mardi 14 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| Section | Tribunal Administratif de Strasbourg |
| N° Dossier | TA67-2204999 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5e chambre |
| Avocat requérant | HOFFMANN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er août 2022, 26 février 2024 et 8 mars 2024, M. B A, représenté par Me Gorgol, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la commune de Hottwiller, à lui verser la somme de 10 000 euros au titre du préjudice de jouissance ;
2°) de condamner la commune de Hottwiller, à lui verser la somme de 3 000 euros au titre des frais d'expertise judiciaire ;
3°) de condamner la commune de Hottwiller, à lui verser la somme de 319,44 euros au titre des frais d'huissier pour le procès-verbal du 29 novembre 2016 ;
4°) de condamner la commune de Hottwiller aux entiers frais et dépens ;
5°) de mettre à la charge de la commune de Hottwiller la somme de 2 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la commune de Hottwiller a construit en 2016 de nouveaux trottoirs dans la rue donnant accès à son domicile et à son atelier de travail. En raison de malfaçons dans leur réalisation, les voitures n'ont plus pu entrer dans sa propriété, ou alors avec difficulté, leur occasionnant parfois des dégâts matériels ;
- les travaux prescrits par un rapport d'expertise judiciaire du 6 août 2018 pour remédier à ces malfaçons n'ont été réalisés par la commune de Hottwiller que le 30 janvier 2024 ;
- il a subi un préjudice moral et financier pendant cette période ;
- il a dû pour démontrer la responsabilité de la commune de Hottwiller prendre en charge une expertise judiciaire, un constat d'huissier de justice et un avocat.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 septembre 2022 et 15 février 2024, présentés par Me Hoffmann, la commune de Hottwiller, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 2 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, car elle n'a jamais rejeté la mise en demeure du 19 février 2022 du requérant d'avoir à effectuer les travaux prescrits par l'expertise ;
- elle n'a commis aucune faute, ayant toujours respecté les préconisations de l'expertise judiciaire du 6 août 2018 ;
- le retard pris dans la réalisation des travaux préconisés dans le rapport judiciaire est exclusivement imputable au requérant ;
- le requérant ne peut se prévaloir d'aucun préjudice qui serait imputable à la commune.
Par une lettre du 2 avril 2024, le requérant a été invité à produire l'accusé de réception de la demande indemnitaire du 1er août 2022 sur le fondement des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative. Cette pièce a été produite le 3 avril 2024 et communiquée le même jour sur le fondement des mêmes dispositions.
Par ordonnance du 8 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 25 mars 2024.
Un mémoire présenté pour la commune de Hottwiller a été enregistré le 4 avril 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction. Ce mémoire n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Carrier, président-rapporteur ;
- les conclusions de Mme Milbach, rapporteure publique ;
- les observations de Me Hoffmann, représentant la commune de Hottwiller.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A est propriétaire de deux bâtiments, l'un à usage d'habitation et l'autre à usage professionnel situés 4 rue Fatima à Hottwiller. Entre mi-juin et mi-juillet 2016, la commune a construit de nouveaux trottoirs dans cette rue. Constatant des difficultés à faire accéder des véhicules dans sa propriété depuis les travaux, M. A a fait appel à un huissier de justice qui a relevé que les nouveaux trottoirs avaient été surélevés par rapport au terrain naturel. Suite à une requête de M. A, le tribunal a désigné dans une ordonnance du 28 août 2017, un expert judiciaire. Celui-ci a établi son rapport le 6 août 2018, qui indique notamment que les difficultés d'accès à la propriété de M. A sont dues à une malfaçon des travaux de trottoirs et précise les travaux à effectuer pour y remédier. Par courrier daté du 19 février 2022, M. A a mis en demeure la commune de les réaliser. Par une lettre datée du 1er août 2022 et reçue par la commune le 3 août 2022, M. A a sollicité une indemnisation des préjudices financier et moral résultant des difficultés d'accès à sa propriété ainsi que des frais d'expertise et d'huissier qu'il a engagés dans ce cadre. M. A a saisi le tribunal pour demander la condamnation de la commune à réparer ses préjudices.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle (). ". Aux termes de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet () 3° Si la demande présente un caractère financier (). ".
