jeudi 18 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2203874 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL COSSALTER, DE ZOLT & COURONNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 14 juin, 22 juillet et 16 décembre 2022, et le 21 février 2023, la société Elres réseaux, représentée par Me Hurault, demande au tribunal :
1°) d'annuler ou, si les travaux ont débuté, de prononcer la résiliation du marché public ayant pour objet la requalification de l'éclairage public communal à Ennery, conclu entre la commune d'Ennery avec la société UEM ;
2°) de condamner la commune d'Ennery à lui payer les sommes de 21 159,31, 16 256,25 et 2 112 euros hors taxes à titre d'indemnisation ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Ennery la somme de 2 500 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- l'offre présentée par la société UEM aurait dû être rejetée comme irrégulière, dès lors, d'une part, qu'elle prévoit un délai de préparation de 10 semaines, supérieur au délai maximal fixé par les documents de la consultation, et d'autre part, que les matériels proposés ne sont pas conformes aux prescriptions de l'acte d'engagement ;
- l'appréciation de la valeur technique des offres au regard des matériels proposés et du planning d'intervention est entachée d'une erreur manifeste ;
- le marché doit être annulé si les travaux n'ont pas encore débuté, résilié s'ils ont débuté ;
- dès lors qu'elle a été privée d'une chance sérieuse d'obtenir le marché, elle a droit à l'indemnisation intégrale des préjudices subis du fait de son éviction.
Par des mémoires en défense enregistrés les 21 novembre 2022 et 24 janvier 2023, la commune d'Ennery, représentée par la SELARL Cossalter, De Zolt et Couronne, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la société Elres réseaux en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est opérant, dès lors que son offre était irrégulière, et qu'ils ne sont, en tout état de cause, pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Rees,
- les conclusions de M. Boutot, rapporteur public,
- et les observations de Me Couronne, représentant la commune d'Ennery.
Considérant ce qui suit :
1. A l'issue d'une procédure adaptée, la commune d'Ennery a conclu avec la société UEM un marché public ayant pour objet la requalification de l'éclairage public communal. La société Elres réseaux, dont l'offre présentée en vue de l'attribution de ce marché a été classée en deuxième position derrière celle de la société UEM, demande au tribunal d'annuler ce marché ou, si les travaux ont débuté, d'en prononcer la résiliation, et de condamner la commune d'Ennery à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son éviction, soit 21 159,31 euros hors taxes au titre de son manque à gagner, 16 256,25 au titre des frais généraux perdus et 2 112 au titre des études réalisées par ses techniciens.
Sur les conclusions tendant à l'annulation ou la résiliation du contrat :
2. Tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles
3. D'une part, à l'appui de ce recours, les tiers autres que le représentant de l'Etat dans le département et les membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné, compte tenu des intérêts dont ils ont la charge, ne peuvent invoquer que des vices en rapport direct avec l'intérêt lésé dont ils se prévalent ou ceux d'une gravité telle que le juge devrait les relever d'office. Un concurrent évincé ne peut invoquer, outre les vices d'ordre public dont serait entaché le contrat, que des manquements aux règles applicables à la passation de ce contrat en rapport direct avec son éviction.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 2152-1 du code de la commande publique : " L'acheteur écarte les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées ". Aux termes de l'article L. 2152-2 de ce code : " Une offre irrégulière est une offre qui ne respecte pas les exigences formulées dans les documents de la consultation, en particulier parce qu'elle est incomplète () ". Il résulte de ces dispositions que l'acheteur ne peut pas attribuer le marché à un candidat qui ne respecterait pas une des prescriptions imposées par le règlement de la consultation, et dont il est, pour ce motif, tenu d'éliminer l'offre.
5. Il s'ensuit que le candidat ayant présenté une offre irrégulière ne peut pas utilement critiquer l'appréciation des autres offres ou soutenir qu'elles auraient dû être écartées comme irrégulières, aucun de ces moyens n'étant de ceux que le juge devrait relever d'office. Il en va ainsi alors même que l'acheteur a procédé au jugement et au classement de l'offre, dès lors que son irrégularité est établie devant le juge.
6. Aux termes de l'article 5 du règlement de la consultation : " () Documents à produire - Les candidats auront à produire un dossier complet comprenant les pièces mentionnées ci-dessous. () 5.2 () Un mémoire technique comportant les éléments suivants : () • Un descriptif des principales fournitures mises en œuvre et les fiches techniques de l'ensemble du matériel (luminaire, détails du rétrofits, mâts, arceau et massifs) proposé ainsi que l'étude photométrique du futur parc d'éclairage public et le service après-vente proposé ; () L'ensemble des documents devront être complétés sans modification des clauses sous peine d'élimination de l'offre ".
7. Il est constant que l'offre de la société Elres réseaux ne comporte pas l'étude photométrique du futur parc d'éclairage public exigée par les dispositions précitées. Elle est donc irrégulière.
8. Par suite, les moyens de la requérante tirés de l'irrégularité de l'offre de la société UEM et de l'erreur manifeste entachant l'appréciation portée par la commune sur les mérites respectifs des offres au regard du critère de la valeur technique, qui ne sont pas de ceux que le juge devrait relever d'office, ne peuvent qu'être écartés.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requérante tendant à l'annulation ou la résiliation du contrat ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
10. Lorsqu'un candidat à l'attribution d'un contrat public demande la réparation du préjudice né de son éviction irrégulière de ce contrat et qu'il existe un lien direct de causalité entre la faute résultant de l'irrégularité et les préjudices invoqués par le requérant à cause de son éviction, il appartient au juge de vérifier si le candidat était ou non dépourvu de toute chance de remporter le contrat. En l'absence de toute chance, il n'a droit à aucune indemnité.
11. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 et 7, la société Elres réseaux était dépourvue de toute chance de remporter le marché en litige. Par suite, ses conclusions tendant à l'indemnisation des préjudices résultant de son éviction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune d'Ennery, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société Elres réseaux une somme à verser à la commune d'Ennery.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Elres réseaux est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune d'Ennery présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Elres réseaux, la commune d'Ennery et la société UEM.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rees, président,
Mme Merri, première conseillère,
Mme Dobry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
P. Rees
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
D. Merri La greffière,
V. Immelé
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026