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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2201425

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2201425

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2201425
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGAUDRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mars 2022, Mme A C, représentée par Me Gaudron, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 septembre 2021 par laquelle le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration (ci-après OFII) a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 1er septembre 2021, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée, car elle ne prend pas en compte sa situation de vulnérabilité ;

- elle n'a pas bénéficié de l'entretien personnel prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle souffre d'un défaut de base légale, car elle est prise en application des dispositions des article L. 551-16 et R. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle souffre d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation de vulnérabilité ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 20, paragraphe 5 de la directive 2013/33/UE ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 27 février 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Romain Cormier ;

- et les conclusions de Mme Hélène Bronnenkant, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante ivoirienne, née le 1er juillet 1993, a déclaré être entrée en France le 22 décembre 2020 afin de solliciter l'asile. Elle a bénéficié des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile à compter du 26 janvier 2021. Par un courrier du 20 août 2021, Mme C a été informée par l'office français de l'immigration et de l'intégration de son intention de suspendre le bénéfice de ces conditions au motif qu'elle ne s'était pas présentée à une convocation des autorités et qu'elle a refusé de se soumettre à un test PCR obligatoire pour l'entrée effective sur le territoire de l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile. Mme C n'a pas présenté d'observations dans le délai de quinze jours. Par une décision du 21 septembre 2021, dont elle demande l'annulation, le directeur général de l'OFII a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, le directeur général de l'OFII a, par une décision du 1er mai 2021, donné délégation à Mme D B, directrice territoriale de Metz, à l'effet de signer les décisions relevant du champ de compétence de cette direction territoriale. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ".

4. Il résulte des dispositions citées au point précédent que lors de la présentation de sa première demande d'asile, un demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel destiné à évaluer sa vulnérabilité. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené préalablement à l'édiction de la décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, Mme C a bénéficié d'un entretien individuel destiné à évaluer sa vulnérabilité. Par suite, et alors que Mme C, en réponse à la lettre de l'office français de l'immigration et de l'intégration l'informant de ce que les conditions matérielles d'accueil pouvaient lui être retirées, n'a pas estimé utile de faire connaître à l'office les éléments de vulnérabilité dont elle aurait éventuellement pu se prévaloir, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée serait entachée d'un vice de procédure, faute pour l'office français de l'immigration et de l'intégration de l'avoir convoquée à un nouvel entretien de vulnérabilité.

6. En troisième lieu, la décision attaquée vise les articles L. 551-16 et R. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la date d'édiction de la décision attaquée, dont elle fait application et indique que Mme C n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à une convocation des autorités et en refusant de se soumettre à un test PCR obligatoire pour l'entrée effective sur le territoire de l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile. Référence est expressément faite, dans cette décision, à un courrier, que la requérante ne conteste pas avoir reçu et par lequel l'office français de l'immigration et de l'intégration lui avait fait part de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil en indiquant expressément le motif. Dans ces conditions, cette décision doit être regardée comme énonçant de manière suffisante les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée, mettant l'intéressée à même d'en comprendre les motifs et de les discuter utilement. Par suite, le moyen tiré par Mme C de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au présent litige : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement. La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ".

8. Pour mettre fin au service des conditions matérielles dont Mme C bénéficiait, l'OFII a retenu qu'elle ne s'est pas présentée à une convocation des autorités et qu'elle a refusé de se soumettre à un test PCR obligatoire pour l'entrée effective sur le territoire de l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile. Il ne ressort pas des éléments produits par Mme C que le directeur de l'OFII n'aurait pas pris en compte sa situation de vulnérabilité. Au demeurant, alors qu'elle a été mise à même de présenter des observations sur la mesure de cessation des conditions matérielles d'accueil envisagée à son encontre, elle n'y a pas donné suite. Par conséquent, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le directeur de l'OFII a méconnu les dispositions précitées. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; ou c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. / () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs. () ".

10. La requérante soutient que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles se fonde la décision contestée sont incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013. Cependant, il résulte des dispositions citées au point précédent que les Etats membres peuvent prévoir dans leur législation des cas qui permettent, sous certaines conditions et en considération de la situation de vulnérabilité de l'intéressé, de retirer à un demandeur d'asile l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile méconnaissent les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 en ce qu'elles permettent à l'autorité administrative de retirer à un demandeur d'asile le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sans que ne soit garanti son accès à un niveau de vie digne.

11. En sixième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. Si la requérante soutient que la décision en litige méconnaît les stipulations précitées dès lors qu'elle la place dans une situation de " dénuement matériel extrême ", elle ne produit pas à l'instance d'éléments suffisants susceptibles d'établir qu'elle serait exposée à des traitements inhumains et dégradants au sens de ces stipulations. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, par suite, pas être accueilli.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme C ne peuvent qu'être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Gaudron et au directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laubriat, président,

Mme Weisse-Marchal, première conseillère,

M. Cormier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

Le rapporteur,

R. Cormier

Le président,

A. Laubriat

La greffière,

A. Dorffer

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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