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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2108402

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2108402

mercredi 1 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2108402
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAMBERT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 décembre 2021 et 17 octobre 2022 sous le n° 2108402, la commune d'Algolsheim, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et associés, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner : la société Horis Thirode à lui verser les sommes de 15 007,33 euros TTC et 5 515 euros TTC, augmentées des intérêts de droit et de leur capitalisation à chaque date anniversaire à compter de l'introduction de sa requête ; les sociétés IG consultant, Perspectives et Bellucci, solidairement, à lui verser les sommes de 7 503,66 euros TTC et 2 757,50 euros TTC, augmentées des intérêts de droit et de leur capitalisation à chaque date anniversaire à compter de l'introduction de sa requête ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement les sociétés IG consultant, Perspectives et Bellucci à lui verser la somme de 25 268,50 euros TTC, augmentée des intérêts de droit et de leur capitalisation à chaque date anniversaire à compter de l'introduction de sa requête ;

3°) de mettre à la charge des constructeurs la somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les désordres affectant les trois groupes froids de la salle des fêtes sont de nature à rendre cet ouvrage impropre à sa destination ; ils sont imputables aux sociétés IG consultant, Perspectives et Bellucci, qui forment le groupement de maîtrise d'œuvre ayant conçu et dirigé les travaux, et à la société Horis Thirode, qui a fourni et installé les équipements frigorifiques en cause ; dès lors, ces désordres engagent la responsabilité décennale de ces constructeurs ;

- subsidiairement, les désordres en litige engagent la responsabilité contractuelle des maîtres d'œuvre, qui ont manqué à leur obligation de conseil lors des opérations de réception des travaux ;

- le coût des travaux de reprise a été évalué à la somme de 22 511 euros TTC par l'expert judiciaire ; il doit être mis à la charge de la société Horis Thirode à hauteur de 2/3, et à la charge des maîtres d'œuvre pour le 1/3 restant ;

- les frais et honoraires de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 8 272,50 euros TTC, doivent être répartis de la même manière entre les constructeurs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2022, la société IG consultant, représentée par la SARL Lambert et associés, demande au tribunal :

1°) de rejeter les conclusions dirigées par la commune d'Algolsheim à son encontre ;

2°) subsidiairement, de limiter sa part de responsabilité à 10 %, de limiter le montant des condamnations mises à sa charge à 2 251,10 euros TTC ou, à défaut, 7 503,66 euros TTC, et de ne pas mettre à sa charge le remboursement des frais d'expertise ;

3°) de condamner solidairement les sociétés Horis Thirode, Perspectives et Bellucci à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;

4°) de mettre à la charge solidaire de la commune d'Algolsheim et de toute partie perdante la somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- sa responsabilité décennale n'est pas engagée, dès lors que les désordres dont se prévaut la commune ne sont pas de nature décennale ;

- sa responsabilité contractuelle n'est pas engagée, en l'absence de démonstration d'une faute qui lui serait imputable ;

- à titre subsidiaire, compte tenu des fautes commises par la société Horis Thirode, qui a modifié le positionnement des groupes frigorifiques, et la société Perspectives, qui a donné l'ordre de modifier ce positionnement, sa part de responsabilité ne saurait

excéder 10 % ;

- à titre subsidiaire, la condamnation mise à sa charge ne saurait excéder

2 251,10 euros TTC ou, à défaut, 7 503,66 euros TTC ;

- la demande de remboursement des frais d'expertise doit être rejetée, dès lors que ces derniers ne peuvent être indemnisés qu'au titre des dépens et ne peuvent pas faire l'objet d'une condamnation distincte ;

- compte tenu des fautes relevées par l'expert, les sociétés Horis Thirode, Perspectives et Bellucci doivent la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, les sociétés Perspectives et Bellucci, représentées par Me André, demandent au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter les conclusions dirigées par la commune d'Algolsheim à leur encontre, ainsi que les appels en garantie dont ils font l'objet, et de mettre à la charge de la commune d'Algolsheim la somme de 1 500 euros à verser à chacune d'entre elles en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire, de rejeter les appels en garantie dirigés à leur encontre, de condamner les sociétés Horis Thirode et IG consultant à les garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre, et de mettre solidairement à leur charge la somme de 1 500 euros à verser à chacune d'entre elles en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- leur responsabilité décennale n'est pas engagée, dès lors que : les désordres dont se prévaut la commune ne sont pas de nature décennale ; les désordres ne leur sont pas imputables ;

