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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204132

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204132

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204132
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantHAGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 juin, 21 juillet, 2 août, 6 octobre et 7 octobre 2022, la société à responsabilité limitée F.D. Consulting, représentée par Me Hager, demande au tribunal d'annuler six titres de perception émis les 29 mars 2022 et 25 mai 2022 par le directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin en vue d'obtenir le remboursement d'aides issues du fonds de solidarité covid-19 indûment perçues au titre des mois de mars, avril, mai, novembre et décembre 2020 et avril 2021, pour un montant total de 27 076 euros, ensemble la décision du 17 mai 2022 rejetant sa réclamation contre ces titres de perception.

Elle soutient que :

- c'est à tort que l'administration a estimé qu'elle n'était pas éligible aux aides versées dès lors que son dirigeant majoritaire est salarié d'une association, et non de la société elle-même;

- l'administration a eu une interprétation variable de la réglementation ;

- elle a utilisé effectivement les aides versées.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 13 juillet 2022 et le 28 juillet 2022, le directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une demande de régularisation valant moyen d'ordre public du 21 septembre 2023, la SARL FD Consulting été invitée à régulariser sa requête en la présentant par ministère d'avocat et en produisant le rejet de sa réclamation préalable ou à défaut, la réclamation préalable assortie de son accusé de réception par l'administration. Elle a été informée que cette demande de régularisation tenait lieu de l'information prévue à l'article R. 611-7 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n°2020-317 du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ;

- le décret n°2020-371 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Claude Carrier,

- et les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL F.D. Consulting, qui exerce une activité de revente de produits anticalcaire et antiboue, a bénéficié des aides issues du fonds de solidarité covid-19 au titre de mars, avril, mai, novembre, décembre 2020 et avril 2021, pour un montant total de 27 076 euros. À la suite d'un contrôle, l'administration a émis à son encontre, les 29 mars 2022, trois titres de perception ADCE222600017081, ADCE222600017082 et ADCE222600017083 d'un montant total de 22 576 euros, et le 25 mai 2022, trois titres de perception ADCE222600034036, ADCE222600034037 ADCE222600034038 d'un montant total de 4 500 euros, en vue d'obtenir le remboursement des aides indûment perçues pour l'ensemble de la période susmentionnée. Par un courriel du 9 mai 2022, la SARL F.D. Consulting a formé une réclamation contre les trois titres de perception émis le 29 mars 2022. Par une décision du 17 mai 2022, le directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin a rejeté sa réclamation. Par sa requête, la SARL F.D. Consulting sollicite l'annulation des six titres de perception émis les 29 mars 2022 et 25 mai 2022, ensemble le rejet de sa réclamation.

Sur les conclusions dirigées contre les titres de perception émis le 29 mars 2022 :

2. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 portant création d'un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation : " Il est institué, jusqu'au 16 février 2021, un fonds de solidarité ayant pour objet le versement d'aides financières aux personnes physiques et morales de droit privé exerçant une activité économique particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation du covid-19 et des mesures prises pour en limiter la propagation. () ". L'article 3-1 cette ordonnance dispose par ailleurs que : " I. - Les aides versées au titre du fonds le sont sur la base d'éléments déclaratifs prévus par décret. / Sous réserve des dispositions du troisième alinéa du II, elles sont insaisissables. / II. - Les documents attestant du respect des conditions d'éligibilité au fonds et du correct calcul du montant de l'aide sont conservés par le bénéficiaire pendant cinq années à compter de la date de versement de cette dernière. / Les agents de la direction générale des finances publiques et les agents publics affectés dans les services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat peuvent demander à tout bénéficiaire du fonds communication de tout document relatif à son activité, notamment administratif ou comptable, permettant de justifier de son éligibilité et du correct montant de l'aide reçue pendant cinq années à compter de la date de son versement. Le bénéficiaire dispose d'un délai d'un mois pour produire ces justifications à compter de la date de la demande. / En cas d'irrégularités constatées, d'absence de réponse ou de réponse incomplète à la demande prévue au premier alinéa, les sommes indûment perçues font l'objet d'une récupération selon les règles et procédures applicables en matière de créances étrangères à l'impôt et au domaine. () ".

