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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2202346

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2202346

mardi 25 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2202346
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL PERNET & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 avril et 19 mai 2022 et le 23 mars 2023, M. D C, représenté par la SELARL Pernet-Hirtz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a ordonné de se dessaisir des armes et des munitions dont il était en possession dans un délai de trois mois ou, à défaut, de les remettre aux services de gendarmerie, a prononcé à son encontre une interdiction d'acquisition et de détention d'armes de toute catégorie et a retiré la validation de son permis de chasser ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 400 en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs aux décisions de dessaisissement et d'interdiction d'acquisition et de détention d'armes :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées.

Sur le moyen propre à la décision de dessaisissement :

- la décision en litige est entaché d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation.

Sur les moyens propres à l'interdiction d'acquisition et de détention d'armes :

- la décision attaquée est illégale par la voie de l'exception et par voie de conséquence ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duez-Gündel,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,

- et les observations de Me Scarinoff, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. En novembre 2021, M. C, détenteur de plusieurs carabines de catégorie C, a déclaré une nouvelle arme auprès des services de la sous-préfecture de Sélestat-Erstein. Par un arrêté du 22 février 2022, la préfète du Bas-Rhin a ordonné à M. C de se dessaisir des armes et des munitions dont il était en possession dans un délai de trois mois ou, à défaut, de les remettre aux services de gendarmerie, a prononcé à son encontre une interdiction d'acquisition et de détention d'armes de toute catégorie et a retiré la validation du permis de chasser dont il était titulaire. Par sa requête, M. C demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs au dessaisissement et à l'interdiction d'acquisition et de détention d'armes :

2. En premier lieu, par un arrêté du 29 juillet 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 30 juillet 2021, la préfète du Bas-Rhin a donné délégation à Mme A B, sous-préfète de Sélestat-Erstein, à l'effet de signer, dans les limites de son arrondissement, les décisions portant dessaisissement et remise d'armes fondées sur des raisons d'ordre public ou de sécurité des personne, ainsi que les décisions d'inscription des personnes concernées au fichier national des personnes interdites d'acquisition et de détention d'armes. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de Mme B, signataire des décisions en litige, manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, les décisions attaquées qui comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement sont suffisamment motivées. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut, par suite, pas être accueilli.

Sur le moyen propre au dessaisissement :

4. Aux termes de l'article L. 312-11 du code de la sécurité intérieure : " Sans préjudice des dispositions de la sous-section 1, le représentant de l'Etat dans le département peut, pour des raisons d'ordre public ou de sécurité des personnes, ordonner à tout détenteur d'une arme, de munitions et de leurs éléments de toute catégorie de s'en dessaisir. / Le dessaisissement consiste soit à vendre l'arme les munitions et leurs éléments à une personne titulaire de l'autorisation, mentionnée à l'article L. 2332-1 du code de la défense, ou à un tiers remplissant les conditions légales d'acquisition et de détention, soit à la remettre à l'Etat. Un décret en Conseil d'Etat détermine les modalités du dessaisissement. (). ". Par ailleurs, l'article R. 312-67 de ce code dispose que : " Le préfet ordonne la remise ou le dessaisissement de l'arme ou de ses éléments dans les conditions prévues aux articles L. 312-7 ou L. 312-11 lorsque : / () / 3° Il résulte de l'enquête diligentée par le préfet que le comportement du demandeur ou du déclarant est incompatible avec la détention d'une arme ; cette enquête peut donner lieu à la consultation des traitements automatisés de données personnelles mentionnés à l'article 26 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ; (). ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné à une peine d'un mois d'emprisonnement avec sursis par le tribunal correctionnel de Colmar pour des faits de violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité et d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, commis le 7 avril 2013 à Sundhouse. Si M. C se prévaut de la suppression de cette condamnation du bulletin n° 2 de son casier judiciaire en vertu d'un jugement du tribunal correctionnel de Colmar du 3 mai 2016, cette circonstance est sans incidence sur la matérialité et la gravité des faits qui lui sont reprochés et qui pouvaient servir de fondement à la décision en litige. Par ailleurs, il ressort du procès-verbal de renseignement administratif du 13 décembre 2021 que le requérant est décrit comme " une personne impulsive qui peut mal se comporter verbalement avec les administrations et avec son voisinage ". Or ces éléments font apparaître une absence d'évolution du comportement de M. C depuis les faits commis en avril 2013. Pour ces seuls motifs, eu égard en particulier à la nature des infractions commises par l'intéressé sur une personne dépositaire de l'autorité publique, la préfète du Bas-Rhin pouvait légalement estimer que le comportement de M. C était encore incompatible avec la détention d'une arme à la date de la décision attaquée. Il s'ensuit que la préfète du Bas-Rhin n'a pas entaché sa décision d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation au regard des dispositions citées au point précédent.

Sur les moyens propres à l'interdiction d'acquisition et de détention d'armes :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant dessaisissement de ses armes et munitions. Il s'ensuit que Dès lors, les moyens tirés de l'illégalité de cette décision, invoquée par voie d'exception, et de l'annulation par voie de conséquence de l'interdiction d'acquisition et de détention d'armes ne peuvent qu'être écartés.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 312-13 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable au litige résultant de la loi n° 2022-52 du 24 janvier 2022 : " Il est interdit aux personnes ayant fait l'objet de la procédure prévue à la présente sous-section d'acquérir ou de détenir des armes, munitions et leurs éléments de toute catégorie. / Cette interdiction est levée par le représentant de l'Etat dans le département s'il apparaît que l'acquisition ou la détention d'armes, de munitions et de leurs éléments par la personne concernée n'est plus de nature à porter atteinte à l'ordre public ou à la sécurité des personnes. ".

8. M. C fait valoir que la préfète du Bas-Rhin ne justifie pas l'application à toutes les catégories d'armes de la décision en litige. Toutefois et d'une part, la version de l'article L. 312-13 du code de la sécurité intérieure dont il se prévaut et qui dispose que " Le représentant de l'Etat dans le département peut cependant décider de limiter cette interdiction à certaines catégories ou à certains types d'armes, de munitions et de leurs éléments. " n'était plus en vigueur à la date de la décision attaquée. D'autre part, il ne résulte pas des dispositions précitées de l'article L. 312-13 du même code, en vigueur depuis le 26 janvier 2022 et applicables au litige, que la préfète pouvait limiter son interdiction d'acquisition et de détention d'armes à certains types d'armes. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté comme inopérant.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et à la préfète du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Carrier, président,

M. Duez-Gündel, conseiller

Mme Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2023.

Le rapporteur,

C. DUEZ-GÜNDEL

Le président,

C. CARRIER

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne à la préfète du Bas-Rhin en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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