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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2107679

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2107679

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2107679
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL LEONEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 novembre 2021 et 8 février 2023, la société Koch et associés, ès qualités de mandataire liquidateur de la société Cristini, représentée par Me Llorens, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement les sociétés Artech Concept et TPF Ingénierie à lui verser la somme globale de 32 882,95 euros hors taxes (HT), soit 39 459,54 euros toutes taxes comprises (TTC), assortie des intérêts au taux légal à compter du 28 mai 2020 et de leur capitalisation ;

2°) de mettre à la charge solidaire des sociétés Artech Concept et TPF Ingénierie la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les sociétés Artech Concept et TPF Ingénierie sont responsables, sur un fondement quasi-délictuel, des préjudices causés par l'erreur de conception commise par leur sous-traitant, sous leur contrôle, dans l'élaboration des plans EXE ;

- elle a pris des mesures conservatoires suite au décoffrage des pare-soleil, pour un montant de 10 328 euros HT soit 12 393,60 euros TTC ;

- elle a procédé à la démolition des pare-soleil pour un montant de 16 252 euros HT soit 19 502,40 euros TTC ;

- elle a exposé des frais liés à la réalisation de travaux de reprise dus à des erreurs sur les plans EXE et les plans d'architecte, pour un montant de 6 302,95 euros HT soit 7 563,54 euros TTC.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 mars et 18 mai 2022 et le 2 mars 2023, la société Artech Concept, représentée par Me Colbus, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à la condamnation de la société TPF Ingénierie à la garantir de l'intégralité des sommes mises à sa charge ;

3°) à titre plus subsidiaire, à ce que sa propre part de responsabilité n'excède pas 15% ;

4°) en tout état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Koch et associés, ès qualités de mandataire liquidateur de la société Cristini, ou de la société TPF Ingénierie, in solidum le cas échéant, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable faute d'intérêt de la requérante pour agir à son encontre ;

- les sommes exposées au titre des mesures conservatoires et de la démolition des pare-soleil ont été prises en compte dans le décompte général et définitif du marché liant la requérante au maître de l'ouvrage et ne peuvent plus faire l'objet d'une indemnisation ;

- le préjudice tiré des frais de travaux de reprise n'est pas établi ;

- à titre subsidiaire, la société Artech Concept n'a commis aucune faute ;

- la requérante, tiers au contrat de maîtrise d'œuvre, ne peut se prévaloir d'aucune solidarité de la société Artech Concept avec les autres membres du groupement de maîtrise d'œuvre ;

- la société TPF Ingénierie est seule responsable des fautes commises par son sous-traitant et responsable vis-à-vis de la société Artech Concept sur un fondement contractuel.

Par ordonnance du 3 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au jour-même, en application du dernier alinéa de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

La procédure a été communiquée à la société TPF Ingénierie, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dobry,

- les conclusions de Mme Merri, rapporteure publique,

- les observations de Me Guy-Favier, substituant Me Llorens, représentant la société Koch et associés ;

- les observations de Me Corneux, substituant Me Colbus, représentant la société Artech Concept.

La société TPF Ingénierie n'était ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte d'engagement du 15 janvier 2013, l'office public de l'habitat (OPH) Metz Habitat territoire a confié à un groupement composé de la société Artech Concept et de la société Lavalin, à laquelle a ultérieurement été substituée la société TFP Ingénierie, la maîtrise d'œuvre d'un projet de construction de logements à Metz. Dans le cadre de la mission EXE attribuée à la maîtrise d'œuvre, la société TPF Ingénierie a sous-traité à la société Adam Structures l'élaboration des plans d'exécution par contrat du 15 décembre 2015. La société Cristini, aux droits de laquelle vient la société Koch et associés en sa qualité de mandataire liquidateur, s'est quant à elle vu attribuer par l'OPH le lot n° 1 " clos et couvert " du marché de travaux portant sur la construction des logements. Par la présente requête, la société Koch et associés demande à être indemnisée par les membres du groupement de maîtrise d'œuvre de divers coûts engagés par la société Cristini pendant le chantier, rendus nécessaires selon elle par des fautes de la maîtrise d'œuvre.

