jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2200449 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 janvier 2022, M. B D représenté par la SELARL Teissonniere Topaloff Lafforgue Andreu et associés, demande au tribunal :
1°) de condamner le Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires à lui verser la somme de 172 198 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, majorée des intérêts de droit à compter du 23 juin 2021, date de sa demande d'indemnisation, avec capitalisation des intérêts échus à compter de cette même formalité ;
3°) dans l'hypothèse où le tribunal diligenterait une expertise médicale sur l'évaluation du dommage corporel subi, de mettre les frais d'expertise à la charge du Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires et de condamner ce dernier à lui verser une indemnité provisionnelle de 20 000 euros ;
4°) de mettre à la charge de ce comité la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conditions légales d'indemnisation sont remplies dès lors qu'il a séjourné dans une zone et à une période visées par l'article 2 de la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010, et qu'il était porteur d'une maladie figurant sur la liste établie par le décret n° 2010-653 du 11 juin 2010 ;
- au cours de son séjour en Polynésie française, quatre tirs atmosphériques ont été réalisés à Mururoa dont trois ont provoqué des retombées radioactives, de sorte qu'il a été exposé à une contamination externe et interne contre laquelle il n'a pas été protégé et pour laquelle il n'a pas bénéficié d'une surveillance radiobiologique suffisante ;
- la méthode de calcul retenue par le Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires pour calculer la dose efficace reçue ne permet pas d'établir qu'il a été exposé à une dose inférieure à un millisievert par an au cours de son affectation en Polynésie française ;
- le Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires doit indemniser les préjudices résultant de sa pathologie radio-induite pour un montant évalué à 172 198 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2022, le Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires conclut au rejet de la requête et à titre subsidiaire à ce qu'une expertise sur l'évaluation des dommages soit diligentée si le lien de causalité entre la pathologie et l'exposition aux rayonnements due aux essais nucléaires était établi.
Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010 ;
- la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 ;
- la loi n° 2020-734 du 17 juin 2020 ;
- le décret n° 2010-653 du 11 juin 2010 ;
- le décret n° 2014-1049 du 15 septembre 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A C,
- les conclusions de Mme Sandra Bauer, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 23 juin 2021, M. D a présenté une demande d'indemnisation sur le fondement de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français. Par une décision du 22 novembre 2021, le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (ci-après CIVEN) a rejeté sa demande. M. D demande au tribunal de condamner le CIVEN à lui verser une indemnité de 172 198 euros en réparation des préjudices imputables à la maladie radio-induite dont il a été victime.
Sur la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes de l'article 1er de la loi du 5 janvier 2010 : " Toute personne souffrant d'une maladie radio-induite résultant d'une exposition à des rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français et inscrite sur une liste fixée par décret en Conseil d'Etat conformément aux travaux reconnus par la communauté scientifique internationale peut obtenir réparation intégrale de son préjudice dans les conditions prévues par la présente loi. II. - Si la personne est décédée, la demande de réparation peut être présentée par ses ayants droit. () ". Aux termes de l'article 2 de cette même loi : " La personne souffrant d'une pathologie radio-induite doit avoir résidé ou séjourné : 1° Soit entre le 13 février 1960 et le 31 décembre 1967 au Centre saharien des expérimentations militaires, ou entre le 7 novembre 1961 et le 31 décembre 1967 au Centre d'expérimentations militaires des oasis ou dans les zones périphériques à ces centres. 2° Soit entre le 2 juillet 1966 et le 31 décembre 1998 en Polynésie française () ". Aux termes du I de l'article 4 de la même loi : " I. - Les demandes individuelles d'indemnisation sont soumises au comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires () ".
