mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2108972 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | AARPI LAGARDE - SCHWARTZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 30 décembre 2021, le 4 mai et le 16 juin 2022, Mme B A, représentée par Me Schwartz, demande au tribunal :
1°) de condamner la communauté de communes du pays de Saverne à lui verser les sommes de 2 527,58 euros, assortie des intérêts capitalisés, à titre d'indemnité compensatrice de congés payés, de 8 492,64 euros et de 5 000 euros en réparation des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subis ;
2°) de mettre à la charge de la communauté de communes du pays de Saverne le versement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il lui est dû quatre semaines d'indemnité compensatrice de congés payés, soit un montant de 2 527,58 euros ;
- la communauté de communes a commis une faute du fait du délai excessif qui s'est écoulé entre l'avis d'inaptitude et son licenciement ;
- elle a subi un préjudice financier qui doit être indemnisé à hauteur de 8 492,64 euros ;
- elle a également subi un préjudice moral qui doit être indemnisé à hauteur de 5 000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 mars 2022 et le 27 mai 2022, la communauté de communes du pays de Saverne, représentée par Me Maetz, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le délai entre l'avis d'inaptitude et le licenciement ne lui est pas imputable ;
- Mme A ne disposait d'aucun reliquat de congés annuels au jour de son licenciement ;
- elle n'a pas commis de faute ;
- à titre subsidiaire, les préjudices ne sont pas établis ;
- le lien de causalité entre le supposé préjudice moral et la faute invoquée n'est pas établi.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- l'arrêt de la Cour de justice des communautés européennes Gerhard Schultz-Hoff contre Deutsche Rentenversichereng Bund et Stringer e. a. - contre Her Majesty's Revenue and Customs du 20 janvier 2009 C-350/06 et C-520/06 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Devys, rapporteure,
- les conclusions de M. Lusset, rapporteur public,
- et les observations de Me Casano, substituant Me Maetz, représentant la communauté de communes du pays de Saverne.
Considérant ce qui suit :
1. Après un incident survenu dans le cadre de ses fonctions, Mme A, assistante maternelle, a été placée en congé de grave maladie du 15 décembre 2016 au 14 décembre 2019. Par un avis du 7 août 2020, le comité médical l'a déclarée inapte à l'exercice de ses fonctions d'assistante maternelle. Le 7 décembre 2021, elle a été licenciée pour inaptitude physique avec un reliquat de zéro jour de congé. Mme A demande au tribunal de condamner la communauté de communes du pays de Saverne à lui verser les sommes de 2 527,58 euros, assortie des intérêts capitalisés, à titre d'indemnité compensatrice de congés payés, de 8 492,64 euros et de 5 000 euros en réparation des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la demande d'indemnité compensatrice de congés payés :
2. Aux termes de l'article 7 de la directive du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 concernant certains aspects de l'aménagement du temps de travail : " 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales / 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail. ". En application du B de l'annexe I de cette directive, le délai de transposition de cet article était fixé au 23 mars 2005. Ces dispositions, telles qu'interprétées par la Cour de justice des communautés européennes dans son arrêt C-350/06 et C-520/06 du 20 janvier 2009, font obstacle, d'une part, à ce que le droit au congé annuel payé qu'un travailleur n'a pas pu exercer pendant une certaine période, parce qu'il était placé en congé de maladie pendant tout ou partie de la période en cause, s'éteigne à l'expiration de celle-ci et, d'autre part, à ce que, lorsqu'il est mis fin à la relation de travail, tout droit à indemnité financière soit dénié au travailleur qui n'a pu, pour cette raison, exercer son droit au congé annuel payé. Ce droit au report ou, lorsqu'il est mis fin à la relation de travail, à indemnisation financière, s'exerce toutefois, en l'absence de dispositions sur ce point dans le droit national, dans la limite de quatre semaines par année de référence prévue par les dispositions citées ci-dessus de l'article 7 de la directive.
3. Le droit à indemnisation financière au titre des congés payés non pris pendant un congé de maladie d'un agent dont la relation de travail a pris fin est conditionné par la circonstance que la cessation de la relation de travail soit intervenue dans le délai de quinze mois à compter du terme de l'année civile au cours de laquelle les congés sont dus. En revanche, il n'est pas subordonné à la présentation d'une demande d'indemnisation dans ce délai de quinze mois, cette demande restant régie par les seules règles de prescription des créances.
4. Il résulte de l'instruction qu'à la date de la fin de la relation de travail, soit le 7 décembre 2021, Mme A avait droit à une indemnité correspondant à quatre semaines, soit vingt jours de congés. La communauté de communes du pays de Saverne ne peut utilement faire valoir qu'il lui appartenait de faire une demande dans le délai de quinze mois suivant la période de référence, ce délai ne s'appliquant, ainsi qu'il vient d'être dit, que pour l'exercice par le travailleur de son droit au report et non pour le droit à indemnisation. La communauté de communes doit par suite être condamnée à verser à Mme A une indemnité compensatrice de congés annuels correspondant à quatre semaines de congés. Toutefois, l'état de l'instruction ne permet pas de déterminer le montant exact de l'indemnisation à laquelle la requérante peut prétendre. Il y a lieu, en conséquence, de la renvoyer devant l'administration pour le calcul de cette indemnisation.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute de la communauté de communes :
5. Mme A soutient que la communauté de communes a commis une faute du fait du délai excessif qui s'est écoulé entre l'avis d'inaptitude du 7 août 2020 et son licenciement le 7 décembre 2021. Cependant, il résulte de l'instruction que ce délai n'est pas exclusivement imputable à la collectivité dès lors qu'elle a soumis la proposition de reclassement au centre de gestion du Bas-Rhin qui a mis plusieurs mois à répondre compte-tenu notamment du contexte de crise sanitaire, et que l'avis de la commission consultative paritaire a également été rendu tardivement. Dans les conditions particulières de l'espèce, la communauté de communes du pays de Saverne ne peut ainsi être regardée comme ayant commis une faute de nature à engager sa responsabilité et les conclusions indemnitaires présentées par Mme A à ce titre doivent être rejetées.
En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :
6. Mme A a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité compensatrice de congés annuels à compter du 5 octobre 2021, date de réception de sa demande par la communauté de communes du pays de Saverne.
7. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 30 décembre 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 5 octobre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais d'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de Mme A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
9. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la communauté de communes du pays de Saverne une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La communauté de communes du pays de Saverne est condamnée à verser à Mme A une indemnité compensatrice de congés annuels correspondant à quatre semaines de congés, assortie des intérêts à compter du 5 octobre 2021. Les intérêts échus à la date du 5 octobre 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts. La requérante est renvoyée devant l'administration afin de déterminer le montant exact de l'indemnisation à laquelle elle peut prétendre.
Article 2 : La communauté de communes du pays de Saverne versera à Mme A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la communauté de communes du pays de Saverne tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la communauté de communes du pays de Saverne.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dhers, président,
Mme Devys, première conseillère
M. Cormier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
La rapporteure,
J. Devys
Le président,
S. DhersLe greffier,
P. Souhait
La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026