lundi 17 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2203379 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | BERRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Berry, demande au tribunal :
1) de condamner la préfète du Bas-Rhin à lui verser une somme de 8 800 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;
2) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'illégalité de l'arrêté du 16 juillet 2018 du préfet du Bas-Rhin engage la responsabilité de l'administration ;
- en raison de la perte de chance de voir son contrat renouvelé et de l'impossibilité de percevoir les allocations chômage, elle a subi un préjudice financier qui peut être évalué à 1 000 euros par mois ;
- elle a subi un préjudice lié à la procédure d'expulsion locative évalué à 300 euros ;
- son préjudice moral peut être évalué à 700 euros par mois.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Laurent Boutot,
- les conclusions de M. Alexandre Therre, rapporteur public,
- les observations de Me Berry, avocate de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante tchadienne entrée en France en 2011, a été admise au séjour à compter de 2013. Par un arrêté du 16 juillet 2018, le préfet du Bas-Rhin a refusé de lui délivrer un titre de séjour et pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement du 20 novembre 2018, le tribunal a annulé cet arrêté. La préfète a formé un appel contre ce jugement qui a été rejeté par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy du 23 juillet 2019 au motif que l'arrêté précité était entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de la requérante. Le 18 décembre 2018, une autorisation provisoire de séjour a été remise à
Mme B, qui a ensuite bénéficié de titres de séjour. Mme B demande de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 8 800 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du 16 juillet 2018.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
2. L'illégalité de l'arrêté du 16 juillet 2018 étant fautive, elle est, compte tenu du motif retenu par la cour administrative d'appel de Nancy, de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
3. En premier lieu, Mme B demande de condamner l'Etat à lui verser une somme de 5 000 euros au titre du préjudice financier, correspondant à la perte de chance du renouvellement du contrat à durée déterminée dont elle bénéficiait à la date de l'édiction de l'arrêté du 16 juillet 2018. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme B a bénéficié, entre le 8 janvier 2018 et le 29 juillet 2018 de contrats à durée déterminés, pour des motifs de surcroît temporaire d'activité (du 8 au 13 janvier 2018) puis, pour des durées comprises entre
2 et 29 jours, de remplacement d'un salarié absent jusqu'au 30 juillet 2018 et il n'est pas établi que sans l'édiction de l'arrêté du 16 juillet 2018, Mme B aurait bénéficié d'un nouveau contrat de travail à compter du 31 juillet et jusqu'au 18 décembre 2018, date à laquelle elle s'est vu remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Par suite, le moyen tiré de l'existence de pertes de salaires ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 5411-4 du code du travail, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté du 16 juillet 2018 : " Lors de l'inscription d'une personne étrangère sur la liste des demandeurs d'emplois, l'institution mentionnée à l'article
L. 5312-1 vérifie la validité de ses titres de séjour et de travail ". Il résulte de ces dispositions que, pour pouvoir prétendre au versement de l'allocation de retour à l'emploi, un étranger doit disposer d'un titre de séjour valide au moment de son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi. En l'espèce, et à supposer que le contrat de travail de Mme B n'aurait pas été renouvelé à compter du 30 juillet 2018, celle-ci était en tout état de cause fondée à percevoir l'allocation de retour à l'emploi à compter de cette date, de sorte que l'arrêté illégal du 16 juillet 2018 l'a privée de cette possibilité. Par suite, il y a lieu de condamner l'Etat à verser à Mme B une somme équivalente à celle qu'elle aurait perçue si elle avait perçu l'allocation de retour à l'emploi pendant la période du 31 juillet au 18 décembre 2018.
5. En troisième lieu, Mme B demande une somme de 300 euros au titre des troubles dans les conditions d'existence, en raison de l'anxiété résultant de la procédure d'expulsion locative dont elle a fait l'objet. Il résulte de l'instruction que Mme B a été assignée devant le tribunal d'instance de Schiltigheim le 8 juillet 2019 pour 1 789 euros d'impayés de loyer à la date du 31 mars 2019, correspondant à six mois de loyers impayés. Dans ces conditions, le lien de causalité entre la privation de revenus de Mme B du fait de l'arrêté illégal du 16 juillet 2018 et les difficultés qu'elle a ensuite rencontrées pour payer son loyer, doit être regardé comme établi. La réalité du préjudice invoqué étant ainsi établie, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à lui verser une somme de
300 euros au titre de son préjudice dans les conditions d'existence.
6. En quatrième lieu, l'illégalité de la décision du 16 juillet 2018 a nécessairement causé à la requérante un préjudice moral, dont il serait fait une juste appréciation en l'évaluant à hauteur de 1 000 euros.
Sur les frais d'instance :
7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros hors taxes à payer à Me Berry au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 (mille) euros au titre du préjudice moral, une somme de 300 (trois cents) euros au titre du trouble dans les conditions d'existence, ainsi qu'une somme équivalente à ses droits au titre de l'allocation pour le retour à l'emploi pour la période du 31 juillet au 18 décembre 2018.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 000 (mille) euros hors taxes à Me Berry au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Berry et au préfet du Bas-Rhin. Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Dhers, président,
M. Boutot, premier conseiller,
Mme Jordan-Selva, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 février 2025.
Le rapporteur,
L. Boutot
Le président,
S. Dhers
La greffière,
P. Kieffer
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026