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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2201375

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2201375

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2201375
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 1er et 22 mars 2022, M. C A, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision du 05 février 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer ;

2) d'annuler les décisions de retrait de points partiels relatifs aux infractions commises les 17 mai 2015 à 11h15 (3 points), 9 septembre 2015 à 10h52 (1 point), 15 juin 2016 à 7h41 (2 points), 22 mai 2016 à 10h 03 (1 point), 10 décembre 2016 à 15h28 (1 point), 18 juillet 2018 à 18h11(1 point), 27 septembre 2019 à 08h55 (4 points), 08 novembre 2019 à 10h37 (1point), 24 août 2020 à 17h30 (2 points) et 04 octobre 2021 à 14h36 (1 point) ;

3) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de créditer quatre points sur son permis de conduire suite au stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 11 et 12 février 2022 ;

4) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer le capital de points affecté à son titre de conduite, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

5) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

­ les décisions portant retrait de points ne lui ont jamais été notifiées ;

­ il n'a pas bénéficié lors des infractions routières, de l'information préalable prévue aux articles L.223-3 et R.223-3 du Code de la route.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut à titre principal, au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre la décision " 48SI " du 5 février 2022 en tant qu'elles sont dépourvues d'objet, et à titre subsidiaire, au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ le code de la route ;

­ le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur le non-lieu à statuer partiel :

1. Aux termes des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. A la date de l'obtention du permis de conduire, celui-ci est affecté de la moitié du nombre maximal de points. Il est fixé un délai probatoire de trois ans. Au terme de chaque année de ce délai probatoire, le permis est majoré d'un sixième du nombre maximal de points si aucune infraction ayant donné lieu à un retrait de point n'a été commise depuis le début de la période probatoire. Lorsque le titulaire du permis de conduire a suivi un apprentissage anticipé de la conduite, ce délai probatoire est réduit à deux ans et cette majoration est portée au quart du nombre maximal de points. Lorsque le nombre de points est nul le permis perd sa validité. La réalité d'une infraction entrainant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". L'alinéa 5 de l'article L.223 du même Code dispose que : " I.- En cas de retrait de la totalité des points, l'intéressé reçoit de l'autorité administrative, l'injonction de remettre son permis de conduire au préfet de son département de résidence et perd le droit de conduire un véhicule ". Aux termes de l'article L.223-6 de ce code : " () Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière qui peut être effectué dans la limite d'une fois par an ". Aux termes de l'article R. 223-8 du code : " I.- Le titulaire de l'agrément prévu au II de l'article R. 213-2 délivre une attestation de stage à toute personne qui a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière dans le respect de conditions d'assiduité et de participation fixées par arrêté du ministre chargé de la sécurité routière. Il transmet un exemplaire de cette attestation au préfet du département du lieu du stage, dans un délai de quinze jours à compter de la fin de celui-ci. II.- L'attestation délivrée à l'issue du stage effectué en application des dispositions de l'alinéa 3 de l'article L. 223-6 donne droit à la récupération de quatre points dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de son titulaire. Une nouvelle reconstitution de points, après une formation spécifique effectuée en application des mêmes dispositions, n'est possible qu'au terme d'un délai de deux ans ".

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral, édité par l'administration le 21 mars 2022, que le stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué par M. A les 11 et 12 février 2022 a bien été pris en compte, ce qui porte le solde du titre de conduite de l'intéressé à quatre points sur douze. Le ministre de l'intérieur a ainsi, postérieurement à l'introduction du présent recours, retiré la décision implicite de rejet refusant de créditer les quatre points dudit stage. Par suite, M. A étant réputé avoir obtenu satisfaction, sa requête doit être regardée comme étant devenue sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions de retraits de points :

3. Aux termes des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

4. M. A soutient que les décisions de retrait de points mentionnées par la décision " 48SI " ne lui ont jamais été notifiées par courrier. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des différents retraits de points est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

6. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de d'information préalable ne peut qu'être écarté.

S'agissant des infractions commises les 5 septembre 2015, 22 mai 2016, 10 décembre 2016, 18 juillet 2018, 27 septembre 2019, 8 novembre 2019 et 4 octobre 2021(Amende F D) :

7. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises en vertu des dispositions des articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

8. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A, produit par l'administration, que le requérant a payé l'amende forfaitaire afférente aux infractions commises les 5 septembre 2015, 22 mai 2016, 10 décembre 2016, 18 juillet 2018, 27 septembre 2019, 8 novembre 2019 et 4 octobre 2021, relevées par un radar automatique, ainsi que le prouve la mention "tribunal d'instance ou de police de D (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé)". Ainsi, M. A a nécessairement reçu le courrier du ministre de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ce paiement. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis, que celui-ci ne comportait pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations lors de la commission des infractions susmentionnées doit être écarté.

S'agissant des infractions commises les 17 mai 2015, 15 juin 2016, 24 août 2020 et 13 janvier 2022(Amende M D) :

9. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A, produit par l'administration, que les infractions commises les 17 mai 2015, 15 juin 2016, 24 août 2020 et 13 janvier 2022 ont fait l'objet de procès-verbaux électroniques mentionnant le retrait de points encourus et ont donnés lieu à l'émission de titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées. Ces infractions n'ont cependant fait l'objet d'aucun paiement ultérieur. Par suite, l'administration n'établit pas s'être acquittée de son obligation de délivrer à l'intéressé les informations légalement requises. En conséquence, les décisions ministérielles par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré 3, 2, 2 et 2 points du capital de points du permis de conduire de M. A, à la suite des infractions commises les 17 mai 2015, 15 juin 2016, 24 août 2020 et 13 janvier 2022, sont intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière et doivent être annulées.

10. Il s'ensuit que M. A est fondé à exciper de l'illégalité des retraits de points en ce qui concerne les infractions commises les 17 mai 2015, 15 juin 2016, 24 août 2020 et 13 janvier 2022 au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision ministérielle du 5 février 2022 portant invalidation de son permis de conduire.

11. En vertu des dispositions de l'article L.223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Or, il résulte de tout ce qui précède que la décision du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité du permis de conduire de M. A fait état de décisions de retrait de 3, 2, 2 et 2 points prises à l'issue d'une procédure irrégulière. Le solde de points du permis de M. A n'est donc pas nul du fait de l'irrégularité desdites décisions. Ainsi, la décision ministérielle du 5 février 2022 portant invalidation du permis litigieux doit être annulée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du Code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en annulation de la décision du 5 février 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation du permis de conduire de M. A.

Article 2 : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré 3, 2, 2 et 2 points du solde de points affecté au permis de conduire de M. A, à la suite des infractions commises les 17 mai 2015, 15 juin 2016, 24 août 2020 et 13 janvier 2022 sont annulées.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

Le magistrat désigné,

H. BLa greffière,

C. ADE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2201375

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