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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2108863

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2108863

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2108863
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantHADDAD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 décembre 2021 et 27 août 2022, la société civile immobilière (SCI) GAB, représentée par Me Haddad, demande au tribunal :

1°)de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de la retenue à la source auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2015 et 2016 ;

2°)de condamner l'Etat aux dépens ;

3°)de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SCI GAB soutient que :

- l'administration a entaché d'irrégularité la vérification de comptabilité en s'abstenant d'exiger de son expert-comptable qu'il justifie d'un mandat ;

- l'administration ne pouvait ignorer que son expert-comptable avait été radié avant le début de la vérification de comptabilité ;

- elle n'a eu connaissance ni de l'avis de vérification, ni de la première intervention du vérificateur en méconnaissance de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales ;

- elle n'a pu être représentée à la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, qui s'est réunie à une date où son avocat était en grève ;

- la proposition de rectification n'est pas suffisamment motivée ;

- l'administration ne pouvait refuser la déduction du résultat de l'exercice 2015 des frais de gestion qu'elle avaient acceptés au titre de l'exercice 2014 et qu'elle n'a pas remis en cause au titre de l'exercice 2016 ;

- les montants facturés ne sont pas exagérés ;

- elle justifie des apports inscrits au crédit du compte courant d'associé de Mme D ;

- la remise en cause de ces apports entraîne une double imposition ;

- l'administration ne pouvait remettre en cause au titre de l'exercice 2015 un passif à l'égard de la SCI Résidence Pasteur qui figurait au bilan d'ouverture de l'exercice 2014, premier exercice non prescrit, qui n'a pas été rectifié ;

- la vérificatrice ne pouvait, sans méconnaître la doctrine administrative, refuser de prendre en compte le second fichier d'écritures comptables (FEC) qui lui a été remis le 25 janvier 2018 ;

- les dotations aux amortissements remises en cause au titre de l'exercice 2016 étaient mentionnées dans ce second fichier ;

- l'administration ne pouvait refuser la déduction au titre de l'exercice 2016 des frais concernant un appartement sis 6 rue François-Xavier Richter à Strasbourg alors qu'elle les admis au titre des exercices 2014 et 2015, cette prise de position lui étant opposable ;

- les frais de gestion admis par le service au titre de l'année 2014 doivent être déduits des revenus distribués soumis à la retenue à la source au titre de l'année 2015 ;

- le service commet une double imposition en appliquant la retenue à la source aux apports en compte courant remis en cause au titre de l'exercice 2015 dès lors que les mêmes sommes ont déjà été imposées à l'impôt sur le revenu au nom des associés de la SCI Irène ;

- le service ne pouvait soumettre à la retenue au titre des exercices 2015 et 2016 les intérêts sur le compte courant d'associé de Mme D dès lors que le versement de ces intérêts n'a entraîné aucune diminution d'actif et n'a pas constitué un produit au profit de Mme D.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, la directrice régionale des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

La directrice régionale des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin soutient que les moyens soulevés par la SCI GAB ne sont pas fondés.

Par une lettre du 20 septembre 2022, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que ne peuvent être soumis à la retenue à la source, en application des dispositions combinées du 2 de l'article 119 bis et de l'article 125 A du code général des impôts, les intérêts versés à une personne physique qui n'est pas fiscalement domiciliée en France.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord en vue d'éviter les doubles impositions et de prévenir l'évasion fiscale et la fraude fiscale en matière d'impôts sur le revenu et sur les gains en capital, signée le 19 juin 2008 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E C,

- les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public,

- et les observations de Me Haddad pour la SCI GAB.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI GAB, qui exerce une activité de location de biens immobiliers, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016. A la suite de ce contrôle, l'administration fiscale a, notamment, rehaussé le résultat des exercices clos en 2015 et 2016 et soumis à la retenue à la source au titre des années 2015 et 2016 des revenus distribués à la gérante majoritaire de la société, Mme A D, résidente au Royaume-Uni. La SCI GAB a, en conséquence, été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de retenue à la source au titre des années 2015 et 2016 s'élevant, en droits et pénalités, à la somme totale de 370 861 euros, dont elle demande la décharge.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu ou une vérification de comptabilité ne peut être engagée sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification. Cet avis doit préciser les années soumises à vérification et mentionner expressément, sous peine de nullité de la procédure, que le contribuable a la faculté de se faire assister par un conseil de son choix ".

