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AccueilJurisprudence administrativeN° TA67-2204498

Tribunal Administratif de Strasbourg — Décision N° TA67-2204498

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Strasbourg
SectionTribunal Administratif de Strasbourg
N° DossierTA67-2204498
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge Unique
Avocat requérantSCP ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2022, M. C B, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 17 juin 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a notifié le retrait de l'ensemble des points sur son permis de conduire et a constaté la perte de validité de son titre de conduite pour défaut de points, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux ;

2) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur lui a retiré quinze points sur son titre de conduire à la suite des infractions commises les 30 janvier 2017 à 11h30 (3 points), 18 novembre 2016 à 09h27 (1 point), 13 mai 2017 à 10h50 (3 points), 31 mars 2018 à 04h19 (1 point), 22 juin 2018 à 13h05 (1 point), 03 août 2019 à 03h13 (1 point), 11 décembre 2021 à 14h57 (2 points) et 11 décembre 2021 à 15h06 (3 points) ;

3) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire dans un délai de huit jours, à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2.000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- les décisions portant retrait de points ne lui ont jamais été notifiées ;

- il n'a pas bénéficié, lors des infractions routières des 30 janvier 2017 à 11h30, 18 novembre 2016 à 09h27, 13 mai 2017 à 10h50, 31 mars 2018 à 04h19, 22 juin 2018 à 13h05, 03 août 2019 à 03h13, 11 décembre 2021 à 14h57 et 11 décembre 2021 à 15h06, de l'information préalable aux retraits de points ;

- la réalité des infractions susmentionnées ayant donné lieu à l'arrêté litigieux ne serait pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 août 2022, le ministre de l'intérieur conclut à titre principal, au non-lieu à statuer sur la requete, et à titre subsidiaire, au rejet de la requete comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis plusieurs infractions au code de la route, ayant entrainé le retrait de quinze points affectés à son permis de conduire. Par une décision référencée " 48SI " en date du 17 juin 2022, le ministre de l'intérieur a notifié à M. B le dernier retrait de points et a constaté, en lui rappelant les précédentes décisions portant retrait de points qu'il avait perdu le droit de conduire. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision, l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 30 janvier 2017 à 11h30, 18 novembre 2016 à 09h27, 13 mai 2017 à 10h50, 31 mars 2018 à 04h19, 22 juin 2018 à 13h05, 03 août 2019 à 03h13, 11 décembre 2021 à 14h57, 11 décembre 2021 à 15h06.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B, édité le 5 août 2022 et versé au dossier par l'administration, que le stage de sensibilisation aux causes et accidents de la route effectué par l'intéressé les 24 et 25 juin 2022 a été pris en compte, entrainant un ajout de quatre points au capital de points affectés à son permis de conduire. Par suite le permis de conduire du requérant est valide à la date de la présente requête.

3. De même, il ressort du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B, produit par le ministre de l'intérieur, que les points correspondants aux infractions commises les 18 novembre 2016, 31 mars 2018 et 3 août 2019 ont été restitués le 22 juillet 2022.

4. En conséquence, la requête n'a plus d'objet concernant la validité du permis de conduire ainsi que le retrait de points relatifs au infractions du 18 novembre 2016, 31 mars 2018 et 3 août 2019. Il y a lieu de prononcer un non-lieu à statuer sur ce point.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

6. M. B soutient que les décisions de retrait de points mentionnées par la décision " 48SI " ne lui ont jamais été notifiées par courrier. Toutefois, les conditions de notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont dispose celui-ci pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par conséquent, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçu par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Par suite, le moyen tiré de l'absence de notification des différents retraits de points est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

7. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L.223-3 et R .223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaitre la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis de conduire et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information.

S'agissant des infractions commises les 30 janvier 2017, 22 juin 2018 et 11 décembre 2021 à 14h57, 11 décembre 2021 à 15h06 et 13 mai 2017 :

8. Il résulte de l'article R. 49 du code de procédure pénale que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire peut être dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé, qui permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En outre, il ressort des dispositions des articles R. 49-1, A. 37-10 et A. 37-11 du même code que lorsqu'une infraction a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, l'avis de contravention est envoyé au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation. Le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis, qui comporte toutes les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

9. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'information légale, dès lors que seule l'indication du nombre de points dont l'infraction entrainait le retrait figurait sur la page écran présentée au contrevenant et non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Néanmoins, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

10. Il résulte des mentions portées sur le relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. B que les infractions commises les 30 janvier 2017, 22 juin 2018 et 11 décembre 2021, 11 décembre 2021 et 13 mai 2017 ont fait l'objet chacune d'un procès-verbal électronique mentionnant le retrait de points encouru et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

11. En premier lieu, en ce qui concerne les infractions des 30 janvier 2017, 22 juin 2018, 11 décembre 2021 à 14h57 et 13 mai 2017, le ministre verse au dossier les procès-verbaux dématérialisés de constat de ces infractions, qui, en l'espèce, comportent les mentions requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route, sous lesquelles le requérant a apposé sa signature. Dans ce conditions, l'administration apporte la preuve qui lui incombe qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que les retraits de points dont il a fait l'objet à la suite des infractions commises les 30 janvier 2017, 22 juin 2018 et 11 décembre 2021 à 14h57 seraient illégaux.

12. En second lieu, le ministre verse à l'instance le procès-verbal dématérialisé de constat afférent à l'infraction du 11 décembre 2021 à 15h06, qui, en l'espèce, comporte les mentions requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, sous lesquelles le requérant a refusé d'apposer sa signature. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve qui lui incombe qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable. Au surplus, eu égard aux infractions précédemment commises par l'intéressé à l'occasion desquelles l'information légale précitée lui a été délivrée, il ne pourrait être regardé comme ayant été privé d'une garantie si elle ne lui avait pas été à nouveau délivrée lors de la commission de cette infraction. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations lors de la commission des infractions susmentionnées doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence de réalité des infractions commises les 30 janvier 2017, 22 juin 2018, 11 décembre 2021 à 14h57, 13 mai 2017 et 11 décembre 2021 à 15h06 :

13. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée ".

14. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B, régulièrement produit par le ministre de l'intérieur dans le cadre de la présente instance, que les infractions au code de la route relevées les 30 janvier 2017, 22 juin 2018, 11 décembre 2021 à 14h57, 13 mai 2017 et 11 décembre 2021 à 15h06 ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées à l'encontre de M. B. Ce dernier ne produit aucun document permettant d'établir qu'il aurait formulé des réclamations concernant ces infractions, que ces infractions auraient été regardées comme recevables par l'officier du ministère public et auraient entrainé l'annulation des titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées. Dans ces circonstances, la réalité des infractions des 30 janvier 2017, 22 juin 2018, 11 décembre 2021 à 14h57, 13 mai 2017 et 11 décembre 2021 à 15h06 doit être regardée comme établie.

15. Par suite les conclusions en annulation des retraits de points concernant les infractions des 30 janvier 2017, 22 juin 2018, 11 décembre 2021 à 14h57, 13 mai 2017 et 11 décembre 2021 à 15h06 doivent être rejetées.

Sur les conclusions au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative :

16. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'annulation de la décision ministérielle du 17 juin 2022 portant invalidation de son permis de conduire et injonction de le restituer et sur les conclusions en annulation des retraits opérés concernant les infractions des 18 novembre 2016, 31 mars 2018 et 3 août 2019.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

H. ALa greffière,

C. ADE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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