3. M. A a transmis le 3 août 2022 une demande d'indemnisation à la commune de Hottwiller. En l'absence de réponse de cette dernière, une décision implicite de rejet est née le 3 octobre 2022. Ainsi, un éventuel accord entre les parties suite au courrier de M. A du 19 février 2022, est sans influence sur la recevabilité du recours contentieux du 1er août 2022, qui découle de la décision de rejet par la commune de sa demande indemnitaire reçue le 3 août 2022. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur la responsabilité de la commune de Hottwiller :
4. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage présente un caractère accidentel.
5. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport de l'expertise du 6 août 2018 établi contradictoirement et non contesté en défense, que la création de nouveaux trottoirs par la commune de Hottwiller en juin et juillet 2016 a engendré pour les véhicules automobiles des difficultés d'accès à la propriété de M. A. À cet égard, l'expert indique dans son rapport que les travaux n'ont pas été exécutés conformément aux règles de l'art et conclut que les difficultés d'accès aux deux entrées de la propriété de M. A sont liées à des malfaçons des travaux effectués. Ainsi, le lien de causalité entre les nouveaux trottoirs et le dommage subi par le requérant est établi. Par ailleurs, ce dommage présente un caractère accidentel qui trouve son origine dans un vice de conception des trottoirs.
6. Eu égard à ce qui a été dit au point 4, la commune ne saurait utilement faire valoir qu'elle n'a pas commis de faute pour dégager sa responsabilité. Par ailleurs, si la commune soutient que le retard pris pour réaliser les travaux correctifs préconisés dans le rapport judiciaire serait exclusivement imputable au requérant, elle n'apporte aucun élément de nature à justifier son inaction pour remédier aux malfaçons décrites dans le rapport d'expertise avant la mise en demeure envoyé par le requérant le 19 février 2022. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que même après cette date, les travaux n'auraient pas pu être réalisés en raison de l'attitude de de M. A.
8. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité de la commune de Hottwiller doit être engagée.
Sur les préjudices :
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le requérant a vu les accès à son domicile et à son atelier de travail par des véhicules automobiles, sérieusement entravés de l'été 2016 au 30 janvier 2024, date de la réalisation des travaux par la commune pour remédier aux malfaçons constatées par l'expertise judiciaire du 6 août 2018. Cet obstacle à la jouissance de sa propriété, lui a causé, au regard de sa durée de plus de sept ans, un préjudice moral dont il sera fait une juste appréciation en lui accordant à ce titre la somme de 2 000 euros.
10. En second lieu, le requérant établit avoir exposé la somme de 319,44 euros correspondant aux honoraires des frais d'huissier pour établir le procès-verbal du 29 novembre 2016. Le recours à un huissier de justice découlant de la nécessité pour M. A de constater la surélévation des nouveaux trottoirs et les difficultés d'accès à sa propriété qui en ont résulté, il convient de l'indemniser de ce préjudice dans sa totalité.
Sur les dépens
12. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties (). ".
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 3 000 euros par une ordonnance du 13 septembre 2018 du juge des référés à la charge définitive de la commune de Hottwiller.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Hottwiller demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Hottwiller une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : La commune de Hottwiller est condamnée à verser à M. A la somme de 2 319,44 euros (deux mille trois cent dix-neuf euros et quarante-quatre centimes).
Article 2 : Les frais d'expertise taxés et liquidés à la somme globale de 3 000 (trois mille) euros par ordonnance du 13 septembre 2018 sont mis à la charge définitive de la commune de Hottwiller.
Article 3 : La commune de Hottwiller versera à M. A la somme de 2 000 (deux mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Hottwiller.
Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Claude Carrier, président,
M. Thomas Gros, premier conseiller,
Mme Vanessa Klipfel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mai 2024.
Le président-rapporteur,
C. CARRIER
L'assesseur le plus ancien,
T. GROS
Le greffier,
P. HAAG
La République mande et ordonne au préfet de la Moselle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026