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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2203141

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2203141

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2203141
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2022, M. B C, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 26 mars 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que l'ensemble des retraits de points y ayant concouru ;

2) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré de retraits dix points du solde affecté à son permis de conduire consécutivement aux infractions commises les 18 septembre 2018 à 20h09 (3 points), 08 mars 2019 à 16h15 (3 points), 02 août 2020 à 17h04 (1 point), 13 juin 2021 à 13h29 (1 point), 03 juin 2021 à 10h31 (1 point) et 09 juillet 2021 à 11h39 (1 point) ;

3) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer les points illégalement retirés au capital de points affecté à son titre de conduite, ainsi que ledit titre dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2.000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- les décisions de retrait de points ne lui auraient pas été notifiées ;

- il n'aurait pas bénéficié, lors des infractions commises les 9 juillet 2021, 13 juin 2021, 03 juin 2021, 08 mars 2019 et 18 septembre 2018, de l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions commises les 9 juillet 2021, 13 juin 2021, 03 juin 2021, 08 mars 2019 et 18 septembre 2018 n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 03 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, qui était titulaire du permis de conduire probatoire obtenu le 03 décembre 2018, a commis les 9 juillet 2021, 13 juin 2021, 03 juin 2021, 02 août 2020, 08 mars 2019 et 18 septembre 2018, différentes infractions au code de la route ayant entrainé le retrait de dix points sur son permis de conduire. Par une décision référencée " 48SI " en date du 26 mars 2022, le ministre de l'intérieur a récapitulé les décisions de retrait de points antérieures, a constaté un solde de points nul et la perte pour l'intéressé du droit de conduire un véhicule et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Dans le cadre de la présente instance, M. C demande l'annulation de cette décision, ainsi que les décisions de retraits de points mentionnées dans cette décision.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des retraits de points consécutifs à l'infraction commise le 02 août 2020 :

En ce qui concerne la recevabilité :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route : " () en cas de commission d'une infraction ayant entrainé le retrait d'un point, ce point est réattribué au terme du délai de six mois à compter de la date mentionnée au premier alinéa, si le titulaire du permis de conduire n'a pas commis, dans cet intervalle, une infraction ayant donné lieu à un nouveau retrait de points (). ".

3. Il ressort du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. C, produit par le ministre de l'intérieur, que le point correspondant à l'infraction commise le 2 août 2020 a été restitué le 14 septembre 2021, soit antérieurement à l'introduction de la requête. Les conclusions tendant à l'annulation de cette décision de retrait de points sont donc, par suite, irrecevables. Elles doivent dès lors être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions accessoires à fin d'injonction tendant à la restitution de ce point.

En ce qui concerne le défaut de notification des retraits de points :

4. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

5. M. C soutient que les décisions de retrait de points mentionnées par la décision " 48SI " ne lui ont jamais été notifiées par courrier. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des différents retraits de points est inopérant et doit être écarté.

6. Au surplus, il était loisible à l'intéressé de consulter son relevé d'information intégral et de suivre, s'il l'estimait utile, un stage de sensibilisation à la sécurité routière.

En ce qui concerne le défaut de délivrance de l'information préalable :

7. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaitre la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous les moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant de l'infraction commise le 18 septembre 2018 :

8. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. C produit par l'administration, que le requérant a payé l'amende forfaitaire afférente à l'infraction commise le 18 septembre 2018 a été relevée au moyen d'un radar automatique, ainsi que le prouve la mention "tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé)". Ainsi, M. C a nécessairement reçu le courrier du ministre de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ce paiement. Il s'ensuit que, l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce, et alors que l'intéressé n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis, que celui-ci ne comportait pas l'ensemble des informations exigées ; comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations lors de la commission de l'infraction susmentionnée doit être écartée.