Sur la demande d'indemnisation du coût des mesures conservatoires et de la démolition des pare-soleil en béton :

En ce qui concerne la faute :

2. Il résulte de l'instruction que huit pare-soleil en béton ont été installés sur l'un des bâtiments du projet de construction de logements, et que certains d'entre eux ont commencé à se décaisser en cours de chantier moins d'un mois après leur construction. La société Cristini a dû alors prendre des mesures conservatoires puis procéder à la démolition des pare-soleil, pour des montants respectifs de 10 328 et 16 252 euros HT. L'expert judiciaire désigné à la demande de l'OPH par le tribunal judiciaire de Metz, dans son rapport final du 24 avril 2021, a conclu à une erreur de conception dans les plans d'exécution.

3. Il se déduit de la circonstance même que la société TPF Ingénierie a sous-traité l'élaboration des plans d'exécution qu'elle était, au sein du groupement de maîtrise d'œuvre, en charge de cette mission. Or, en manquant à l'obligation de contrôle qui s'imposait à elle vis-à-vis de son sous-traitant et en fournissant des plans contenant une erreur de conception, la société TPF a commis des fautes dans l'exécution de son contrat de maîtrise d'œuvre, dont la société requérante, tiers au contrat, est fondée à se prévaloir sur un fondement quasi-délictuel.

4. En revanche, il résulte de ce qui précède que la faute de la société Artech Concept, qui n'était pas en charge de l'élaboration des plans d'exécution, n'est pas établie.

5. Par suite, la requérante est seulement fondée à invoquer la responsabilité quasi-délictuelle de la société TPF Ingénierie.

En ce qui concerne le préjudice :

6. Il résulte de l'instruction que le décompte général adressé par le maître de l'ouvrage à la société Cristini le 25 juin 2021, devenu définitif faute de réclamation par cette dernière, met à la charge du maître de l'ouvrage au titre de travaux supplémentaires les montants à présent demandés au titre des travaux de sécurisation puis de démolition des pare-soleil. Ce décompte présentant un solde négatif, il implique nécessairement que l'ensemble des sommes dues au titulaire en exécution du marché ont déjà été réglées. Dès lors, il ne peut qu'être constaté que les sommes de 10 328 euros HT et 16 252 euros HT demandées par la requérante au titre des mesures conservatoires et de la démolition des pare-soleil ont déjà été réglées à la société Cristini. Son mandataire liquidateur ne peut dès lors prétendre une nouvelle fois à leur indemnisation.

Sur la demande de remboursement du montant de la facture n° 1907 07 du 21 octobre 2019 :

7. D'une part, la facture émise par la société Cristini le 21 octobre 2019 ne présente aucun lien avec les manquements relatifs aux pare-soleil constatés au point 3. D'autre part, la requérante se borne à faire valoir que les travaux de " modification " qui y sont mentionnés résultent nécessairement d'une faute de la maîtrise d'œuvre. La seule circonstance que des modifications aient été requises ne permet toutefois pas par elle-même de conclure à une faute de la maîtrise d'œuvre. Dès lors, la requérante, qui n'établit ainsi aucune faute, n'est pas fondée à demander le remboursement du montant de cette facture.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir de la société Artech Concept, que les conclusions à fin d'indemnisation doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les sociétés Artech Concept et TPF Ingénierie, qui ne sont pas dans la présente instance les parties perdantes, versent à la société Koch et associés, ès qualités de mandataire liquidateur de la société Cristini, les sommes que celle-ci réclament au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

10. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la société Koch et associés, ès qualités de mandataire liquidateur de la société Cristini, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société Artech Concept et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Koch et associés, ès qualités de mandataire liquidateur de la société Cristini, est rejetée.

Article 2 : La société Koch et associés, ès qualités de mandataire liquidateur de la société Cristini, versera à la société Artech Concept une somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la société Artech Concept est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Koch et associés, ès qualités de mandataire liquidateur de la société Cristini, à la société Artech Concept et à la société TPF Ingénierie.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Dobry, conseillère,

Mme Poittevin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La rapporteure,

S. DOBRY

Le président,

P. REES La greffière,

V. IMMELÉ

La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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