3. Il résulte de l'instruction que l'administration a adressé à la SCI GAB, par lettre recommandée avec avis de réception, un avis de vérification, modèle 3927, en date du 7 septembre 2017, à l'adresse de son siège, 12 rue de Wolfisheim à Holtzheim (Bas-Rhin), et que le pli recommandé a été distribué le 11 septembre 2017 à la société, dont un représentant a signé l'avis de réception. Il résulte des éléments produits par la société requérante, en particulier des extraits de son immatriculation au registre du commerce et des sociétés et de l'attestation d'insertion légale, que le transfert de son siège social 1 place de l'Homme de Fer à Strasbourg n'est intervenu que le 18 octobre 2017, par décision du même jour de son assemblée générale, et que ce transfert n'a fait l'objet d'une publication que le 5 novembre 2017. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas été informée, en méconnaissance de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales de l'engagement d'une vérification de sa comptabilité alors qu'un avis de vérification a régulièrement été notifié à l'adresse de son siège social.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales : " Les agents de l'administration des impôts vérifient sur place, en suivant les règles prévues par le présent livre, la comptabilité des contribuables astreints à tenir et à présenter des documents comptables ". Si au cours d'une procédure de vérification le contribuable doit se voir offrir la possibilité d'avoir avec le vérificateur un débat oral et contradictoire portant sur les constatations opérées lors de ce contrôle, dans le cas où la vérification de la comptabilité d'une entreprise a été effectuée, soit, comme il est de règle, dans ses propres locaux, soit, si son dirigeant ou représentant l'a expressément demandé, dans les locaux du comptable dans lesquels sont déposés les documents comptables, il appartient au contribuable qui allègue que les opérations de vérification ont été conduites sans qu'il ait eu la possibilité d'avoir un débat oral et contradictoire avec le vérificateur, de justifier que ce dernier se serait refusé à un tel débat, soit avec lui-même, soit avec ses conseils, préposés ou mandataires de droit ou de fait.

5. Il résulte de l'instruction que la première intervention de la vérificatrice, qui était prévue le 29 septembre 2017 au siège de la société, domiciliée dans les locaux de son expert-comptable, la société Avantgarde Conseils, a été reportée à la demande de la société requérante au 12 octobre 2017 et s'est déroulée dans les mêmes locaux en présence de M. B, salarié de la société Avantgarde Conseils. A la suite du transfert du siège de la SCI GAB, les interventions suivantes, les 6 décembre 2017 et 25 janvier, 20 février et 16 mai 2018 se sont déroulées 1 place de l'Homme de Fer à Strasbourg en présence de Me Haddad, conseil de la société. A supposer même que, comme le soutient la SCI GAB, M. B n'ait bénéficié d'aucun mandat pour la représenter et qu'il ait perdu la qualité d'expert-comptable, il était chargé de sa gestion comptable jusqu'au 18 octobre 2017, il centralisait ses documents comptables dans les locaux dans lesquels la société avait domicilié son activité et il était le seul interlocuteur connu de l'administration. L'apparence ainsi créée par la SCI GAB a été de nature à conduire la vérificatrice à considérer M. B comme ayant la qualité de comptable de la société vérifiée et, par suite, à le regarder comme habilité à dialoguer avec elle sans qu'un mandat soit en l'espèce exigé. Ainsi, la circonstance que la première intervention de la vérificatrice s'est déroulée en présence de M. B, auquel la SCI GAB avait confié sa comptabilité, ne peut suffire à établir que la contribuable vérifiée a été privée de la garantie d'un débat oral et contradictoire. Au surplus, il est constant que les quatre interventions suivantes se sont déroulées en présence de Me Haddad, dûment mandaté par la société requérante, et il n'est ni établi ni même allégué qu'au cours de ces interventions, la vérificatrice se soit refusée à tout débat avec le représentant de la société vérifiée. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de débat oral et contradictoire au cours de la vérification de comptabilité ne peut être accueilli.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs. Enfin, la motivation d'une proposition de rectification s'apprécie chef de redressement par chef de redressement.