S'agissant de l'infraction commise le 08 mars 2019 :

9. Il résulte de l'article R. 49 du code de procédure pénale que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire peut être dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé, qui permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En outre, il ressort des dispositions des articles R. 49-1, A. 37-10 et A. 37-11 du même code que lorsqu'une infraction a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, l'avis de contravention est envoyé au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation. Le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis, qui comporte toutes les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

10. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'information légale, dès lors que seule l'indication du nombre de points dont l'infraction entrainait le retrait figurait sur la page écran présentée au contrevenant et non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Néanmoins, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

11. Il résulte des mentions portées sur le relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. C que l'infraction commise le 08 mars 2019 a fait l'objet d'un procès-verbal électronique mentionnant le retrait de points encouru et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur verse au dossier le procès-verbal dématérialisé de constat de cette infraction, qui, en l'espèce, comporte les mentions requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, sous lesquelles le requérant a apposé sa signature. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve, qui lui incombe, qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable. Au surplus, eu égard aux infractions précédemment commises par l'intéressé à l'occasion desquelles l'information légale précitée lui a été délivrée, il ne pourrait être regardé comme ayant été privé d'une garantie si elle ne lui avait pas été à nouveau délivrée lors de la commission de cette infraction. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le retrait de points dont il a fait l'objet à la suite de l'infraction commise le 08 mars 2019 serait illégal.

S'agissant des infractions commises les 9 juillet 2021 et 3 juin 2021 :

12. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. C, produit par l'administration, que les infractions commises les 9 juillet 2021 et 3 juin 2021 ont été relevées au moyen d'un radar automatique, ainsi que le prouve la mention "tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé)", et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Le ministre produit à cet égard des avis de réception postaux et des plis afférents aux avis d'amendes forfaitaires majorées afférentes aux infractions des 9 juillet 2021 et 3 juin 2021. Il ressort des mentions portées sur lesdits avis que les plis dont il s'agit, envoyés par le DPS pour le compte de N9, ont été adressés à M. C, par lettres recommandées avec accusés de réception respectivement n°2D 045 399 5755 2 et n° 2D 045 426 1735 1. L'avis afférent à l'infraction du 09 juillet 2021 a été présenté le 07 décembre 2021, et l'avis afférent à l'infraction du 03 juin 2021 le 06 novembre 2021, à la même adresse que celle figurant dans les écritures de l'intéressé, comme en atteste la mention " avisé ". Or, cette mention implique nécessairement que M. C était absent de son domicile lors du passage du facteur et que l'avis de passage l'informant de la présentation d'un pli recommandé et de la possibilité de le retirer à La Poste dans un délai de quinze jours a été déposé dans sa boite aux lettres. En outre, les plis et les accusés de réception portent la mention " pli avisé et non réclamé ", ce qui révèle que M. C s'est abstenu d'aller retirer les plis du bureau de poste dont ils relevaient. Si le requérant fait valoir qu'il n'a jamais eu notification desdites décisions, il ne fait toutefois état d'aucune circonstance ayant fait obstacle à ce qu'elle ait pris connaissance en temps utile du contenu des envois recommandés qui lui était adressés. M. C doit dès lors être regardé comme ayant reçu notification de la décision d'amende forfaitaire majorée et de retrait de points afférentes aux infractions des 09 juillet 2021 et 03 juin 2021. Il résulte de ce qui précède que l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée de son obligation d'information préalable. Par suite, le moyen tiré du défaut de délivrance d'information préalable concernant les infractions des 09 juillet 2021 et 03 juin 2021 doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 13 juin 2021 :

13. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. C, produit par l'administration que l'infraction commise le 13 juin 2021 a été relevée au moyen d'un radar automatique, ainsi que le prouve la mention "tribunal d'instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement - contrôle sanction automatisé)", et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, lequel informe le requérant de la perte de points en question. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'absence d'information pour la décision du ministre de l'intérieur retirant un point au capital de points du permis de conduire de M. C, à la suite de l'infraction commise le 13 juin 2021 doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de M. C à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions du requérant à fin d'injonction ne peuvent, par suite, être accueillies.

Sur les frais du litige :

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2.000 euros au titre de frais irrépétibles.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

H. ALa greffière,

V. IMMELE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2203141

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