- leur responsabilité contractuelle n'est pas engagée, dès lors que : les désordres ne pouvaient pas être décelés lors des opérations de réception ; le décompte du marché de maîtrise d'œuvre a été accepté sans réserve, ce qui interdit à la commune d'invoquer un manquement à leur obligation de conseil ;

- subsidiairement, les désordres résultent de fautes des sociétés Horis Thirode et IG consultant qui, dès lors, doivent les garantir de toute condamnation.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 décembre 2021 et

5 septembre 2022, sous le n° 2108403, la commune d'Algolsheim, représentée par la SELARL Soler-Couteaux et associés, demande au juge des référés du tribunal, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :

1°) de condamner la société Horis Thirode à lui verser, à titre de provision, les sommes de 15 007,33 euros TTC et 5 515 euros TTC, et les sociétés IG consultant, Perspectives et Bellucci, solidairement, à lui verser, à titre de provision, les sommes de 7 503,66 euros TTC et 2 757,50 euros TTC, chacune augmentées des intérêts de droit et de leur capitalisation à chaque date anniversaire à compter de l'introduction de sa requête ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement les sociétés IG consultant, Perspectives et Bellucci à lui verser, à titre de provision, la somme de 25 268,50 euros TTC, augmentée des intérêts de droit et de leur capitalisation à chaque date anniversaire à compter de l'introduction de sa requête ;

3°) de mettre à la charge des constructeurs la somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les désordres affectant les trois groupes froids de la salle des fêtes sont de nature à rendre cet ouvrage impropre à sa destination ; ils sont imputables aux sociétés IG consultant, Perspectives et Bellucci, qui forment le groupement de maîtrise d'œuvre ayant conçu et dirigé les travaux, et à la société Horis Thirode, qui a fourni et installé les équipements frigorifiques en cause ; dès lors, ces désordres engagent la responsabilité décennale de ces derniers ;

- subsidiairement, les désordres en litige engagent la responsabilité contractuelle des maîtres d'œuvre, qui ont manqué à leur obligation de conseil lors des opérations de réception des travaux ;

- le coût des travaux de reprise a été évalué à la somme de 22 511 euros TTC par l'expert judiciaire ; il doit être mis à la charge de la société Horis Thirode à hauteur de 2/3, et à la charge des maîtres d'œuvre pour le 1/3 restant ;

- les frais et honoraires de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 8 272,50 euros TTC, doivent être répartis de la même manière entre les constructeurs.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2022, la société Horis Thirode, représentée par la SELARL Le Discorde-Deleau, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter la requête ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner les sociétés IG consultant, Perspectives et Bellucci à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre, et de rejeter les appels en garantie dirigés contre elle ;

3°) de condamner la commune d'Algolsheim à lui verser la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les désordres ne sont pas de nature décennale, dès lors qu'ils affectent des éléments d'équipements dissociables de l'ouvrage et ne rendent pas ce dernier impropre à sa destination dans son ensemble ;

- il n'est pas établi qu'ils lui sont imputables, dès lors que, préalablement aux constats de l'expert, des sociétés tierces ont apporté des modifications aux chambres froides ; ils sont exclusivement imputables à un défaut de conception par l'architecte ;

- subsidiairement, les sociétés IG consultant, Perspectives et Bellucci doivent la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;

- très subsidiairement, les sociétés IG consultant, Perspectives et Bellucci ne sont pas fondées à l'appeler en garantie en cas de condamnation au titre de leur responsabilité contractuelle pour manquement à leur obligation de conseil lors des opérations de réception.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2022, la société IG consultant, représentée par la SARL Lambert et associés, demande au tribunal :

1°) de rejeter les conclusions dirigées par la commune d'Algolsheim à son encontre ;

2°) subsidiairement, de limiter sa part de responsabilité à 1/3 et le montant des condamnations mises à sa charge à 7 503,66 euros TTC, et de ne pas mettre à sa charge le remboursement des frais d'expertise ;

3°) de condamner solidairement les sociétés Horis Thirode, Perspectives et Bellucci à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre ;