7. Il résulte de l'examen de la proposition de rectification du 11 juillet 2018 que ce document, qui s'étend sur 44 pages, indique l'imposition et les années concernées, rappelle les dispositions applicables aux différentes rectifications et expose leurs motifs. La seule circonstance que la vérificatrice ne fasse pas mention d'écritures comptables transmises tardivement par la société ne peut suffire à établir que les indications portées à la connaissance de la contribuable n'étaient pas suffisantes pour lui permettre de comprendre les motifs des redressements et d'en discuter utilement le bien-fondé, ce qu'elle a d'ailleurs fait par les observations qu'elle a présentées le 7 septembre 2018 et auxquelles l'administration a répondu le 11 octobre 2018. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la proposition de rectification ne peut qu'être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 59 du livre des procédures fiscales : " Lorsque le désaccord persiste sur les rectifications notifiées, l'administration, si le contribuable le demande, soumet le litige à l'avis soit de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 du code général des impôts, soit de la Commission nationale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires prévue à l'article 1651 H du même code, soit du comité consultatif prévu à l'article 1653 F du même code, soit de la commission départementale de conciliation prévue à l'article 667 du même code. Les commissions peuvent également être saisies à l'initiative de l'administration ".

9. Il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté par la SCI GAB, qu'elle a été régulièrement convoquée par lettre recommandée du 26 juin 2019, dont elle a accusé réception le 27 juin 2019, à la séance du 16 septembre 2019 au cours de laquelle la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires a examiné, sur la demande de la société, le litige persistant entre elle et l'administration. Si la société requérante fait valoir que son conseil n'a pu assister à cette séance pour cause de grève, il appartenait à la contribuable de prendre toutes les dispositions utiles pour être représentée devant la commission. Il s'ensuit que l'absence de la SCI GAB, qui au demeurant avait présenté à la commission des observations écrites le 20 août 2019, n'est pas de nature à entacher d'irrégularité l'avis rendu le 16 septembre 2019.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :

10. En premier lieu, aux termes de l'article 38 du code général des impôts, dont les dispositions sont applicables à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1 () le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apports et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés (). Aux termes de l'article 39 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () ".

11. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable de justifier tant du montant des charges qu'il entend, en application du I de l'article 39 du code général des impôts précité, déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

12. Le service a remis en cause des frais de gestion, s'élevant à la somme totale de 84 039 euros au titre de l'exercice 2015, facturés par la société britannique Gabsci Ltd, dont Mme D est gérante et associée majoritaire et dont l'autre associée détient des parts de la SCI GAB, en l'absence de justification de la réalité des prestations facturées, dont le paiement a été réalisé par une inscription au crédit du compte courant de Mme D dans les écritures de la SCI GAB. Le service a, en particulier, relevé que la société Gabsci Ltd, qui est domiciliée à Londres chez un cabinet comptable et qui n'a aucun salarié, ne dispose pas des moyens matériels et humains qui lui auraient permis de réaliser les prestations en cause. Si la société requérante critique ce redressement, elle n'apporte, pour contredire le faisceau d'indices réuni par le service en vue d'établir l'absence de réalité des prestations de la société Gabsci Ltd, aucun élément précis ou probant. La seule absence de redressement au titre de l'exercice 2014 et de l'exercice 2016 est sans incidence sur le bien-fondé du refus de déduction de frais de gestion au titre de l'exercice clos en 2015, comme les circonstances, à les supposer même établies par les éléments produits, que la facturation de gestion selon une tarification forfaitaire soit conforme aux usages professionnels et que les prix pratiqués par la société britannique ne soient pas excessifs dès lors que le motif de la rectification est tiré de l'absence de réalité des prestations facturées. Par suite, la SCI GAB n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a refusé la déduction de cette charge.

