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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2107614

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2107614

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2107614
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJuge Unique
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2021, M. B C, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision du 15 juillet 2021 par laquelle la collectivité européenne d'Alsace a rejeté son recours administratif préalable à l'égard de la décision de suspension du revenu de solidarité active ;

2) d'enjoindre à la collectivité européenne d'Alsace de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3) d'assortir cette injonction d'une astreinte ;

4) de mettre à la charge de la collectivité européenne d'Alsace la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- l'auteur de la décision de rejet ne justifie d'aucune délégation de compétence ou de signature régulièrement publiée ;

- la décision méconnaît les dispositions des article L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles en ce que la commission de recours amiable n'a pas été saisie, ce qui l'a privé d'une garantie de la collégialité de cette instance ;

- les décisions ne sont pas motivées en droit et en fait ; il n'a pas reçu les conclusions du contrôleur ; la décision a été prise en méconnaissance de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est travailleur handicapé et il lui est reproché son manque d'investissement dans son retour à l'emploi ; la Collectivité européenne d'Alsace a commis une erreur de droit et d'appréciation ; les décisions sont sans fondement.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2022, la collectivité européenne d'Alsace conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions tendant à l'annulation des décisions de suspension pendant trois mois puis de radiation du revenu de solidarité active sont irrecevables en l'absence de recours administratif préalable ;

- les conclusions dirigées contre la décision du 18 février 2021 sont irrecevables puisque la décision du 15 juillet 2021 s'est substituée à elle ;

- les moyens tendant à l'incompétence, au défaut de motivation et à l'irrégularité de la procédure suivie sont inopérants ; à titre subsidiaire, ils seront écartés ;

- il n'a pas respecté les termes de son contrat d'engagements réciproques renouvelé le 23 octobre 2020 en n'élargissant pas ses recherches d'emploi à tous types d'emplois et en particulier dans le domaine de l'insertion par l'activité économique ; il n'a pas fourni de motif légitime de nature à justifier le non-respect de ses obligations ; un nouveau contrat a été établi le 25 février 2021 et sa demande de mainlevée de la sanction a été rejetée ; un nouveau contrat a été signé le 31 mai 2021 et sa demande de mainlevée a été rejetée le 9 juin 2021 car il a continué à postuler sur des postes difficilement accessibles pour lui, un nouveau contrat a été signé le 28 juin 2021 et la demande de mainlevée a été rejetée le 30 juin suivant ; il a été sensibilisé à de nombreuses reprises de la nécessité d'adapter sa recherche d'emploi et de veiller à une corrélation entre son profil et les compétences recherchées par les futurs employeurs ; sa demande de révision a été rejetée le 15 juillet 2021.

- les conclusions aux fins d'injonction seront dès lors rejetées.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Haut-Rhin conclut à sa mise hors de cause.

Elle fait valoir que le litige ne portant que sur le revenu de solidarité active, il relève de la seule compétence de la collectivité européenne d'Alsace.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 27 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a ouvert un droit au revenu de solidarité active à compter du 1er juillet 2012 et il a été radié le 31 août 2021. Par un courrier du 13 janvier 2021, il a été informé de ce qu'il était proposé une réduction de 80 % pendant un mois de son allocation de revenu de solidarité active du fait de non-respect de son contrat d'engagements réciproques (CER). Il a fait part de ses observations lors d'une entrevue le 16 février 2021 et la sanction de réduction de 80 % pendant un mois de l'allocation de revenu de solidarité active lui a été notifiée le 18 février 2021. Par une décision du 27 avril 2021, il a été prononcé la suspension du revenu de solidarité active pendant trois mois. Par une décision du 15 juillet 2021, la Collectivité européenne d'Alsace a rejeté son recours préalable. Le 11 août 2021, il a été radié de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active. M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 15 juillet 2021 qui s'est substituée à celle du 18 février 2021.

Sur les fins de non-recevoir soulevées par la Collectivité européenne d'Alsace :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental (). ".

3. A supposer que la requête de M. C puisse être interprétée comme dirigée également contre les décisions des 27 avril 2021 le suspendant pendant trois mois de son allocation revenu de solidarité active et du 11 août 2021 le radiant de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active, de telles conclusions seraient irrecevables, la réclamation préalable obligatoire formée le 22 mars 2021, antérieure à ces décisions, ne saurait les couvrir.

