mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2202897 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP D'AVOCATS TEN FRANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 29 avril, 19 septembre, 20 octobre et 4 novembre 2022, la société par actions simplifiées (SAS) Wassdis, représentée par Me Sournies demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 février 2022 par laquelle le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est a prononcé à son encontre une amende administrative en application des articles L. 3171-2 et D. 3171-8 du code du travail, d'un montant de 500 euros concernant 108 salariés, soit un montant total de 54 000 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat, le versement d'une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure, en raison d'une absence de contradictoire ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle prononce une amende disproportionnée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense enregistrés les 19 août, 4 octobre et 24 octobre 2022, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Cormier, rapporteur ;
- les conclusions de Mme Julie Devys, rapporteure publique ;
- les observations de M. C et Me Levrey, représentants la SAS Wassdis ;
- et les observations de M. A, représentant la DREETS du Grand-Est.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que le 22 octobre 2020, lors d'un contrôle au sein de la société Wassdis, un agent de contrôle de l'inspection du travail a constaté que les salariés n'enregistraient leurs heures travaillées qu'en fin de mois, en méconnaissance des articles L. 3171-2 et D. 3171-8 du code du travail. L'inspection du travail a adressé le 6 novembre 2020 un courrier d'observations à l'employeur, lui rappelant la réglementation applicable en matière de décompte de la durée du travail et lui demandant des documents complémentaires. Le 14 décembre 2020, l'employeur a adressé les documents demandés à l'inspection du travail, à l'exception des documents mensuels mentionnant le cumul des heures supplémentaires et un état des heures de repos compensateurs acquis et pris. Le 24 février 2021, l'agent de contrôle a détaillé au sein de l'entreprise les constats réalisés à l'occasion du contrôle initial. Lors de cette rencontre, le dirigeant de la société Wassdis a indiqué qu'il avait décidé de mettre en place une pointeuse et qu'en attendant, les salariés devraient remplir quotidiennement leurs relevés d'heures. Le 8 avril 2021, l'agent de contrôle a adressé un courrier d'observations et a rappelé les obligations en matière de suivi de la durée du travail. Le 2 juin 2021, l'entreprise a répondu en indiquant avoir engagé les démarches pour mettre en place une pointeuse. Le 23 novembre 2021, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est (DREETS) a informé la société qu'il envisageait de prononcer une amende administrative et l'a invitée à présenter ses observations dans le délai d'un mois. Le 21 décembre 2021, le président de la société Wassdis a transmis ses observations à la DREETS. Par une décision du 25 février 2022, dont la société requérante demande l'annulation, la DREETS a prononcé une amende administrative d'un montant de 500 euros pour 108 salariés, pour un montant total de 54 000 euros.
Sur la régularité de la sanction :
2. En premier lieu, par un arrêté du 22 juillet 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Grand Est le 23 juillet 2021, le directeur régional adjoint, chargé des fonctions de responsable du pôle " politiques du travail " de la DREETS Grand Est a donné délégation à Mme B D, directrice adjointe du travail, à l'effet de signer les sanctions administratives pour tous les manquements prévus par le code du travail à l'exception de certaines catégories d'actes au nombre desquelles ne figure pas la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision contestée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "
4. Il résulte de l'instruction que la décision litigieuse comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
5. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que la DREETS ne s'est pas fondée sur le rapport établi en 2014 pour établir les faits relevés en 2020 et 2021. Il résulte également de l'instruction que l'entreprise a été invitée à présenter ses observations sur la sanction qui était envisagée à son encontre. Par suite, la SAS Wassdis n'est pas fondée à se prévaloir d'un vice de procédure en raison d'une absence de contradictoire.
Sur le bien-fondé de la sanction :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 8113-7 du code du travail : " Les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1 et les fonctionnaires de contrôle assimilés constatent les infractions par des procès-verbaux qui font foi jusqu'à preuve du contraire. () ".