13. En deuxième lieu, en ce qui concerne les apports en compte courant d'associé, il incombe au contribuable, en application des dispositions précitées des articles 38 et 39 du code général des impôts, de justifier de ces apports par la production d'éléments suffisamment précis portant, soit sur le versement sur le compte bancaire de la société réalisé par l'associé, soit sur la prise en charge par l'associé, notamment à partir d'un compte bancaire personnel, d'une dépense incombant à la société ou de l'apport d'un bien.

14. Le service a réintégré dans le résultat imposable de l'exercice clos en 2015 de la SCI GAB les sommes de 147 934,91 euros et de 73 730,39 euros, soit un montant total de 221 665,30 euros, inscrites le 17 décembre 2015 au crédit du compte courant d'associé de Mme D au motif que la réalité de ces apports n'était pas justifiée. La société requérante soutient que ces sommes correspondent au remboursement par la SCI Irène, dont Mme D était associée à 99 %, du solde créditeur du compte courant de cette dernière. Toutefois, si la SCI GAB établit par la production d'extraits bancaires de la SCI Irène et d'une attestation de sa banque que la somme totale de 221 665,30 euros lui a été effectivement versée par la SCI Irène, elle ne démontre par aucun élément précis ou probant que ce versement lui a été effectué pour le compte de Mme D et constituait un apport de celle-ci. Il s'ensuit que, faute d'apporter la preuve de la réalité des apports remis en cause par le service, elle n'est pas fondée à critiquer la réintégration de cette somme dans le résultat de l'exercice clos en 2015.

15. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la somme de 221 665,30 euros versée par la SCI Irène fait l'objet d'une double imposition doit, en tout état de cause, être écarté dès lors que la SCI Irène, d'une part, et la SCI GAB, d'autre part, constituent des contribuables distincts.

16. En quatrième lieu, la SCI GAB a repris le 1er janvier 2015 au passif de son bilan une dette d'un montant de 111 413,31 euros à l'égard de la SCI Résidence Pasteur, qui a les mêmes associés et la même gérante. L'administration a regardé ce passif comme injustifié en l'absence de justification de la réalité de la dette. La société requérante, à qui il appartient, s'agissant d'écritures de passif, de justifier l'existence de la dette inscrite dans sa comptabilité, n'apporte devant le tribunal aucun élément précis ou probant de nature à établir la réalité et le montant de la créance de la SCI Résidence Pasteur. Enfin, contrairement à ce que soutient la société requérante, cette écriture de passif a été remise en cause par l'administration au titre du premier exercice non prescrit, au sens des dispositions du 4 bis de l'article 38 du code général des impôts, à savoir l'exercice clos en 2015 eu égard à la date de la notification de la proposition de rectification du 11 juillet 2018. Il s'ensuit que c'est à bon droit que l'administration a réintégré la somme de 111 413 euros au résultat de l'exercice clos en 2015.

