jeudi 9 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2202832 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL TEISSONNIERE TOPALOFF LAFFORGUE ANDREU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrée le 28 avril 2022 et 12 janvier 2023, Mme D F épouse E, M. H E, M. B E et M. G E, représentés par la SELARL Teissonnière Topaloff Lafforgue Andreu, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 345 000 euros, assortie des intérêts et de leur capitalisation à compter du 29 décembre 2021, en réparation de leurs préjudices personnels résultant du décès de M. A E ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur créance n'est pas prescrite, dès lors qu'ils ont disposé d'indications suffisantes selon lesquelles la pathologie qui a entraîné le décès de leur époux et père pourrait être imputable au fait de l'Etat à compter de l'arrêt du 9 avril 2015 par lequel la cour administrative d'appel de Nancy a reconnu le caractère radio-induit du cancer de M. E et enjoint au Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires de présenter une proposition d'indemnisation à Mme E au titre des préjudices subis par son époux ;
- la responsabilité de l'Etat est engagée du fait de sa carence fautive à mettre en place des moyens de suivi et de protection appropriés à l'égard de M. E ;
- Mme E a subi un préjudice économique qui s'élève à 60 000 euros et un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en lui accordant la somme de 90 000 euros ;
- MM. H, B et G E, fils de M. C E, ont subi un préjudice économique qui s'élève respectivement à 10 000, 15 000 et 20 000 euros, ainsi qu'un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en leur accordant à chacun la somme de 50 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2022, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la créance est prescrite, dès lors que le point de départ de la prescription était le premier jour de l'année suivant celle du décès de M. E intervenu le 16 juin 1987, soit en l'espèce
le 1er janvier 1988 ;
- la requête est irrecevable en l'absence de chiffrage des préjudices allégués ;
- la responsabilité pour faute de l'État ne peut être retenue, dans la mesure où le lien de causalité entre l'exposition aux rayonnements ionisants de M. E et sa maladie n'est pas établi et ne peut être tenu pour acquis du seul fait que l'intéressé a bénéficié de la présomption légale de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français ;
- la carence fautive de l'Etat n'est pas établie ;
- en tout état de cause, les sommes demandées au titre des préjudices subis sont excessives.
Par un mémoire, enregistré le 22 juin 2022, le Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires demande à être mis hors de cause.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics ;
- la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Léa Perabo Bonnet,
- les conclusions de M. Alexandre Therre, rapporteur public,
- les observations de Me Labrunie, avocate de Mme F épouse E.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 4 novembre 2010, Mme E a présenté au comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) une demande d'indemnisation sur le fondement de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français, en qualité d'ayant-droit de son époux, décédé le 16 juin 1987 d'une leucémie. Par un arrêt du 9 avril 2015, la cour administrative d'appel de Nancy a reconnu le caractère radio-induit du cancer dont M. E est décédé et a enjoint au Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires de présenter une proposition d'indemnisation à Mme E au titre des préjudices subis par son époux. Le CIVEN a présenté une proposition d'indemnisation en date du 22 septembre 2016, d'un montant de 61 057 euros, qui a été acceptée par Mme E. Par un courrier du 29 décembre 2021 adressé au ministère des armées, Mme E et ses trois fils ont demandé l'indemnisation de leurs propres préjudices résultant du décès de leur époux et père. Cette demande ayant fait l'objet d'une décision implicite de rejet, les requérants demandent, par la présente requête, l'indemnisation de leurs préjudices personnels qu'ils évaluent à la somme globale de 345 000 euros.
Sur l'exception de prescription quadriennale :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'État, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis ". L'article 2 de la même loi dispose que : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement. / Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ; Toute communication écrite d'une administration intéressée, même si cette communication n'a pas été faite directement au créancier qui s'en prévaut, dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ; / Toute émission de moyen de règlement, même si ce règlement ne couvre qu'une partie de la créance ou si le créancier n'a pas été exactement désigné. / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée. ". Aux termes de l'article 3 de la même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ". Aux termes de l'article 6 du même texte : " Les autorités administratives ne peuvent renoncer à opposer la prescription qui découle de la présente loi () ".
3. Le point de départ de la prescription quadriennale est la date à laquelle la victime est en mesure de connaître l'origine de ce dommage ou du moins de disposer d'indications suffisantes selon lesquelles ce dommage pourrait être imputable au fait de l'administration.
4. Il résulte de l'instruction que Mme E a adressé, en date du 4 novembre 2010, une demande au CIVEN tendant à ce qu'elle soit indemnisée, en sa qualité d'ayant droit de son époux décédé, des préjudices subis par ce dernier en raison de son exposition aux rayons ionisants résultant des essais nucléaires français au Sahara. Dès lors, dès la date de cette demande,
Mme E doit être regardée comme ayant eu connaissance d'indications suffisantes selon lesquelles le dommage personnel qu'elle a subi en qualité d'épouse de la victime pouvait être imputable au fait de l'Etat. Il n'est pas allégué et il ne résulte pas de l'instruction que les fils de Mme E ne disposaient pas des mêmes indications suffisantes que leur mère à cette même date. Ainsi, la réparation des préjudices propres des ayants droit de M. E ne pouvait être invoquée que dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis, soit jusqu'au 31 décembre 2014. Or, les requérants ont demandé au ministère des armées l'indemnisation de leurs préjudices propres résultant du décès de leur époux et père par un courrier du 29 décembre 2021 et si le CIVEN avait admis, par une décision
du 22 septembre 2016, l'indemnisation des préjudices subis par MM. E, ce courrier est, en tout état de cause, sans incidence sur le présent litige, dès lors qu'il est postérieur à l'expiration du délai de prescription. Par suite, en l'absence de tout élément interruptif de prescription, le ministre des armées est fondé à opposer aux conclusions indemnitaires des intéressés la prescription quadriennale prévue par les dispositions précitées.
5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre des armées, que les conclusions indemnitaires présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le ministre des armées, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme F épouse E et autres la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme F épouse E et autres est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F épouse E, à M. H E, à M. B E, à M. G E et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Dhers, président,
M. Biget, premier conseiller,
Mme Perabo Bonnet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 novembre 2023.
La rapporteure,
L. Perabo Bonnet
Le président,
S. Dhers
La greffière,
N. Adjacent
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026