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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2108477

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2108477

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2108477
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantAMBROSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 décembre 2021 et 26 juin 2023,

Mme C A, représentée par Me Ambrosi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme totale de 45 703 euros en réparation des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subis ;

2°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'administration de produire une simulation de sa situation en cas de reprise de l'intégralité de son ancienneté au 1er janvier 2014 ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le refus de l'administration de prendre en compte son ancienneté en qualité de préparatrice en pharmacie d'officine est entaché d'une erreur de droit ;

- cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État ;

- elle est fondée à solliciter l'indemnisation du préjudice financier ayant consisté en une perte de rémunération ;

- la non reconnaissance des services antérieurs accomplis ainsi que la perte de confiance en son administration lui ont occasionné un préjudice moral ;

- elle a ignoré l'existence de sa créance jusqu'à ce que le Conseil d'État ait infirmé, par une décision du 27 mars 2020, l'interprétation des textes donnée par l'administration, de sorte que le délai de prescription n'a commencé à courir qu'à compter de cette décision.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mai 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la prescription quadriennale de la créance dont se prévaut Mme A est acquise.

Par ordonnance du 24 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vicard,

- les conclusions de Mme Lecard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Grascoeur, substituant Me Ambrosi, représentant Mme A.

Le ministre des armées, régulièrement convoqué, n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A a été admise au concours sur titres des techniciens paramédicaux civils du ministère de la défense, organisé au titre de l'année 2013, après avoir obtenu la même année le diplôme de préparateur en pharmacie hospitalière. Elle a été nommée technicienne paramédicale civile de classe normale stagiaire du ministère de la défense dans la spécialité de préparateur de pharmacie hospitalière par un arrêté du 15 novembre 2013 et affectée à l'hôpital d'instruction des armées Legouest à Metz. Par une décision du 27 février 2014, elle a été reclassée dans ce corps au 2ème échelon avec une ancienneté conservée d'un an et neuf jours. Le

16 avril 2014, elle a exercé un recours gracieux contre cette décision en demandant la prise en compte, pour son reclassement dans ce corps, des services antérieurs accomplis en qualité de préparateur en pharmacie depuis le 1er juillet 1999, date à laquelle elle a obtenu le brevet de préparateur en pharmacie. Par une décision du 9 juillet 2014, le ministère de la défense a rejeté sa demande de reprise d'ancienneté. Par un courrier du 27 janvier 2021, elle a formé une nouvelle demande de reprise de son ancienneté. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration. Par un courrier du 11 août 2021, Mme A a formé une demande indemnitaire préalable en indemnisation des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subis du fait de la non reprise de son ancienneté. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration. Par la présente requête, Mme A sollicite la condamnation de l'État à lui payer la somme totale de 45 703 euros en réparation de ses préjudices financier et moral.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'État, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'État, (), toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis () ". Aux termes de l'article 2 de cette loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance () / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; / Toute communication écrite d'une administration intéressée, même si cette communication n'a pas été faite directement au créancier qui s'en prévaut, dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance / () ". Aux termes de son article 3 : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même () soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance () ".

3. Lorsqu'est demandée l'indemnisation du préjudice résultant de l'illégalité d'une décision administrative, le fait générateur de la créance doit être rattaché non à l'exercice au cours duquel la décision a été prise mais à celui au cours duquel elle a été valablement notifiée.

4. Le fait générateur de la créance dont se prévaut Mme A est la décision du

27 février 2014 par laquelle le ministère de la défense l'a reclassée dans le corps des techniciens paramédicaux civils du ministère de la défense au 2e échelon avec une ancienneté conservée d'un an et neuf jours. Le recours gracieux exercé le 16 avril 2014 contre cette décision, demandant la prise en compte, pour son reclassement, des services antérieurs accomplis en qualité de préparateur en pharmacie, a interrompu le délai de prescription. Un nouveau délai a couru à compter du 1er janvier 2015, premier jour de l'année suivant la notification, le 28 juillet 2014, de la décision de rejet de sa demande de reprise d'ancienneté.

5. Le point de départ du délai de prescription est la date du dommage, et non celle à laquelle est révélée l'illégalité qui en est à l'origine. Aussi, la circonstance que l'interprétation donnée par l'administration des textes relatifs à la prise en compte des services ou activités professionnelles accomplis dans des fonctions de préparateur en pharmacie d'officine pour le classement des agents dans le corps de technicien paramédical civil du ministère de la défense, ait été ultérieurement infirmée par une décision du Conseil d'État statuant au contentieux, n'est pas de nature à faire regarder Mme A, au sens de l'article 3 de la loi du 31 décembre 1968 susvisée, comme ayant ignoré l'existence de sa créance, dès lors qu'il lui était loisible de contester, avant l'intervention de cette décision, le refus opposé par l'administration à sa demande de prise en compte de son ancienneté, devant le juge administratif.

6. Par ailleurs, le délai de prescription de la créance dont se prévaut Mme A n'a pu être interrompu par le recours juridictionnel formé par une autre fonctionnaire s'étant trouvée dans une situation comparable, la créance dont se prévalait cette dernière ayant pour origine un fait générateur distinct.

7. Dans ces conditions, il appartenait à Mme A, pour échapper au délai de la prescription quadriennale, de porter réclamation de sa créance avant le 31 décembre 2018. Or, elle n'a présenté une nouvelle demande de reprise de son ancienneté que le 27 janvier 2021 et n'a sollicité expressément l'indemnisation de sa créance que le 11 août 2021, soit après l'expiration du délai de la prescription quadriennale.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions indemnitaires de la requête de

Mme A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressée doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Dulmet, présidente,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

Mme Vicard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

La rapporteure,

C. VICARD

La présidente,

A. DULMET

La greffière,

C. LAMOOT

La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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