3. Aux termes de l'article 3-14 du décret n°2020-371 du 30 mars 2020 : " I.- Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de novembre 2020, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : /1° Elles ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public intervenue entre le 1er novembre 2020 et le 30 novembre 2020 ; / 2° Ou elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant la période comprise entre le 1er novembre 2020 et le 30 novembre 2020 ; / 3° Les personnes physiques ou, pour les personnes morales, leur dirigeant majoritaire ne sont pas titulaires, au 1er novembre 2020, d'un contrat de travail à temps complet, sauf si l'effectif salarié de l'entreprise au sens de l'article L. 130-1 du code de la sécurité sociale est supérieur ou égal à un ; () ". Aux termes de l'article 3-15 du même décret : " I.-a) Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois de décembre 2020, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : / 1° Elles ont fait l'objet d'une interdiction d'accueil du public intervenue entre le 1er décembre 2020 et le 31 décembre 2020 ; / 2° Ou elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant la période comprise entre le 1er décembre 2020 et le 31 décembre 2020 ; / 3° Les personnes physiques ou, pour les personnes morales, leur dirigeant majoritaire ne sont pas titulaires, au 1er décembre 2020, d'un contrat de travail à temps complet. Cette condition n'est pas applicable si l'effectif salarié annuel de l'entreprise calculé selon les modalités prévues par le I de l'article L. 130-1 du code de la sécurité sociale est supérieur ou égal à un ; (). ". Aux termes de l'article 3-26 du même décret : " I.-A.-Les entreprises mentionnées à l'article 1er du présent décret, n'ayant pas fait l'objet d'un arrêté pris par le préfet de département ordonnant la fermeture de l'entreprise en application du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 16 octobre 2020 précité ou du troisième alinéa de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 précité, bénéficient d'aides financières prenant la forme de subventions destinées à compenser la perte de chiffre d'affaires subie au cours du mois d'avril 2021, lorsqu'elles remplissent les conditions suivantes : / () 2° Ou elles ont subi une perte de chiffre d'affaires d'au moins 50 % durant la période comprise entre le 1er avril 2021 et le 30 avril 2021 et elles appartiennent à l'une des cinq catégories suivantes : () / c) Ou elles exercent leur activité principale dans le commerce de détail, à l'exception des automobiles et des motocycles, ou dans la location de biens immobiliers résidentiels, ou la coiffure et les soins de beauté, et sont domiciliées dans une commune, mentionnée à l'annexe 3, dans le ressort de laquelle l'activité économique est particulièrement touchée par l'application des dispositions de l'article 18 du décret du 29 octobre 2020 susvisé ; () / 3° Les personnes physiques ou, pour les personnes morales leur dirigeant majoritaire ne sont pas titulaires, le 1er avril 2021, d'un contrat de travail à temps complet. Cette condition n'est pas applicable si l'effectif salarié annuel de l'entreprise calculé selon les modalités prévues par le I de l'article L. 130-1 du code de la sécurité sociale est supérieur ou égal à un ; (). ".

4. Il résulte des dispositions précitées que si le dirigeant majoritaire d'une personne morale est titulaire d'un contrat de travail à temps complet, ladite personne morale ne peut pas bénéficier des aides issues du fonds de solidarité covid-19, et ce, quel que soit l'employeur du dirigeant majoritaire. Par suite, dès lors qu'il est constant que M. A, dirigeant majoritaire de la société requérante, était titulaire d'un contrat à temps complet auprès d'une association, l'administration a pu légalement remettre en cause l'éligibilité de la SARL F.D. Consulting aux aides versées. La circonstance, à la supposer établie, que les agents de l'administration auraient varié dans l'interprétation des dispositions précitées est sans incidence sur le bien-fondé des titres de perception en litige. Enfin, la société requérante ne peut davantage utilement soutenir qu'elle aurait effectivement utilisé les aides versées. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation des titres de perception susmentionnés ne peuvent pas être accueillies.

Sur les conclusions dirigées contre les titres de perception émis le 25 mai 2022 :

5. Aux termes de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : / 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ; / 2° Soit d'une contestation portant sur la régularité du titre de perception. / Les contestations du titre de perception ont pour effet de suspendre le recouvrement de la créance. ". L'article 118 du même décret prévoit : " En cas de contestation d'un titre de perception, avant de saisir la juridiction compétente, le redevable doit adresser cette contestation, appuyée de toutes pièces ou justifications utiles, au comptable chargé du recouvrement de l'ordre de recouvrer. / Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. / Le comptable compétent accuse réception de la contestation en précisant sa date de réception ainsi que les délais et voies de recours. Il la transmet à l'ordonnateur à l'origine du titre qui dispose d'un délai pour statuer de six mois à compter de la date de réception de la contestation par le comptable. A défaut d'une décision notifiée dans ce délai, la contestation est considérée comme rejetée. / La décision rendue par l'administration en application de l'alinéa précédent peut faire l'objet d'un recours devant la juridiction compétente dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de cette décision ou, à défaut de cette notification, dans un délai de deux mois à compter de la date d'expiration du délai prévu à l'alinéa précédent. ".

6. En dépit de la demande de régularisation des conclusions présentées contre les titres de perception du 25 mai 2022 susmentionnés, la société requérante n'a pas justifié avoir saisi l'administration d'une contestation de ces actes, conformément aux dispositions de l'article 117 du décret du 7 novembre 2012 précitées, avant de saisir le juge administratif. Il s'ensuit que les conclusions de SARL F.D. Consulting dirigées contre ces titres de perception sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SARL F.D. Consulting doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL F.D. Consulting est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la S.A.R.L. F.D. Consulting et au directeur régional des finances publiques de la région Grand Est et du département du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Claude Carrier, président,

M. Laurent Guth, premier conseiller,

Mme Vanessa Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

Le président-rapporteur,

C. CARRIER

Le conseiller, premier assesseur,

L. GUTH

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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