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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2203373

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2203373

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2203373
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSELARL FRANCK COHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mai 2022, M. D C, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision " 48SI " du 17 novembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer ;

2) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours gracieux en date du 23 février 2022 ;

3) d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 23 mai 2019 à 01h02, 30 juin 2019 à 03h48, 30 juin 2019 à 03h47, 23 mai 2019 à 01h00 et 7 juillet 2015 ;

4) d'enjoindre à l'administration, d'une part, de lui restituer les points illégalement retirés de son titre de conduite correspondants des infractions des 23 mai 2019 à 01h02 (3 points), 30 juin 2019 à 03h48 (3 points), 30 juin 2019 à 03h47 (4 points), 23 mai 2019 à 01h00 (4 points) et 7 juillet 2015 (2 points) et, d'autre part, de lui restituer son permis de conduire affecté d'un capital de points ;

5) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2.000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- il n'a pas reçu l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- les décisions 48M portant de retrait de points ne lui auraient jamais été notifiées ;

- la réalité des infractions des 23 mai 2019 à 01h02, 30 juin 2019 à 03h48, 30 juin 2019 à 03h47, 23 mai 2019 à 01h00 et 7 juillet 2015 ne serait pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête de M. C, ainsi qu'à ce qu'il soit mis à la charge du requérant le versement d'une somme de 750 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'infractions au code de la route, reprochées à M. C, le ministre de l'intérieur a, par décision du 17 novembre 2021, invalidé le titre de conduite de l'intéressé pour solde de points nul. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cette décision, l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 23 mai 2019 à 01h02, 30 juin 2019 à 03h48, 30 juin 2019 à 03h47, 23 mai 2019 à 01h00 et 7 juillet 2015, ainsi que l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours gracieux daté du 23 février 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le défaut de notification des retraits de points :

2. Aux termes des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif".

3. M. C soutient que les décisions de retrait de points mentionnées par la décision " 48SI " ne lui ont jamais été notifiées par courrier. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des différents retraits de points est inopérant et doit être écarté.

4. Au surplus, il était loisible à l'intéressé de consulter son relevé d'information intégral et de suivre, s'il l'estimait utile, un stage de sensibilisation à la sécurité routière.

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaitre la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant des infractions commises les 30 juin 2019 à 03h48, 30 juin 2019 à 03h47, 23 mai 2019 à 01h00, 23 mai 2019 à 01h02 et 7 juillet 2015 :

6. Il résulte de l'article R.49 du Code de procédure pénal que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donné lieu à une amende forfaitaire peut être dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé, qui permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnait avoir eu connaissance ". En outre il ressort des dispositions des articles R.49-1, A.37-10 et A.37-11 du même Code que lorsqu'une infraction a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, l'avis de contravention est envoyé au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation. Le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis, qui comporte toutes les informations requises par les dispositions des articles L.223-3 etR.223-3 du Code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaitre sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entrainant retrait de points, l'ensemble des informations exigées aux articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservé par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'information légale, dès lors que seule l'indication du nombre de points dont l'infraction le retrait figurait sur la page écran présentée au contrevenant et non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Néanmoins, la seule circonstance que l'intéressé n'ait pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante, s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

8. En l'espèce, il résulte des mentions portées sur le relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. C, que les infractions commises les 30 juin 2019 à 03h48, 30 juin 2019 à 03h47, 23 mai 2019 à 01h00, 23 mai 2019 à 01h02 et 7 juillet 2015 ont fait l'objet d'un procès-verbal électronique mentionnant les retraits de points encourus et ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées. Le ministre verse au dossier les procès-verbaux dématérialisés de constat de ces infractions, qui, en l'espèce, comporte les mentions requises par les dispositions des articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route, sous lesquelles le requérant a refusé d'apposer sa signature. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve qui lui incombe qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable. Au surplus, eu égard aux infractions précédemment commises par l'intéressé à l'occasion desquelles l'information légale précitée lui a été délivrée, il ne pourrait être regardé comme ayant été privé d'une garantie si elle ne lui avait pas été à nouveau délivrée lors de la commission de ces infractions. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le retrait de points dont il a fait l'objet à la suite des infractions commises les 30 juin 2019 à 03h48, 30 juin 2019 à 03h47, 23 mai 2019 à 01h00, 23 mai 2019 à 01h02 et 7 juillet 2015 seraient illégales.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de réalité des infractions commises les 23 mai 2019 à 01h00, 23 mai 2019 à 01h02, 07 mai 2015, 30 juin 2019 à 03h47, 30 juin 2019 à 03h48 :

9. Aux termes des dispositions de l'article L.223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entrainant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".

10. Il résulte d'une part des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale que, pour les infractions des quatre premières classes dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat, le contrevenant peut, dans les quarante-cinq jours de la contestation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention, soit acquitter une amende forfaitaire et éteindre ainsi l'action publique, soit présenter une requête en exonération. S'il s'abstient tant de payer l'amende forfaitaire que de présenter une requête, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée au profit du Trésor public en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public, lequel est exécuté suivant les règles prévues pour l'exécution des jugements de police. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 530 du même Code : " Dans les trente jours de l'envoi de l'avis invitant le contrevenant à payer l'amende forfaitaire majorée, l'intéressé peut former auprès du ministère public une réclamation motivée qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée. Cette réclamation reste recevable tant que la peine n'est pas prescrite, s'il ne résulte pas d'un acte d'exécution ou de tout autre moyen de preuve que l'intéressé a eu connaissance de l'amende forfaitaire majorée. S'il s'agit d'une contravention au Code de la route, la réclamation n'est toutefois plus recevable à l'issue d'un délai de trois mois lorsque l'avis d'amende forfaitaire majorée est envoyé par lettre recommandée à l'adresse figurant sur le certificat d'immatriculation du véhicule, sauf si le contrevenant justifie qu'il a, avant l'expiration de ce délai, déclaré son changement d'adresse au service d'immatriculation des véhicules () ". Eu égard aux dispositions de l'article L.123-1 du code de la route, l'annulation du titre exécutoire a pour conséquence que la réalité de l'infraction ne peut plus être regardée comme établie. L'autorité administrative doit, par suite, rétablir sur le permis de conduire les points qui avaient pu être retirés, sans préjudice d'un nouveau retrait si le juge pénal est saisi et prononce une condamnation.

11. Il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entrainé l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment nommé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L.311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

12. Il ressort des pièces du dossier que les infractions relevées les 23 mai 2019 à 1h00, 23 mai 2019 à 1h02, 7 mai 2015, 30 juin 2019 à 3h47, 30 juin 2019 à 3h48 ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées à l'encontre de M. C. Si à l'appui de son recours, le requérant indique avoir formé le 30 juin 2021, une requête en exonération devant l'officier du ministère public dans les quarante-cinq jours de la réception de l'avis de réception, il ne produit toutefois aucun document permettant d'établir que cette réclamation aurait été regardée comme recevable et aurait, par suite, entrainé l'annulation de ces titres exécutoires. Il en résulte que le moyen tiré de l'absence de réalité des infractions susmentionnées ne peut qu'être rejeté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de M. C à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions du requérant à fin d'injonction ne peuvent, par suite, être accueillies.

Sur l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative en faveur de l'Etat pour recours abusif :

14. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacles à ce que l'Etat, qui n'est pas, dans le cadre de la présente instance, la partie perdante, verse à M. C une somme de 2.000 euros au titre de frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. C une somme de 750 euros titre de l'article L761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Il est mis à la charge de M. C une somme de 750 euros T.T.C. à verser à l'Etat au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

H. BLa greffière,

V. IMMELE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2203373

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