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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204327

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204327

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204327
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5e chambre
Avocat requérantCABINET GALLAND YANNICK & KIEFFER EMMANUEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 juillet 2022, 5 mars 2024 et 20 mars 2024, la société civile d'exploitation agricole (SCEA) Goepfert Lucien, représentée par Me Galland, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la société Enedis à lui verser la somme de 154 129 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'emprise irrégulière de deux pylônes électriques, assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 mars 2022 et de la capitalisation des intérêts ;

2°) d'enjoindre à la société Enedis de procéder au déplacement des deux pylônes électriques ;

3°) de mettre à la charge de la société Enedis la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle présente un intérêt lui donnant qualité pour agir ;

- sa requête n'est pas tardive ;

- sa demande de déplacement des deux pylônes électriques n'est pas prescrite ;

- les deux pylônes électriques sont irrégulièrement implantés et une régularisation n'est pas possible ;

- elle subit un préjudice correspondant au coût de dépôt d'une nouvelle demande de permis de construire évalué à 6 300 euros ;

- elle subit un préjudice correspondant à des frais supplémentaires de construction de l'extension du hangar évalué à 97 829 euros ;

- elle subit un préjudice correspondant à une dépréciation de ses machines agricoles évalué à 50 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 avril 2023 et le 11 juin 2024, la société Enedis, représentée par la SELAFA Cabinet Cassel, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la SCEA Goepfert Lucien la somme de 4 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la société requérante ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité à agir ;

- les conclusions aux fins de dépose des pylônes sont tardives ;

- sa demande de déplacement des pylônes électriques est prescrite ;

- les deux pylônes électriques sont régulièrement implantés ;

- une régularisation est possible ;

- le déplacement des pylônes porterait tune atteinte excessive à l'intérêt général ;

- la société requérante ne subit aucun préjudice.

Par une ordonnance du 29 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique,

- les observations de Me Galland, représentant la SCEA Goepfert Lucien et Me Bernard, représentant Enedis.

Considérant ce qui suit :

1. Par une lettre du 1er mars 2017, la SCEA Goepfert Lucien a demandé à la société Enedis de procéder à la dépose de deux pylônes électriques implantés sur un terrain au 44 rue de Helfrantzkirch à Jettingen. En l'absence d'accord amiable, la SCEA Goepfert Lucien a demandé à la société Enedis, par lettre du 7 mars 2022, de l'indemniser des préjudices qu'elle estime subir du fait de l'implantation des deux pylônes. Par sa requête, la SCEA Goepfert Lucien demande au tribunal de condamner la société Enedis à lui verser une indemnité de 154 129 euros et de lui enjoindre de procéder à la dépose des deux pylônes.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée du défaut d'intérêt à agir :

2. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, en tenant compte de l'écoulement du temps, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.

3. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que la société requérante serait propriétaire du terrain sur lequel les deux pylônes de la société Enedis en litige sont implantés, la seule présentation d'un permis de construire par la SCEA Goepfert Lucien étant à cet égard insuffisante pour justifier de la propriété du terrain. Par ailleurs, eu égard à la nature du contentieux en cause, la société requérante, en se prévalant simplement de l'obtention d'un permis de construire, sans justifier de sa qualité de propriétaire du terrain ou de la détention de droits sur le terrain accordés par le propriétaire, ne justifie pas d'un intérêt suffisant pour, d'une part, solliciter l'indemnisation de l'emprise irrégulière résultant de l'implantation des deux pylône électriques et d'autre part, demander qu'il soit enjoint à la société Enedis de procéder au déplacement des deux pylônes. Il s'ensuit que lesdites conclusions sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Enedis, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCEA Goepfert Lucien demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SCEA Goepfert Lucien la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la SCEA Goepfert Lucien et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCEA Goepfert Lucien est rejetée.

Article 2 : La SCEA Goepfert Lucien versera à la société Enedis Lucien la somme de 2 000 (deux mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA Goepfert Lucien et à la société Enedis.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Claude Carrier, président,

M. Thomas Gros, premier conseiller,

Mme Vanessa Klipfel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

C. B

Le premier assesseur,

T. GROS

Le greffier,

P. HAAG

La République mande et ordonne au préfet du Haut-Rhin en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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