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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2107929

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2107929

jeudi 25 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2107929
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL VIVALDI AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par des requêtes et des mémoires complémentaires, enregistrés sous les nos 2107929 et 2107930, les 19 novembre 2021 et 30 mars 2022, le Groupement de coopération sociale et médico-sociale " L'Accueil familial du Bas-Rhin ", pris en la personne de son administrateur en exercice, représenté par Me Bazin, demande au tribunal :

1°) de requalifier en contrat administratif les contrats de bail commercial conclus le 10 novembre 2015 (lot n°26 et n°27) avec M. et Mme A B ;

2°) à titre principal : de prononcer l'annulation desdits contrats ;

3°) à titre subsidiaire : de réduire tant la durée desdits contrats que le montant du loyer qu'ils prévoient.

Le Groupement soutient :

- que les contrats de bail commercial conclu le 10 novembre 2015 avec M. et Mme A B ne constituent pas des baux commerciaux, ne relevant ni des dispositions de l'article L. 145-1 du code de commerce ni de celles de l'article L. 145-2 dudit code, mais présentent le caractère de contrats administratifs, dès lors que sont remplis les critères organique et matériel des contrats administratifs (la finalité du contrat étant d'assurer l'exécution d'une mission de service public, et le bailleur participant à cette exécution) ;

- à titre principal : que les contrats en cause, dûment qualifiés de contrats administratifs, doivent être annulés en raison des vices suivants :

* manquement au devoir d'information des représentants des communes membres au sein du Groupement ;

* absence de cause du contrat ;

* méconnaissance des règles de publicité et de mise en concurrence, applicables aux contrats de la commande publique.

- à titre subsidiaire : que si les contrats en cause, dûment qualifiés de contrats administratifs, devaient ne pas être annulés, il y aurait alors lieu pour le juge de procéder à une révision du montant du loyer prévu par lesdits contrats et d'en réduire la durée ainsi que, en tout état de cause, de déclarer non écrite la clause de l'article 4 des contrats en tant qu'elle ne prévoit pas, au profit du preneur, de droit de résiliation unilatérale pour motif d'intérêt général.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 mars 2022, M. et Mme A B, représentés par Me Delfly, opposent principalement l'incompétence du juge administratif pour connaître de la présente requête, subsidiairement concluent, à titre reconventionnel, à la condamnation du Groupement de coopération sociale et médico-sociale " L'Accueil familial du Bas-Rhin " au paiement soit de la somme de 32 082,60 euros, avec intérêts légaux à compter du 21 mai 2021 et capitalisation des intérêts, au titre de l'exécution des contrats litigieux s'ils devaient être qualifiés d'administratifs, soit de la somme

de 211 752 euros hors taxes au titre de l'enrichissement sans cause si les contrats litigieux, qualifiés d'administratifs, devaient être annulés, et en tout état de cause à la mise à la charge du Groupement de coopération sociale et médico-sociale " L'Accueil familial du Bas-Rhin " d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent :

- à titre principal : que la juridiction administrative est incompétente pour connaître des contrats de bail litigieux conclu avec le Groupement requérant, qui présentent le caractère de contrats de droit privé, par application de l'article L. 145-2 du code de commerce, selon la volonté des parties contractantes, ainsi qu'en raison de leur nature : les contrats ne comportent aucune prestation de service que le Groupement leur aurait déléguée et ne comportent pas davantage de clause exorbitante du droit commun ;

- à titre subsidiaire : d'une part, que les moyens soulevés par le Groupement requérant à l'encontre des contrats litigieux ne sont pas fondés et que l'intérêt général s'oppose en tout état de cause à leur annulation et, d'autre part, qu'ils sont fondés à demander, sur le fondement contractuel, si les contrats litigieux devaient être qualifiés d'administratifs, la somme de 32 082,60 euros ;

- à titre infiniment subsidiaire : qu'ils sont fondés à demander, sur le fondement de l'enrichissement sans cause, la somme de 211 752 euros hors taxes si les contrats litigieux, qualifiés d'administratifs, devaient être annulés.

La clôture d'instruction a été fixée au 31 mars 2022 à 12 h 00 par ordonnances du 4 février 2022, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juillet 2022 :

- le rapport de M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président ;

- les conclusions de Mme Dulmet, rapporteure publique ;

- et les observations de :

* Me Nogaret, pour le Groupement de coopération sociale et médico-sociale " L'Accueil familial du Bas-Rhin ",

* Me Sarrazin, pour M. et Mme B.