4°) de mettre à la charge solidaire de la commune d'Algolsheim et de toute partie perdante la somme de 1 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- sa responsabilité décennale n'est pas engagée, dès lors que les désordres dont se prévaut la commune ne sont pas de nature décennale ;

- sa responsabilité contractuelle n'est pas engagée, en l'absence de démonstration d'une faute qui lui serait imputable ;

- à titre subsidiaire, sa quote-part de responsabilité ne saurait excéder 1/3 et la condamnation mise à sa charge ne saurait excéder 7 503,66 euros TTC ;

- la demande de remboursement des frais d'expertise n'est pas recevable, dès lors qu'il n'appartient pas au juge des référés de remettre en cause la désignation de la partie à la charge de laquelle ces frais ont été mis par l'ordonnance de taxation ;

- compte tenu des fautes relevées par l'expert, les sociétés Horis Thirode, Perspectives et Bellucci doivent la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, les sociétés Perspectives et Bellucci, représentées par Me André, demandent au tribunal :

1°) à titre principal, de rejeter les conclusions dirigées par la commune d'Algolsheim à leur encontre, ainsi que les appels en garantie dont ils font l'objet, et de mettre à la charge de la commune d'Algolsheim la somme de 1 500 euros à verser à chacune d'entre elles en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire, de rejeter les appels en garantie des sociétés Horis Thirode et IG consultant, de condamner chacune de ces dernières à les garantir de toute condamnation prononcée à leur encontre, et de mettre solidairement à leur charge la somme de 1 500 euros à verser à chacune d'entre elles en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- leur responsabilité décennale n'est pas engagée, dès lors que les désordres dont se prévaut la commune ne sont pas de nature décennale et ne leur sont pas imputables ;

- leur responsabilité contractuelle n'est pas engagée, dès lors que le plan d'exécution des travaux litigieux a été validé par la IG consultant seule ;

- subsidiairement, les désordres résultent de fautes commises par les sociétés Horis Thirode et IG consultant qui, dès lors, doivent les garantir de toute condamnation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 janvier 2023 :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Boutot, rapporteur public,

- et les observations de :

* M B, représentant la commune d'Agolsheim,

* Me Metzger, substituant Me Deleau, représentant la société Horis Thirode,

* Me André, représentant les sociétés Perspectives et Belluci.

Considérant ce qui suit :

1. En 2011, la commune d'Algolsheim a confié la maîtrise d'œuvre d'une opération de construction d'une salle des fêtes, d'un dépôt d'incendie et d'un atelier communal à un groupement solidaire composé, notamment, des sociétés Perspectives, mandataire,

IG consultant et Bellucci. L'année suivante, la commune a conclu avec la société Horis Thirode un marché de travaux relatif au lot n° 18 " équipement de cuisine ", qui comportait notamment la mise en œuvre, la fourniture et l'installation d'une chambre froide négative et de deux chambres froides positives dans la salle des fêtes. La réception des travaux de ce lot a été prononcée le 20 décembre 2013, assortie de réserves qui ont été levées le 7 février 2014. La commune d'Algolsheim recherche, à titre principal, la responsabilité décennale des maîtres d'œuvre et de la société Horis Thirode, et à titre subsidiaire, la responsabilité contractuelle des seuls maîtres d'œuvre, à raison des dysfonctionnements qui, dès le mois de mars 2014, ont affecté les chambres froides de la salle des fêtes.

2. Les requêtes susvisées, nos 2108402 et 2108403, tendent à la condamnation des constructeurs, respectivement au fond et à titre de provision, sur le fondement de l'article

R. 541-1 du code de justice administrative, à raison des mêmes chefs de préjudice et des mêmes dépens. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions de la requête n° 2108402 :

En ce qui concerne les conclusions de la commune d'Algolsheim :

S'agissant des conclusions indemnitaires fondées sur la responsabilité décennale des constructeurs :

3. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. La responsabilité décennale du constructeur peut être recherchée pour des dommages survenus sur des éléments d'équipement dissociables de l'ouvrage s'ils rendent cet ouvrage lui-même impropre à sa destination.