3. Aux termes du V de l'article 4 de cette loi du 5 janvier 2010, dans sa rédaction issue de l'article 232 de la loi du 28 décembre 2018 de finances pour 2019 : " Ce comité examine si les conditions sont réunies. Lorsqu'elles le sont, l'intéressé bénéficie d'une présomption de causalité, à moins qu'il ne soit établi que la dose annuelle de rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français reçue par l'intéressé a été inférieure à la limite de dose efficace pour l'exposition de la population à des rayonnements ionisants fixée dans les conditions prévues au 3° de l'article L. 1333-2 du code de la santé publique ". Aux termes du I de l'article R. 1333-11 du code de la santé publique : " Pour l'application du principe de limitation défini au 3° de l'article L. 1333-2, la limite de dose efficace pour l'exposition de la population à des rayonnements ionisants résultant de l'ensemble des activités nucléaires est fixée à 1 mSv par an, à l'exception des cas particuliers mentionnés à l'article R. 1333-12 ".
4. Il résulte des dispositions de la loi du 5 janvier 2010, dans leur rédaction issue de la loi du 28 décembre 2018, que le législateur a entendu que, dès lors qu'un demandeur satisfait aux conditions de temps, de lieu et de pathologie prévues par l'article 2 de la loi du
5 janvier 2010 modifiée, il bénéficie de la présomption de causalité entre l'exposition aux rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français et la survenance de sa maladie. Cette présomption ne peut être renversée que si l'administration établit que la dose annuelle de rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français reçue par l'intéressé a été inférieure à la limite de 1 millisievert (mSv). Si, pour le calcul de cette dose, l'administration peut utiliser les résultats des mesures de surveillance de la contamination tant interne qu'externe des personnes exposées, qu'il s'agisse de mesures individuelles ou collectives en ce qui concerne la contamination externe, il lui appartient de vérifier, avant d'utiliser ces résultats, que les mesures de surveillance de la contamination interne et externe ont, chacune, été suffisantes au regard des conditions concrètes d'exposition de l'intéressé. En l'absence de mesures de surveillance de la contamination interne ou externe et en l'absence de données relatives au cas des personnes se trouvant dans une situation comparable à celle du demandeur du point de vue du lieu et de la date de séjour, il appartient à l'administration de vérifier si, au regard des conditions concrètes d'exposition de l'intéressé précisées ci-dessus, de telles mesures auraient été nécessaires. Si tel est le cas, l'administration ne peut être regardée comme rapportant la preuve de ce que la dose annuelle de rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français reçue par l'intéressé a été inférieure à la limite de 1 mSv.
5. Il est constant que M. D, né le 22 mai 1951, affecté en qualité de secrétaire au sein de la 15ème Compagnie d'état-major et des services du Pacifique sur le site d'expérimentations nucléaires, à Papeete, Hao et Mururoa (Polynésie française) du
1er novembre 1973 au 14 juillet 1974, a séjourné dans des lieux et durant une période correspondant aux dispositions de l'article 2 de la loi du 5 janvier 2010. Il a ultérieurement été atteint d'un cancer de la vessie et a ainsi souffert de l'une des pathologies figurant sur la liste des maladies annexée au décret du 11 juin 2010 susvisé. Dès lors, il bénéficie de la présomption de causalité entre l'exposition aux rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français et sa pathologie.
6. Alors même que M. D n'était pas affecté à des travaux radiologiquement exposés, il ressort des pièces du dossier que trois tirs atmosphériques entraînant des retombées radioactives jusqu'à l'île de Tahiti ont été réalisés à Mururoa, au cours de la période durant laquelle l'intéressé était présent en Polynésie française. Pour renverser la présomption de causalité, le CIVEN se borne à faire valoir que, compte tenu de ses fonctions, M. D n'a pas été conduit à travailler ou à se rendre dans des zones où il pouvait être exposé aux rayonnements ionisants. Dans ces conditions, eu égard aux conditions concrètes d'exposition de M. D, qui n'a pas bénéficié d'une dosimétrie individuelle, la seule production de tables de " doses efficaces engagées ", telle qu'elles ont été validées par l'Agence internationale de l'énergie atomique, ne peut suffire à établir que l'intéressé aurait reçu une dose annuelle de rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français inférieure à la limite de 1 mSv par an, en l'absence, d'une part, de mesures de surveillance individuelle de la contamination interne ou externe et, d'autre part, de données relatives au cas de personnes se trouvant dans une situation comparable à celle du demandeur du point de vue du lieu et de la date de séjour. Par suite, M. D est fondé à obtenir l'indemnisation des préjudices qu'il a subis en tant que victime des essais nucléaires français.
