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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2200539

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2200539

lundi 6 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2200539
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantKRETZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 janvier et 11 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Kretz, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2017 et 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la proposition de rectification du 16 juillet 2020 n'est pas suffisamment motivée ;

- il a été privé du délai de réponse à la proposition de rectification ;

- l'administration ne démontre pas que la SARL A Bati a délibérément enregistré des écritures constitutives d'un passif injustifié ;

- l'administration n'établit pas qu'il avait la qualité de maître de l'affaire ;

- l'administration n'établit pas qu'il a délibérément omis de déclarer les revenus objets du rehaussement contesté.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2022, la directrice régionale des finances publiques du Grand Est et du département du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

La directrice régionale des finances publiques du Grand Est et du département du Bas-Rhin fait valoir que les moyens présentés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Mohammed Bouzar, rapporteur,

- et les conclusions de M. Laurent Guth, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL A Bati, qui exerce l'activité de travaux de maçonnerie et de crépis, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 11 février 2020 au 7 juillet 2020, portant sur la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018, à l'issue de laquelle l'administration a rehaussé le résultat imposable des exercices vérifiés par une proposition de rectification n° 3924 du 16 juillet 2020. Considérant que cette rectification révélait l'existence de revenus distribués par cette société à son gérant statutaire, M. B A, l'administration a notifié à ce dernier, par une proposition n° 2120 du même jour, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2017 et 2018. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de ces cotisations supplémentaires.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / Sur demande du contribuable reçue par l'administration avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 11 [de trente jours], ce délai est prorogé de trente jours ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ".

3. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. Hormis le cas où elle se réfère à un document qu'elle joint à la proposition de rectification ou à la réponse aux observations du contribuable, l'administration peut satisfaire cette obligation en se bornant à se référer aux motifs retenus dans une proposition de rectification, ou une réponse à ses observations, consécutive à un autre contrôle et qui lui a été régulièrement notifiée, à la condition qu'elle identifie précisément la proposition ou la réponse en cause et que celle-ci soit elle-même suffisamment motivée.

4. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification n° 2120 du 16 juillet 2020 notifiée à M. A se réfère aux motifs de la proposition de rectification n° 3924 du même jour, régulièrement notifiée à la SARL A Bati et dont M. A est le gérant statutaire, à laquelle elle fait expressément référence. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que cette proposition de rectification ne serait pas suffisamment motivée au motif que la proposition de rectification n° 2120 ne comportait pas en annexe la proposition de rectification n° 3924. S'il est soutenu que la référence faite à la proposition de rectification n° 3924 ne comportait pas de date, il résulte toutefois de l'instruction que son identification par M. A ne faisait, en l'espèce, aucune difficulté. Par conséquent, ce moyen doit être écarté.

5. En second lieu, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification n° 2120 du 16 juillet 2020 notifiée à M. A indiquait la possibilité offerte à ce dernier d'adresser à l'administration ses observations ainsi que celle de demander, dans ce délai, une prorogation de trente jours, conformément aux dispositions rappelées au point 2. La proposition de rectification indiquait également que, compte tenu des dispositions de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période, le délai de réponse de trente jours courait jusqu'au 23 septembre 2020 et pouvait être prorogé de trente jours sur demande écrite. S'il est vrai que le service vérificateur a répondu le 21 septembre 2020 au requérant que sa demande de prorogation du délai ne pouvait être satisfaite au motif qu'elle était tardive, il résulte cependant de l'instruction que par un courriel du 14 octobre 2020, le service vérificateur a reconnu son erreur et invité le requérant à produire ses observations, ce que ce dernier a d'ailleurs fait le 21 octobre 2020. Ainsi, il en résulte que les dispositions citées au point 2 n'ont pas été méconnues. Si M. A soutient que l'administration aurait dû lui laisser un nouveau délai plus conséquent et qu'il a été privé d'un délai de réponse utile, il n'apporte cependant et en tout état de cause aucun élément justifiant qu'il aurait nécessité un délai supplémentaire afin de pouvoir présenter utilement des observations complémentaires à la proposition de rectification. Par conséquent, son moyen ne peut qu'être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

6. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ". Aux termes de l'article 47 de l'annexe II au même code : " Toute rectification du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre d'une période sera prise en compte au titre de la même période pour le calcul des sommes distribuées ".