Quant à la nature des désordres :

4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise judiciaire déposé le 22 septembre 2021, que les équipements frigorifiques permettant de réguler la température dans chacune des chambres froides de la salle des fêtes ne peuvent fonctionner normalement que s'ils sont installés dans un lieu bénéficiant d'une ventilation suffisante. Or, ils n'ont pas été installés à l'extérieur du bâtiment, comme le prévoyait le cahier des clauses techniques particulières et le préconise le constructeur, mais dans un local technique insuffisamment ventilé. En raison de ce positionnement inadéquat, ils tombent en panne de façon continue en cas d'utilisation pendant plusieurs jours ou semaines, et ne peuvent ainsi pas remplir leur fonction de manière pérenne. S'il est constant que ces équipements sont dissociables de l'ouvrage que constitue la salle des fêtes, il résulte de l'instruction, en particulier du cahier des clauses techniques particulières du lot n° 18, que la salle des fêtes est équipée d'une cuisine en vue d'y permettre une activité de restauration pour des réceptions pouvant accueillir jusqu'à 300 convives. Les chambres froides de la salle des fêtes sont indispensables au fonctionnement de cette cuisine, dès lors qu'elles ont pour fonction de garantir la chaîne du froid en assurant le maintien au froid des denrées alimentaires. En rendant impossible l'organisation de manifestations nécessitant le maintien au froid des denrées alimentaires, les dysfonctionnements affectant les chambres froides contrarient ainsi l'une des finalités de l'ouvrage. Dans ces conditions, et alors même que, par ailleurs, la salle des fêtes demeure utilisable, et est utilisée, pour de nombreuses autres manifestations ne requérant pas l'utilisation de ses chambres froides, les désordres affectant ces dernières sont de nature à la rendre, dans son ensemble, impropre à sa destination.

Quant à l'imputabilité des désordres :

5. En premier lieu, la société Horis Thirode a fourni et installé les équipements frigorifiques à l'origine des désordres en litige. De ce seul fait, ces désordres lui sont imputables.

6. En second lieu, il résulte de l'instruction que le groupement composé, notamment, des sociétés Perspectives, IG consultant et Bellucci était investi d'une mission complète de maîtrise d'œuvre. Il incombait donc au groupement de concevoir et diriger l'exécution des travaux du lot n° 18.

7. Les sociétés Perspectives et Bellucci font valoir que les désordres sont uniquement imputables à la société IG consultant, aux motifs qu'au sein du groupement de maîtrise d'œuvre, elle était seule compétente pour des équipements frigorifiques et qu'elle seule a validé les plans d'exécution de la société Horis Thirode prévoyant leur installation dans le local technique et non à l'extérieur du bâtiment. Toutefois, en l'absence de stipulations contraires, les entreprises qui s'engagent solidairement envers le maître de l'ouvrage à réaliser une opération de construction s'engagent solidairement non seulement à exécuter les travaux, mais encore à réparer les malfaçons susceptibles de rendre l'immeuble impropre à sa destination, dont les constructeurs, en vertu des principes rappelés au point 3, sont responsables à l'égard du maître de l'ouvrage. Un constructeur ne peut échapper à sa responsabilité solidaire avec les autres entreprises co-contractantes, au motif qu'il n'a pas réellement participé aux travaux affectés de malfaçons, que si une convention, à laquelle le maître de l'ouvrage est partie, fixe la part qui lui revient dans l'exécution des travaux. Il ressort de l'acte d'engagement du marché de maîtrise d'œuvre que l'engagement souscrit par le groupement de maîtrise d'œuvre envers le maître d'ouvrage est solidaire. Les sociétés Perspectives et Bellucci ne se prévalent d'aucune convention, à laquelle la commune serait partie, prévoyant qu'au sein de leur groupement, la société IG consultant était seule chargée de la maîtrise d'œuvre complète des travaux de la société Horis Thirode.

8. Pour les mêmes raisons, la société IG consultant n'est pas fondée, vis-à-vis de la commune, à se prévaloir de ce que le positionnement des équipements frigorifiques dans le local technique aurait été décidé par la société Perspectives et qu'elle n'aurait fait que se conformer à cette décision.

9. Il résulte de ce qui précède que les désordres en litige sont imputables tant à la société IG consultant, qu'aux sociétés Perspectives et Bellucci, et que la commune d'Algolsheim est fondée à soutenir que leur responsabilité décennale est engagée à son égard.

Quant aux préjudices :

10. L'expert a estimé le coût des travaux nécessaires pour remédier aux désordres en litige à la somme totale de 22 511 euros TTC. En l'absence de contestation de ce montant et de tout élément permettant de le remettre en cause, il y a lieu de le retenir.