Sur les conclusions en annulation de la décision du 15 juillet 2021 :

4. Aux termes de l'article L. 262-37 de ce code prévoit : " Sauf décision prise au regard de la situation particulière du bénéficiaire, le versement du revenu de solidarité active est suspendu, en tout ou partie, par le président du conseil départemental : / 1° Lorsque, du fait du bénéficiaire et sans motif légitime, le projet personnalisé d'accès à l'emploi ou l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas établis dans les délais prévus ou ne sont pas renouvelés ; / 2° Lorsque, sans motif légitime, les dispositions du projet personnalisé d'accès à l'emploi ou les stipulations de l'un des contrats mentionnés aux articles L. 262-35 et L. 262-36 ne sont pas respectées par le bénéficiaire ; 2° Lorsque, sans motif légitime, les dispositions du projet personnalisé d'accès à l'emploi ou les stipulations de l'un des contrats mentionnés aux articles L.262-35 et L. 262-36 ne sont pas respectées par le bénéficiaire () ()4° Ou lorsque le bénéficiaire refuse de se soumettre aux contrôles prévus par le présent chapitre. / Cette suspension ne peut intervenir sans que le bénéficiaire, assisté à sa demande par une personne de son choix, ait été mis en mesure de faire connaître ses observations aux équipes pluridisciplinaires mentionnées à l'article L. 262-39 dans un délai qui ne peut excéder un mois. " et aux termes de l'article R. 262-69 du même code : " Lorsque le président du conseil départemental envisage de réduire ou suspendre en tout ou partie le revenu de solidarité active en application de l'article L. 262-37, il en informe l'intéressé par courrier en lui indiquant les motifs pour lesquels il engage cette procédure et les conséquences qu'elle peut avoir pour lui./L'intéressé est invité à présenter ses observations à l'équipe pluridisciplinaire compétente dans un délai maximum d'un mois à compter de la date de notification de ce courrier. Il est informé de la possibilité d'être entendu par l'équipe pluridisciplinaire et, à l'occasion de cette audition, d'être assisté de la personne de son choix. ".

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision, d'un défaut éventuel de motivation et d'irrégularité de la procédure sont inopérants et doivent être rejetés.

7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. C, reconnu travailleur handicapé, est bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis 2012 et n'a plus exercé d'activité professionnelle depuis 2014. A compter du 27 juin 2018, il a été orienté vers la structure ALEOS pour assurer son accompagnement. Dans le cadre du renouvellement de son contrat d'engagements réciproques pour la période du 1er novembre 2020 au 31 janvier 2021, il lui a été demandé d'orienter ses recherches d'emploi vers le secteur de l'insertion par l'activité économique dès lors que ses démarches dans son domaine en lien avec son profil d'automaticien, informatique ou le commerce n'ont pas abouti. Constatant que ses démarches d'élargissement du champ des recherches n'étaient pas réalisées, l'équipe pluridisciplinaire a considéré le non-respect desdits engagements.

8. M. C fait valoir que la qualité de travailleur handicapé est un motif légitime rendant difficile son retour à l'emploi alors qu'il effectue de nombreuses démarches.

9. Toutefois, si l'intéressé est reconnu travailleur handicapé en dernier lieu depuis le 30 avril 2020, il n'exerce plus d'activité professionnelle depuis 2014 et ne démontre pas avoir mis à jour ses connaissances et ses compétences sur les postes auxquels il postule quand bien même il aurait exercé les compétences d'automaticien. Il ne produit aucun élément permettant d'apprécier l'incidence de son handicap et à supposer même que certains emplois proposés par les structures d'insertion par l'économique seraient incompatibles avec son handicap, il n'en rapporte pas la preuve. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation que la Collectivité européenne d'Alsace pouvait prendre à l'encontre de M. C une décision de réduction à 80 % de son revenu de solidarité active pendant une durée d'un mois.

10. Par suite, M. C n'est pas fondé à contester la décision du 15 juillet 2021 réduisant son revenu de solidarité active pendant une durée d'un mois. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la collectivité européenne d'Alsace. Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Haut-Rhin.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

La magistrate désignée,

M-L. A

La greffière,

C. ADE

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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