17. En cinquième lieu, en vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt.

18. Il résulte de l'instruction que la SCI GAB a supporté au titre de l'exercice 2016 des charges, d'un montant total de 46 113 euros, correspondant au loyer, à l'achat de mobilier et d'équipement de la maison, à des dépenses de travaux et de prestations de service diverses et à des frais d'assurance concernant un appartement de 4 pièces situé 6 rue François-Xavier Richter à Strasbourg et occupé gratuitement à titre d'habitation principale par la mère de sa gérante, Mme D. Si la société requérante conteste la remise en cause de ces charges, elle se borne à invoquer l'absence de redressement au titre des exercices 2014 et 2016 qui est sans incidence sur le bien-fondé du refus de déduction au titre de l'exercice clos en 2015 et qui, contrairement à ce qu'elle soutient, ne constitue pas une prise de position formelle qui serait opposable à l'administration sur le fondement des articles L. 80 A et L. 80 B du livre des procédures fiscales. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a estimé que la prise en charge de telles dépenses, qui n'ont profité qu'à la mère de la gérante, était étrangère à une gestion commerciale normale et a réintégré les charges en litige dans le résultat de la SCI GAB au titre de l'année 2016.

19. En dernier lieu, en vertu des dispositions du 2° de l'article 39 du code général des impôts peuvent être déduits du bénéfice imposable " les amortissements réellement effectués par l'entreprise, dans la limite de ceux qui sont généralement admis d'après les usages de chaque nature d'industrie, de commerce ou d'exploitation ". Ces dispositions n'autorisent la déduction que des amortissements qui ont été effectivement inscrits dans les écritures comptables à la clôture de chacun des exercices concernés. Il appartient au contribuable de justifier que cette inscription a été effectuée avant l'expiration du délai imparti pour souscrire la déclaration des résultats annuels de l'entreprise.

20. Il résulte de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté par la SCI GAB, qu'elle a déposé sa déclaration de résultats de l'exercice 2016 le 9 août 2017 alors que le délai légal de déclaration expirait au mois de mai 2017. Au demeurant, si la société requérante fait valoir que les dotations aux amortissements remises en cause par le service ont été régulièrement inscrites en comptabilité avant la clôture de l'exercice 2016, elle n'appuie cette allégation d'aucun précision ni d'aucun commencement de preuve. Si la société soutient que les écritures d'amortissements en litige figuraient dans le second fichier d'écritures comptables remis à la vérificatrice le 25 janvier 2018, en tout état de cause, elle ne l'établit pas en se bornant à produire le procès-verbal de remise de ce fichier qui mentionne seulement sa taille sans comporter aucune indication sur son contenu. Il suit de là que la SCI GAB n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a remis en cause la déduction des amortissements en litige au titre de l'exercice clos en 2016.

En ce qui concerne la retenue à la source :

21. Le 2 de l'article 119 bis du code général des impôts soumet à l'application d'une retenue à la source les revenus distribués par des personnes morales françaises à des personnes qui n'ont pas leur domicile fiscal ou leur siège en France.

22. En premier lieu, aux termes de l'article 109 de ce code : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ".

23. Le service a regardé comme des revenus distribués à Mme D au titre de l'année 2015, sur le fondement des dispositions du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, les frais de gestion, d'un montant de 84 038,79 euros, facturés par la société Gabsci Ltd ainsi que les apports, d'un montant total de 221 665,30 euros, inscrits au crédit du compte courant de Mme D au titre de l'exercice 2015. L'administration a, en conséquence, appliqué à ces distributions la retenue à la source prévue par les dispositions du 2 de l'article 119 bis du code général des impôts. Il résulte de ce qui a été dit au point 14 que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les frais de gestion en litige étaient déductibles de son résultat imposable. Si la SCI GAB fait valoir que les apports en compte courant remis en cause au titre de l'exercice 2015 ont déjà été imposés à l'impôt sur le revenu au nom des associés de la SCI Irène, en tout état de cause, elle ne l'établit pas.

