jeudi 12 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2204552 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | THIERY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juillet 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Grenke Location, représentée par Me Thiéry, demande au tribunal :
1°) de condamner le collège Maurice Satineau, situé à Baie-Mahault (97), à lui verser la somme de 10 430,73 euros, assortie des intérêts au taux légal majoré de cinq points à compter du 16 juillet 2021 et de leur capitalisation ;
2°) d'enjoindre au collège Maurice Satineau de lui restituer, à ses frais et risques, le matériel objet du contrat de location n° 088-242229 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le contrat a été valablement conclu ;
- elle a procédé le 16 juillet 2021 à la résiliation anticipée du contrat de location longue durée conclu avec le collège Maurice Satineau le 2 septembre 2020, en raison de l'interruption du paiement des loyers, et a mis en demeure cette dernière de lui régler les sommes dues en exécution du contrat ;
- elle a droit au montant des loyers échus impayés, qui s'élève à 1 483,36 euros, aux intérêts sur ces loyers échus, qui s'élèvent à 27,37 euros, à une indemnité de résiliation égale à l'ensemble des loyers hors taxes à échoir jusqu'au terme du contrat, soit 8 880 euros, ainsi qu'à une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros, en application de l'article 8 des conditions générales du contrat ;
- il appartient au collège Maurice Satineau de lui restituer à ses frais et risques le matériel objet du contrat.
La requête a été communiquée au collège Maurice Satineau, qui n'a pas produit d'observations en défense.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le principe de l'interdiction faite aux personnes publiques de consentir des libéralités fait obstacle à l'application, en l'espèce, de l'article 10 des conditions générales de location, dès lors que l'indemnité de résiliation demandée par la société Grenke Location en application de cette clause est excessive, la société ne justifiant pas de charges particulières ou de l'impossibilité de vendre ou de remettre en location les droits d'accès au logiciel objet du contrat.
La société Grenke Location a présenté des observations le 13 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Poittevin ;
- les conclusions de Mme Merri, rapporteure publique ;
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La société Grenke Location a conclu le 2 septembre 2020 un contrat de location longue durée avec le collège Maurice Satineau, situé à Baie-Mahault (97), portant sur la location d'un logiciel de gestion électronique de documents, pour un loyer mensuel de 185 euros hors taxes, réglé trimestriellement, et une durée de 60 mois. Par courrier reçu par le collège le 31 mai 2021, la société Grenke Location l'a mis en demeure de régler les loyers impayés, puis, par courrier du 16 juillet 2021, elle a procédé à la résiliation anticipée du contrat et a mis le collège en demeure de lui payer la somme de 10 430,73 euros, correspondant selon elle aux loyers échus impayés, aux intérêts échus à la date de la résiliation, à l'indemnité de résiliation et aux frais de recouvrement. Par la présente requête, la société Grenke Location demande le versement de cette somme ainsi que la restitution du matériel objet du contrat de location, aux frais et risques du collège.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne les loyers échus :
2. Aux termes de l'article 8.1 des conditions générales de location : " Toute somme impayée à sa date d'exigibilité sera augmentée d'un intérêt de retard égal au taux d'intérêt légal applicable en France majoré de 5 points, sans pouvoir être inférieur au triple du taux de l'intérêt légal. Indemnité forfaitaire de recouvrement : 40,00 euros. "
3. D'une part, la société Grenke location est fondée à obtenir le versement d'une somme de 1 110 euros toutes taxes comprises au titre de deux loyers trimestriels impayés, ce que le collège Maurice Satineau ne conteste pas. En revanche, il n'y a pas lieu de la condamner à verser la somme que la requérante exige au titre des frais d'assurance, dès lors qu'elle ne justifie pas de l'exigibilité de cette somme.
4. D'autre part, la société Grenke Location est fondée à demander le versement d'une indemnité forfaitaire de recouvrement de 40 euros en application des stipulations de l'article 8 des conditions générales de location.
En ce qui concerne l'indemnité de résiliation :
5. D'une part, les parties à un contrat conclu par une personne publique peuvent déterminer l'étendue et les modalités des droits à indemnité du cocontractant en cas de résiliation amiable du contrat, sous réserve qu'il n'en résulte pas, au détriment de la personne publique, l'allocation au cocontractant d'une indemnisation excédant le montant du préjudice qu'il a subi résultant du gain dont il a été privé ainsi que des dépenses qu'il a normalement exposées et qui n'ont pas été couvertes en raison de la résiliation du contrat.