Une note en délibéré, présentée pour le Groupement de coopération sociale et médico-sociale " L'Accueil familial du Bas-Rhin ", a été enregistrée le 7 juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par contrats en date du 10 novembre 2015, M. et Mme A B ont conclu un bail commercial avec le Groupement de coopération sociale et médico-sociale

(ci-après, GCSMS) " L'Accueil familial du Bas-Rhin ", personne morale de droit public, prévoyant, aux termes de l'article 5, que les locaux objets du bail (lots n°26 et n°27) seront exclusivement destinés à l'exercice par le preneur d'une activité d'accueil familial salarié de personnes âgées ou handicapées, conformément aux articles L. 444-1 à L. 444-9 du code de l'action sociale et des familles, le preneur devant être agrée aux fins d'exercice de cette activité. Par les requêtes n° 2107929 et n° 2107930, C familial du

Bas-Rhin " demande au tribunal, d'une part de requalifier en contrats administratifs les contrats de bail commercial susmentionnés et d'autre part, à titre principal, de prononcer l'annulation desdits contrats, et à titre subsidiaire de réduire tant la durée desdits contrats que le montant du loyer qu'ils prévoient.

2. Les requêtes nos 2107929 et 2107930 du GCSMS " L'Accueil familial du

Bas-Rhin " présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a, dès lors, lieu de les joindre pour qu'il y soit statuer par un seul jugement.

Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :

3. En premier lieu, il est constant que les parties contractantes aux contrats du 10 novembre 2015 liant M. et Mme B et C familial du

Bas-Rhin " ont qualifié ces contrats de bail commercial.

4. En second lieu, un contrat passé par un groupement de coopération sociale ou médico-sociale peut toutefois revêtir le caractère d'un contrat administratif, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit un tel groupement est une personne morale de droit public, soit qu'il fasse participer le cocontractant à l'exécution du service public ou porte sur la gestion même du service public, soit qu'à défaut, il comporte une clause exorbitante du droit commun.

En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le fonctionnement du GCSMS " L'Accueil familial du Bas-Rhin " repose sur la prise à bail auprès de propriétaires privés tels que M. et Mme B de logements construits par un promoteur immobilier et acquis en l'état futur d'achèvement, puis sur la sous-location desdits logements à des personnes âgées bénéficiant d'un service public d'accueil familial dans le cadre des articles

L. 444-1 à L. 444-9 du code de l'action sociale et des familles, les accueillants étant

eux-mêmes salariés du GCSMS. Dans ce cadre, les contrats de bail conclus entre le GCSMS et les propriétaires privés des logements en cause n'ont ni pour objet ni pour effet de faire participer directement ces propriétaires à l'exécution du service public, mais seulement de permettre au GCSMS d'assurer les besoins du service. Ainsi conclus seulement pour les besoins du service public, les contrats en cause ne comportent en outre pas de clauses exorbitantes du droit commun, telles que, par exemple, un pouvoir de résiliation unilatérale de la personne publique. Par suite, les contrats litigieux doivent être regardés comme des contrats de droit privé, dont la juridiction administrative est, dès lors, incompétente pour en connaitre, ainsi que le font valoir à bon droit les défendeurs à l'instance.

Sur les frais d'instance :

5. Une somme de 1 000 euros est mise à la charge du GCSMS " L'Accueil familial du Bas-Rhin ", au profit de M. et Mme B, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentes par C familial du Bas-Rhin " sur le même fondement sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : Les requêtes nos 2107929 et 2107930 du Groupement de coopération sociale et médico-sociale " L'Accueil familial du Bas-Rhin " sont rejetées.

Article 2 : Le Groupement de coopération sociale et médico-sociale " L'Accueil familial du Bas-Rhin " versera une somme de 1 000 (mille) euros à M. et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au Groupement de coopération sociale et médico-sociale " L'Accueil familial du Bas-Rhin " et à M. et Mme A B.

Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Silvestre-Toussaint-Fortesa, président,

M. Boutot, premier conseiller,

Mme Merri, première conseillère,

Rendu public, par mise à disposition au greffe, le 25 août 2022.

Le président-rapporteur,

F. SILVESTRE-TOUSSAINT-FORTESA

La greffière,

M-C. SCHMIDTL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

L. BOUTOT

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Marie-Claude SCHMIDT

Nos 2107929,

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