapporteure,
C. VICARD
La présidente,
A. DULMET
Le greffier,
S. BRONNER
La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026