6. L'article 10 des conditions générales de location applicables au contrat litigieux stipule qu'en cas de résiliation anticipée : " Le locataire sera tenu de payer au bailleur le prix du contrat, c'est-à-dire les loyers échus impayés et les loyers à échoir jusqu'au terme prévu du contrat pour la période contractuelle en cours ".
7. Cette clause prévoit une indemnité équivalant pour la société Grenke Location aux recettes qu'elle aurait perçues si l'exécution du contrat s'était poursuivie jusqu'à son terme. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que le collège ait continué à bénéficier de droits d'accès au logiciel loué et à en faire usage, ni que la société requérante aurait été dans l'impossibilité de vendre ou de remettre en location les droits d'utilisation du logiciel de gestion électronique de documents à l'issue de la résiliation. Dès lors, le gain dont la société Grenke location a été privée ne peut être considéré comme équivalent à l'intégralité du montant des recettes qui auraient été perçues en cas d'exécution du contrat jusqu'à son terme.
8. Par conséquent, les stipulations précitées, relatives à l'indemnité de résiliation anticipée du contrat, prévoient l'allocation à la société Grenke Location d'une indemnisation excédant le montant du préjudice qu'elle a subi du fait de la résiliation du contrat. L'application des stipulations de l'article 10 des conditions générales de location, qui sont détachables du reste du contrat, ne peut dès lors qu'être écartée pour régler le litige en tant qu'il porte sur la réparation des préjudices résultant de la résiliation du contrat.
9. D'autre part, la société Grenke Location demande, à titre subsidiaire, une indemnité de 8 880 euros, en réparation du préjudice qu'elle a subi du fait de l'inexécution du contrat par le collège Maurice Satineau, correspondant aux loyers qu'elle était en droit de percevoir jusqu'au 30 septembre 2025 sur le fondement de ce contrat. Toutefois, la requérante, qui ne démontre au demeurant pas que le collège avait conservé ses droits d'accès au logiciel loué, ainsi qu'il a été dit au point 7, n'apporte aucun élément relatif à l'impossibilité pour elle d'amortir le coût de ce logiciel ou de le louer par ailleurs. Le préjudice dont elle se prévaut ne peut donc être regardé comme établi. Par suite, la société Grenke Location n'est pas fondée à demander une indemnisation à ce titre.
En ce qui concerne les intérêts et leur capitalisation :
10. L'article 8.1 des conditions générales de location précité prévoit l'application d'un taux d'intérêt majoré de cinq points en cas de retard de paiement des loyers échus, dès la date d'exigibilité des loyers. La société Grenke Location est dès lors fondée à demander à ce que la somme de 1 110 euros, que le collège Maurice Satineau est condamné à lui verser à ce titre, soit assortie des intérêts au taux légal augmenté de cinq points à compter du 16 juillet 2021.
11. En revanche, ces stipulations ne prévoient pas l'application d'intérêts au taux majoré à l'indemnité forfaitaire de recouvrement. La requérante n'est donc pas fondée à demander à ce que cette somme soit assortie des intérêts au taux légal augmenté de 5 points.
12. L'article 1343-2 du code civil dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts mentionnés au point précédent a été demandée le 13 juillet 2022, date d'introduction de la requête. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 16 juillet 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. La société Grenke Location demande la restitution du logiciel qu'elle avait loué au collège Maurice Satineau, sans toutefois établir que ce dernier ait continué à bénéficier, après la résiliation du contrat, d'un accès à ce logiciel. De la sorte, la société Grenke location ne justifie pas que le collège Maurice Satineau serait en possession du logiciel objet du contrat litigieux, et sa demande doit être rejetée.
Sur les frais d'instance :
14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société Grenke location présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le collège Maurice Satineau est condamné à verser à la société Grenke Location une somme de 1 110 (mille cent cinquante) euros toutes taxes comprises et une somme de 40 (quarante) euros hors taxes. La somme de 1 110 (mille cent dix) euros portera intérêts au taux légal augmenté de cinq points à compter du 16 juillet 2021. Les intérêts échus au 16 juillet 2022 seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Grenke Location et au collège Maurice Satineau.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Rees, président,
Mme Dobry, conseillère,
Mme Poittevin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024
La rapporteure,
L. POITTEVIN
Le président,
P. REESLa greffière,
V. IMMELE
La République mande et ordonne au préfet de Guadeloupe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026