Quant à la répartition de la charge de la réparation, sollicitée par la commune à titre principal :

11. Il résulte de l'instruction que l'installation des équipements frigorifiques en litige dans un local technique insuffisamment ventilé, à l'origine des désordres en litige, résulte d'un " plan de cuisine " établi le 24 mai 2012 par la société Horis Thirode. Bien que non conforme aux préconisations du constructeur et aux prescriptions du cahier des clauses techniques particulières du lot n° 18, dont l'article 5.2 stipule que " les groupes frigorifiques seront placés à l'extérieur, en façade ", et dépourvu d'information sur le débit d'air à extraire et sur la ventilation du local technique, ce plan a été validé par la maîtrise d'œuvre. Selon l'expert, la responsabilité des désordres en litige incombe à hauteur de 2/3 à la société Horis Thirode, ce qui laisse une part de responsabilité de 1/3 à la maîtrise d'œuvre.

Au regard de ce qui précède, il sera fait une juste appréciation des responsabilités respectives de l'entreprise et des maîtres d'œuvre en retenant la répartition proposée par l'expert, laquelle n'est du reste pas discutée par les intéressés.

12. Il résulte de ce qui précède que la commune d'Algolsheim est fondée à demander, au titre des travaux de reprise, la condamnation de la société Horis Thirode à lui verser la somme de de 15 007,33 euros TTC, et la condamnation solidaire des sociétés IG consultant, Perspectives et Bellucci à lui verser la somme de 7 503,66 euros TTC.

S'agissant des dépens :

13. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

14. Par ordonnance du 25 octobre 2021, les frais et honoraires de l'expertise judiciaire ont été liquidés et taxés à la somme de 8 272,50 euros TTC et mis à la charge de la commune d'Algolsheim. Cette dernière doit être regardée comme se bornant à demander, en application des dispositions précitées, qu'ils soient mis à la charge des constructeurs et que ceux-ci soient condamnés à les lui rembourser.

15. Il résulte de ce qui précède que les sociétés Horis Thirode, IG consultant, Perspectives et Bellucci sont les parties perdantes à la présente instance. En l'absence de dispositions ou de circonstances particulières, la commune est fondée à demander que les frais et honoraires de l'expertise judiciaire soient mis définitivement à leur charge. Compte tenu du partage de responsabilités fixé au point 11, elle est fondée à demander la condamnation de la société Horis Thirode à lui rembourser la somme de 5 515 euros TTC et celle, solidaire, des sociétés IG consultant, Perspectives et Bellucci à lui rembourser la somme de 2 757,50 euros TTC.

S'agissant des intérêts de retard :

16. En premier lieu, les intérêts au taux légal commençant à courir à compter de la demande de paiement, la commune est fondée à demander que ces intérêts soient appliqués aux sommes mentionnées aux points 12 et 15 à compter de la date d'introduction de sa requête, le 8 décembre 2021.

17. En second lieu, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.

18. La capitalisation des intérêts a été demandée par la requérante

le 8 décembre 2021, date à laquelle ces intérêts ont seulement commencé à courir. Ces intérêts sont toutefois dus pour au moins une année entière depuis le 8 décembre 2022. Par suite, la requérante est fondée à demander la capitalisation des intérêts échus à la date

du 8 décembre 2022 et à chaque échéance annuelle ultérieure.

S'agissant des frais de l'instance non compris dans les dépens :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de la société Horis Thirode et la somme de 1 000 euros à la charge des sociétés IG consultant, Perspectives et Bellucci, en application des mêmes dispositions.

En ce qui concerne les conclusions des autres parties :

S'agissant des appels en garantie :

20. En premier lieu, les sociétés IG consultant, Perspectives et Bellucci n'étant condamnées qu'à hauteur de la part de responsabilité de leur groupement solidaire dans les désordres en litige, aucune d'entre elles n'est fondée à appeler en garantie la société Horis Thirode.