7. Il résulte de l'instruction que d'une part, le procès-verbal établi par l'agent de contrôle, à l'issue de son contrôle du 22 octobre 2021, mentionne que " n'étant pas en mesure de vous joindre durant votre absence, mes deux interlocuteurs ont refusé d'accéder à ma demande, m'indiquant qu'ils avaient pour instruction de ne laisser sortir aucun document interne de l'entreprise () la copie des documents mentionnés aurait due en conséquence m'être remise et ce refus manifesté pourrait constituer un obstacle à fonction ". D'autre part, si la société conteste les termes employés par l'agent de contrôle, elle n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de son affirmation. Par suite, le moyen tiré de ce que les salariés présents n'auraient pas refusé de manière persistante à communiquer les documents demandés par l'agent de contrôle doit être écarté. En tout état de cause, les amendes administratives prononcées par la DREETS ne sanctionnent pas l'obstacle opposé aux fonctions de l'agent de contrôle de l'inspection du travail mais les dépassements par les salariés de l'entreprise des durées maximales quotidiennes et hebdomadaires du travail. Dans ces conditions, la circonstance, à la supposer avérée, que la mention figurant dans la décision du 25 février 2022 d'un " refus persistant de communication des documents " serait erronée, est sans incidence sur le bien-fondé de ladite décision.
8. En deuxième lieu, il est constant que la société ne faisait pas apparaitre la mention du cumul des heures supplémentaires réalisées par les salariés sur leurs bulletins de paies, ni sur aucun document annexe. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté comme manquant en fait.
9. En troisième lieu, ainsi qu'il l'a été dit au point 6 et 7, les constatations effectuées par l'agent de contrôle le 22 octobre 2020 font foi jusqu'à preuve du contraire. En l'espèce, si la société requérante soutient que les salariés employés aux caisses et au sein de l'espace " charcuterie et fromage coupe " disposaient d'un système électronique de gestion du temps de travail lié au logiciel de caisse pour les premiers et d'une trame vierge à compléter chaque jour pour les seconds, il résulte de l'instruction que lors du contrôle opéré sur le site le 22 octobre 2020, les responsables d'équipes ont expliqué à l'agent de contrôle qu'il n'existait pas de décompte de la durée de travail par jour, ni par semaine. Par suite, ce moyen doit être écarté.
10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 3171-2 du code du travail : " Lorsque tous les salariés occupés dans un service ou un atelier ne travaillent pas selon le même horaire collectif, l'employeur établit les documents nécessaires au décompte de la durée de travail, des repos compensateurs acquis et de leur prise effective, pour chacun des salariés concernés. () ". Aux termes de l'article D. 3171-8 de ce code : " Lorsque les salariés d'un atelier, d'un service ou d'une équipe, au sens de l'article D. 3171-7, ne travaillent pas selon le même horaire collectif de travail affiché, la durée du travail de chaque salarié concerné est décomptée selon les modalités suivantes : 1° Quotidiennement, par enregistrement, selon tous moyens, des heures de début et de fin de chaque période de travail ou par le relevé du nombre d'heures de travail accomplies ; 2° Chaque semaine, par récapitulation selon tous moyens du nombre d'heures de travail accomplies par chaque salarié. ". Aux termes de l'article L. 8115-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, sur rapport de l'agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1, et sous réserve de l'absence de poursuites pénales, soit adresser à l'employeur un avertissement, soit prononcer à l'encontre de l'employeur une amende en cas de manquement : () 3° A l'article L. 3171-2 relatif à l'établissement d'un décompte de la durée de travail et aux dispositions réglementaires prises pour son application () ". Aux termes de l'article L. 8115-3 du même code : " Le montant maximal de l'amende est de 4 000 euros et peut être appliqué autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés par le manquement. () ".
11. En l'espèce, il résulte des points 8 et 9 du présent jugement que la SAS Wassdis a méconnu les dispositions de l'article L. 3171-2 du code du travail. Eu égard au montant de l'amende prononcée par la DREETS Grand Est, qui correspond à 12,5 % de l'amende maximale encourue, l'autorité administrative n'a pas commis d'erreur d'appréciation en sanctionnant la SAS Wassdis d'une amende administrative de 54 000 euros.
Sur les frais liés au litige :
5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la SAS Wassdis au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : La requête présentée par la SAS Wassdis est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Wassdis et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion. Copie en sera transmise au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités du Grand Est.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Labriat, président,
Mme Weisse-Marchal, première conseillère,
M. Cormier, conseiller
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
Le rapporteur,
R. Cormier
Le président,
A. Laubriat
La greffière,
A. Picot
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026