Sur l'évaluation du préjudice :
7. L'état du dossier ne permet pas au tribunal d'apprécier l'étendue des préjudices subis par M. D. Dès lors, il y a lieu, avant de statuer sur la requête de M. D, d'ordonner une expertise à cette fin, et, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais de cette expertise à la charge provisoire du CIVEN.
Sur la demande de provision :
8. Il résulte de ce qui précède que le CIVEN est tenu de réparer les conséquences dommageables de la maladie de M. D. En l'état de l'instruction, il y a lieu de mettre à la charge du CIVEN une allocation provisionnelle de 3 000 euros à verser à M. D.
D E C I D E :
Article 1 : Il sera, avant de statuer sur la requête de M. D, procédé à une expertise avec mission pour l'expert, désigné par le président du tribunal administratif, de :
- se faire communiquer par tout tiers détenteur l'entier dossier médical relatif au cancer de la vessie dont M. D a été atteint ; décrire la pathologie cancéreuse depuis les premiers signes de son apparition, son évolution et les traitements mis en œuvre jusqu'à la consolidation de l'état de santé de M. D ;
- procéder à l'évaluation des préjudices directement liés aux dommages subis par M. D du fait de la pathologie qui lui a été diagnostiquée, en distinguant les points suivants :
A) Préjudices patrimoniaux :
* Dépenses de santé : l'expert décrira les soins médicaux et paramédicaux mis en œuvre et qui ont été rendus nécessaires par la pathologie (nature, durée, dates et lieux d'hospitalisation notamment) ;
* Frais divers : l'expert dira si M. D a eu besoin d'une tierce personne pour l'assister dans les actes de la vie quotidienne, et précisera le cas échéant les modalités de l'aide ainsi nécessitée : fréquence, durée d'intervention, qualification de la personne affectée à cette aide (spécialisée ou non, aide-ménagère, aide-soignante, infirmière), sans exclure l'aide qui lui a éventuellement été apportée par son entourage ;
B) Préjudices extrapatrimoniaux :
* Déficit fonctionnel : l'expert décrira les troubles subis par M. D dans l'exercice de ses activités habituelles, dont il précisera la durée, la nature et le ou les taux ;
* Souffrances endurées : l'expert décrira les souffrances physiques, psychiques ou morales endurées par M. D du fait de sa pathologie, et les évaluera sur une échelle de 1 à 7 ;
* Préjudice esthétique : l'expert décrira la nature et l'importance du dommage esthétique subi et le cas échéant, l'évaluera sur une échelle de 1 à 7 ;
* Préjudice sexuel : l'expert décrira la nature et l'importance du préjudice sexuel subi et le cas échéant, l'évaluera sur une échelle de 1 à 7 ;
* Préjudice d'agrément : l'expert décrira la nature et l'importance du préjudice d'agrément subi et le cas échéant, l'évaluera sur une échelle de 1 à 7.
- L'expert disposera des pouvoirs d'investigation les plus étendus. Il pourra entendre tous sachants, se faire communiquer tous documents et renseignements, faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal administratif.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.
Article 3 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.
Article 4 : L'expert communiquera un pré-rapport aux parties, en vue d'éventuelles observations, avant l'établissement de son rapport définitif. Il déposera son rapport au greffe en deux exemplaires. Des copies de son rapport seront notifiées par l'expert aux parties. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.
Article 5 : Le Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires fera l'avance des frais d'expertise, dont la charge définitive sera déterminée en fin d'instance.
Article 6 : Le Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires est condamné à payer une somme de 3 000 (trois mille) euros à verser à M. D à titre de provision.
Article 7 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bonifacj, présidente,
Mme Brodier, première conseillère,
Mme Bonnet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 juillet 2022.
La rapporteure,
L. C
La présidente,
J. Bonifacj
La greffière,
N. Adjacent
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026