21. En deuxième lieu, même si cela n'a pas été fixé dans une convention conclue avec le maître d'ouvrage, il résulte de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas contesté, que la société IG consultant, unique spécialiste de la conception de cuisines au sein du groupement, était seule chargée de la maîtrise d'œuvre du lot n° 18, dont elle a rédigé le cahier des clauses techniques particulières et dirigé l'exécution des travaux. Dès lors, en autorisant la société Horis Thirode à installer les équipements frigorifiques dans un local technique dont la ventilation insuffisante les empêchait de fonctionner normalement, la société IG consultant a commis une faute de nature à engager sa responsabilité vis-à-vis de ses cotraitantes au sein du groupement de maîtrise d'œuvre.

22. La société IG consultant soutient que le positionnement des équipements frigorifiques dans le local technique aurait été décidé par la société Perspectives et qu'elle n'aurait fait que se conformer à cette décision, mais aucun élément du dossier ne permet de vérifier ces allégations, qui sont contestées par la société Perspectives. Quant à la société Bellucci, il n'est même pas soutenu qu'elle aurait commis une quelconque faute en lien avec les désordres en litige.

23. Il s'ensuit que les sociétés Perspectives et Bellucci sont fondées à demander la condamnation de la société IG consultant à les garantir entièrement de toute condamnation prononcée à leur encontre. Inversement, les appels en garantie de la société IG consultant dirigés contre les sociétés Perspectives et Bellucci doivent être rejetés.

S'agissant des frais de l'instance :

24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés Perspectives et Bellucci une somme à verser à la société IG consultant, les premières n'étant pas les parties perdantes vis-à-vis de la seconde. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société

IG consultant une somme de 1 000 euros à verser à chacune des sociétés Perspectives et Bellucci. En revanche, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société Horis Thirode une somme à leur verser en application de ces dispositions.

Sur les conclusions de la requête n° 2108403 :

25. Il résulte de l'instruction que les sommes demandées par la commune d'Algolsheim à titre de provision dans le cadre de la requête n° 2108403 correspondent aux mêmes préjudices que ceux dont elle demande réparation au fond dans le cadre de la requête n° 2108402. Dès lors que le présent jugement se prononce sur le fond du litige relatif à l'indemnisation de ces préjudices, il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de provisions.

26. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, les appels en garantie des sociétés Horis Thirode, IG consultant, Perspectives et Bellucci sont sans objet et ne peuvent qu'être rejetés.

27. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2108403 tendant à l'octroi de provisions.

Article 2 : La société Horis Thirode est condamnée à payer à la commune d'Algolsheim la somme de 15 007,33 € (quinze mille sept euros et trente-trois cents) TTC à titre d'indemnisation et à lui rembourser la somme de 5 515 (cinq mille cinq cent quinze) euros TTC au titre des frais d'expertise. Ces sommes seront augmentées des intérêts au taux légal à compter du 8 décembre 2021. Ces intérêts seront capitalisés le 8 décembre 2022 et à chaque échéance annuelle ultérieure.

Article 3 : Les sociétés IG consultant, Perspectives et Bellucci sont condamnées solidairement à payer à la commune d'Algolsheim la somme de 7 503,66 € (sept mille cinq cent trois euros et soixante-six cents) TTC à titre d'indemnisation et à lui rembourser la somme de 2 757,50 € (deux mille sept cent cinquante-sept euros et cinquante cents) TTC au titre des frais d'expertise. Ces sommes seront augmentées des intérêts au taux légal à compter du 8 décembre 2021. Ces intérêts seront capitalisés le 8 décembre 2022 et à chaque échéance annuelle ultérieure.

Article 4 : En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 2 000 (deux mille) euros à verser à la commune d'Algolsheim est mise à la charge de la société Horis Thirode, et la somme de 1 000 (mille) euros à lui verser est mise à la charge solidaire des sociétés IG consultant, Perspectives et Bellucci.

Article 5 : La société IG consultant garantira entièrement les sociétés Perspectives et Bellucci des condamnations prononcées à leur encontre et des sommes mises à leur charge.

Article 6 : En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 1 000 (mille) euros à verser à chacune des sociétés Perspectives et Bellucci est mise à la charge de la société IG consultant.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à la commune d'Algolsheim et aux sociétés Horis Thirode, IG consultant, Perspectives et Bellucci.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rees, président,

Mme Merri, première conseillère,

Mme Dobry, conseillère.

Rendu public, par mise à disposition au greffe, le 1er février 2023.

Le rapporteur,

P. AL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

D. MERRI

La greffière,

M.-C. SCHMIDT

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2108402,

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