7. En premier lieu, l'administration, qui a remis en cause le passif du bilan de la SARL A Bati à hauteur de 111 525 euros au titre de l'exercice clos en 2017 et de 59 040 euros au titre de l'exercice clos en 2018, après avoir relevé l'inscription de différentes sommes au crédit du compte 46467000 " Autres comptes débiteurs et créditeurs ", fait valoir que ces sommes ont été présentées, sans justification, comme des apports de M. A. Si ce dernier soutient que les espèces proviennent de prêts d'une cousine, il ne produit cependant aucune pièce à l'appui de ses allégations. Le requérant ne saurait sérieusement justifier de l'inscription de la somme de 20 025 euros comptabilisée le 12 juillet 2017 et qui correspondrait au paiement d'une facture Guney Crepis, en se prévalant de retraits d'espèces opérés en 2016 et au cours du premier semestre de l'année 2017, alors par ailleurs qu'il ne produit aucun justificatif des apports allégués. Aucun élément ne vient justifier l'inscription des sommes de 2 000 euros et de 18 000 euros comptabilisées respectivement le 22 juillet 2017 et le 15 août 2017 ou encore l'inscription de la somme de 11 500 euros comptabilisée le 14 septembre 2017. S'agissant de la somme de 40 000 euros comptabilisée le 15 septembre 2017, le requérant soutient qu'elle correspond à l'achat d'un échafaudage d'occasion auprès de son père, que la facture aurait été payée en plusieurs fois, par un virement de 15 000 euros le 3 mai 2017, par un chèque de 13 000 euros daté du 25 septembre 2017, le solde de 12 000 euros ayant été réglé en espèces. Cependant, alors que la facture n'est pas produite, aucun élément ne vient justifier la réalité de ces paiements. En particulier, le chèque, dont une copie est versée à l'instruction, n'est pas daté et il n'est pas justifié de son encaissement. Il en est de même de la somme de 20 000 euros comptabilisée le 15 novembre 2017, qui correspondrait au paiement d'une facture Bâtiment Concept Multi ou de la somme de 30 015 euros comptabilisée le 6 mai 2018 qui correspondrait au paiement d'une facture Polat. S'agissant, enfin, de la somme de 29 025 euros comptabilisée le 16 août 2018, qui correspondrait au paiement d'une facture Bati Grand Est, s'il est soutenu que cette somme aurait été acquittée par des apports de son compte privé après qu'il eut perçu un virement ou un chèque de la SARL A Bati, aucun justificatif n'est produit à l'appui de ces allégations alors au demeurant que le requérant n'apporte aucun élément permettant d'appréhender la pertinence d'un tel circuit financier. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration a considéré que le passif du bilan était injustifié. Dans ces conditions, c'est à bon droit que les sommes en cause ont été réintégrées au résultat de la société si bien que l'administration justifie l'existence et le montant de revenus distribués correspondants.

8. En second lieu, en cas de refus des propositions de rectification par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

9. L'administration fait valoir que M. A est gérant statutaire de la SARL A Bati et que, étant à l'origine de l'ouverture du compte bancaire de la société, il détient la signature sur ce compte ainsi que la carte bancaire de la société. Au regard de ces éléments, l'administration établit que M. A disposait des pouvoirs les plus étendus au sein de la société lui permettant d'user sans contrôle de ses biens comme de biens propres et, par suite, comme le seul maître de l'affaire, peu importe la circonstance alléguée selon laquelle il ne détiendrait que 49% des parts de la société.

Sur la majoration de 40% pour manquement délibéré :

10. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ".

11. Pour établir le manquement délibéré du contribuable, l'administration fait valoir que M. A ne pouvait ignorer, en sa qualité de gérant et de maître de l'affaire, que la SARL A Bati avait enregistré des écritures constitutives d'un passif injustifié à son profit durant les années 2017 et 2018, pour des montants s'élevant respectivement à 111 525 euros au titre de l'année 2017 et à 59 040 euros au titre de l'année 2018. Au regard de ces éléments, l'administration établit que M. A a délibérément éludé l'impôt, justifiant l'application de la majoration prévue par les dispositions précitées au point 10. Par suite son moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Julien Iggert, président,

M. Christophe Michel, premier conseiller,

M. Mohammed Bouzar, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.

Le rapporteur,

M. BOUZAR

Le président,

J. IGGERT

Le greffier,

S. PILLET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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