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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2108015

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2108015

vendredi 6 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2108015
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantPAPIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2021, M. B A et Mme C A, représentés par Me Arab, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Eurométropole de Strasbourg à leur verser une somme de 15 000 euros en réparation des préjudices subis à la suite des travaux de réaménagement de la voirie et des canalisations effectués dans la rue du Château à Wolfisheim (Bas-Rhin) ;

2°) de mettre à la charge de l'Eurométropole de Strasbourg une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- depuis la réalisation des travaux de voirie en 2009 sous maîtrise d'ouvrage de la communauté urbaine de Strasbourg, ils ont subi des dommages résultant d'infiltrations d'eau dans les murs de leur propriété ;

- les infiltrations ont cessé avec la reprise intégrale du bitume de la voirie en novembre 2019, démontrant ainsi le lien de causalité entre les travaux et les dommages ;

- ils ont engagé une somme de 10 000 euros au titre des frais de justice ;

- ils ont subi un préjudice moral qui peut être évalué à 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2022, l'Eurométropole de Strasbourg, représentée par Me Papin, conclut au rejet de la requête ainsi qu'à la mise à la charge des requérants d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le lien de causalité entre les travaux publics en litige et les désordres impactant la propriété des requérants n'est pas établi ;

- les préjudices allégués ne sont pas établis.

Par ordonnance du 1er septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 septembre 2022.

Une pièce a été demandée aux requérants par l'intermédiaire de leur conseil par une lettre du 9 novembre 2022, sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative. Cette pièce a été enregistrée le 10 novembre 2022 et a été communiquée sur le fondement des mêmes dispositions.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,

- et les observations de Me Arab, représentant M. et Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A sont propriétaires d'une maison d'habitation située 11 rue du château à Wolfisheim (Bas-Rhin) qu'ils ont rénovée en 2005. En 2009, la communauté urbaine de Strasbourg, devenue l'Eurométropole de Strasbourg, a entrepris des travaux de réaménagement de la voirie et des canalisations dans la rue du Château. Par une lettre du 10 novembre 2009 adressée à la commune de Wolfisheim, M. et Mme A ont mis en cause la qualité des travaux d'enrobé réalisés en faisant valoir que l'eau s'infiltrait dans le bitume et endommageait les enduits des murs de leur habitation en remontant par capillarité. Par une ordonnance du 28 février 2014, le juge des référés du tribunal a désigné un expert qui a rendu son rapport le 20 août 2015. Ce rapport préconisait de réparer les scellements défectueux de certains des pavés constituant le caniveau et de procéder à des injections de silicone au droit de la façade de la propriété de M. et Mme A. Les travaux de réfection préconisés par l'expert ont été effectués en mars et en novembre 2019. Par une lettre du 30 octobre 2020, M. et Mme A ont présenté à l'Eurométropole de Strasbourg une demande tendant à l'indemnisation des préjudices causés à leur bien et qu'ils estiment imputables aux travaux susmentionnés réalisés en 2009. Cette demande a été rejetée par lettre du 24 novembre 2020. Par leur requête, les époux A sollicitent l'indemnisation de leur préjudice.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Il appartient à la victime d'un dommage de travaux publics, qu'elle dispose de la qualité de tiers ou de celle d'usager, d'apporter la preuve du lien de causalité entre, d'une part, l'ouvrage public ou les travaux publics en litige et, d'autre part, le dommage dont elle se prévaut.

3. En l'espèce, il résulte de l'instruction que plusieurs murs de la propriété des époux A présentent, dans leur partie basse, des traces d'humidité et des écaillages de peinture qui proviennent d'une remontée d'eau par capillarité. Les requérants soutiennent que ces désordres sont directement liés à la réfection de la voirie réalisée en 2009 et en particulier à la porosité de l'enrobé posé au droit de leur habitation. Il résulte toutefois de l'instruction, notamment de l'expertise du 20 août 2015 ordonnée par le tribunal en référé, que la couche d'enrobé posée en 2009 par l'Eurométropole de Strasbourg doit être regardée comme imperméable dès lors que son pourcentage de vides, évalué sur deux carottes prélevées en décembre 2009, est inférieur à 9%. En outre, l'expert précise que l'eau versée sur l'enrobé ne s'infiltre pas et ruisselle vers la file de pavés formant le caniveau. Par ailleurs, il résulte de l'expertise que les désordres invoqués par M. et Mme A trouvent en réalité leur origine dans l'utilisation de matériaux propices aux remontées capillaires pour la construction des anciens murs et des fondations de leur propriété. L'expert relève à cet égard que les photographies prises avant les travaux de 2009 faisaient déjà apparaître des taches d'humidité et que ce phénomène devait même exister avant les travaux de rénovation entrepris par les requérants en 2005, mais sous une forme réduite et non apparente grâce, notamment, à la respiration des anciens murs et à la configuration des anciens sols. Par ailleurs, si M. et Mme A se prévalent des travaux préconisés par l'expertise du 20 août 2015 et réalisés par l'Eurométropole de Strasbourg en mars et en novembre 2019, il résulte de l'instruction que ces travaux ne visaient pas à remédier aux désordres impactant leur propriété, mais seulement à finaliser l'opération de travaux publics engagée en 2009. Enfin, si M. et Mme A produisent à l'instance un rapport d'expertise du 4 août 2011 qu'ils ont sollicité d'un cabinet d'architectes et qui constate que l'eau projetée sur le bitume au droit de leur propriété s'infiltre dans le revêtement, il résulte toutefois de l'expertise du 20 août 2015 ordonnée par le tribunal que l'eau ne s'infiltre que lorsqu'elle est versée sur les fentes en bordure de l'enrobé et en limite du seuil de la maison, et non lorsqu'elle est versée sur l'enrobé lui-même. L'expert précise que " ces fentes sont très peu ouvertes " et que " les quantités d'eau pluviale susceptibles de s'infiltrer à ce niveau par les projections depuis la chaussée sont négligeables ". Dans ces circonstances, et alors au demeurant que la seule lettre du 31 juillet 2019 de la société Saretec n'est pas suffisante pour établir que les désordres invoqués auraient cessé depuis la réalisation des travaux préconisés par l'expertise, M. et Mme A n'établissent pas l'existence d'un lien de causalité direct et certain entre les préjudices dont ils se prévalent et les travaux publics réalisés en 2009 par l'Eurométropole de Strasbourg.

4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées doivent être rejetées.

Sur les dépens de l'instance :

5. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

6. En l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise du 20 août 2015, taxés et liquidés à la somme de 2 756,49 euros par une ordonnance du 21 octobre 2015 de la présidente du tribunal, à la charge définitive de M. et Mme A.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. D'une part, les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Eurométropole de Strasbourg, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants une somme au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. et Mme A est rejetée.

Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 2 756,49 euros (deux mille sept cent cinquante-six euros et quarante-neuf centimes) par une ordonnance de la présidente du tribunal du 21 octobre 2015, sont mis à la charge de M. et Mme A.

Article 3 : Les conclusions présentées par l'Eurométropole de Strasbourg en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A en application du dernier alinéa de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à l'Eurométropole de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Duez-Gündel, conseiller

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023.

Le rapporteur,

C. D

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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