24. En deuxième lieu, aux termes de l'article 11 de la convention fiscale franco-britannique du 19 juin 2008 : " 1. a) Les dividendes provenant d'un Etat contractant et payés à un résident de l'autre Etat contractant sont imposables dans cet autre Etat. b) Sous réserve des dispositions de l'alinéa c) du présent paragraphe, les dividendes visés à l'alinéa a) du présent paragraphe sont aussi imposables dans le premier Etat, et selon la législation de cet Etat, mais si la personne qui les reçoit en est le bénéficiaire effectif, l'impôt ainsi établi ne peut excéder 15 % du montant brut des dividendes ". Aux termes des stipulations du 7 du protocole annexé à cette convention : " En ce qui concerne les articles 11, 12, 13, il est entendu que les dirigeants de sociétés ou fonds d'investissement établis dans un Etat contractant peuvent soumettre une demande relative aux avantages prévus par les dispositions de ces articles. Dans le cas de sociétés ou fonds d'investissement n'entrant pas dans le champ d'application de l'article 1er, les dirigeants peuvent soumettre des demandes et les autorités compétentes conviendront des modalités d'application de la présente convention à ces demandes ".

25. Dans le cadre de ces stipulations, les autorités fiscales françaises et britanniques ont prévu que le bénéfice de la réduction à 15 % des intérêts visés à l'article 11 de cette convention était conditionnée par la production d'une attestation de résidence (formulaire 5000) visée par les services fiscaux du Royaume-Uni et son annexe 5002. Ainsi, les conditions qui ont été opposées par le service à la société requérante résultent des modalités pratiques d'application de la convention fiscale conclue entre la France et le Royaume-Uni telles qu'elles ont été convenues entre les deux pays de sorte que l'administration fiscale n'a fait qu'appliquer les dispositions conventionnelles en cause et n'a pas ajouté une condition non prévue par la loi. La SCI GAB n'établit pas avoir produit à l'administration fiscale française les documents requis. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a soumis les distributions en litige à la retenue à la source au taux de 30 % prévu par les dispositions du 1 de l'article 187 du code général des impôts, dans leur rédaction alors en vigueur. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la société aurait dû bénéficier du taux réduit de 15 % prévu par les stipulations de l'article 11 de la convention fiscale franco-britannique ne peut qu'être écarté.

26. En dernier lieu, L'administration a soumis à la retenue à la source les intérêts, d'un montant de 6 573,35 euros au titre de l'exercice 2015 et de 6 350,76 euros au titre de l'exercice 2016, versés par la SCI GAB à Mme D à raison des sommes inscrites au crédit de son compte courant d'associé. Si la société requérante soutient que le versement de ces intérêts n'a entraîné aucune diminution d'actif et n'a pas constitué un produit au profit de Mme D, ces circonstances à les supposer même établies, seraient sans incidence sur le bien-fondé du redressement. Il s'ensuit que la société requérante n'est pas fondée, par les moyens qu'elle invoque, à critiquer cette rectification.

Sur les pénalités :

27. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".

28. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la SCI GAB n'est pas fondée à demander la décharge des majorations qui lui ont été appliquées par voie de conséquence de sa contestation des droits.

29. En second lieu, pour appliquer au redressement résultant de la remise en cause de frais de gestion d'un montant de 84 039 euros au titre de l'exercice 2015, facturés par la société britannique Gabsci Ltd, la pénalité de 40 % prévue par les dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts, le service a relevé que la SCI GAB, qui a la même gérante que la société britannique, ne pouvait ignorer que les prestations de cette société étaient inexistantes. Les faits ainsi relevés par l'administration caractérisent, eu égard au surplus à l'importance de la somme en litige et à la répétition des mêmes agissements, la volonté délibérée de la part de la contribuable d'éluder l'impôt. L'administration doit dès lors être regardée comme ayant apporté la preuve de la mauvaise foi de la SCI GAB, justifiant la pénalité pour manquement délibéré qui lui a été infligée.

30. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la SCI GAB n'est pas fondée à demander la décharge des impositions en litige. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, en tout état de cause, de l'article R. 761-1 du même code, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la SCI GAB est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI GAB et au directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 octobre 2022.

Le rapporteur,

C. C

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Strasbourg, le

Le greffier,

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